Yves Bergeret, Le fil du récit _2015

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Yves Bergeret, Le fil du récit _2015
YVES BERGERET
LE FIL DU RÉCIT
Poèmes-peintures et aphorismes
(2015-2016)
YVES BERGERET
IL FILO DEL RACCONTO
Poemi-pitture e aforismi
(2015-2016)
(Traduzione di FRANCESCO MAROTTA)
2
Quaderni di Traduzioni, XXIV, Marzo 2016
Yves BERGERET / Francesco MAROTTA
3
Indice
pg. 5
Le Cercle de pierres
pg. 24
Cheval Proue
pg. 34
Fil & sillage, avec un charbonnier
pg. 49
Colombage, à Rennes
pg. 57
Cinq doigts
pg. 68
L’Etape dans l’île
pg. 77
Sang futur / L’Étape dans l’île 2
pg. 85
Vivre étrangers à Aidone, en Sicile
pg. 109
Vertueuse image
pg. 119
Poèmes de Cabourg
4
Le Cercle de pierres
(Juin - Août 2015)
5
Il Cerchio di pietre
(Giugno - Agosto 2015)
6
Poèmes tous peints en plein air pour une installation, sur papier Fabriano 200 gr de
format vertical de 200 cm sur 75: première présentation publique le 26 août 2015 à
Poyols avec des interventions musicales du saxophoniste Nicolas Mizen ( basées sur les
éléments de la Sequenza IX de Luciano Berio ) et avec des rehauts exceptionnels de
Mariam Partskhaladze (laine, soie, feutre, etc.) sur le cinquième poème.
Cette installation est conçue et réalisée dans la lignée directe d’Archipel Vigie créée à
Poyols et Ponet, près de Die, un an avant. A la demande des habitants de Poyols
(Association des Amis de la Béoux; aide du Conseil Presbytéral) et avec leurs
participations actives et remarquables le cycle de ces poèmes a été créé et réalisé sur très
grands papiers en trois mois.
Portée par l’éloquence métaphorique et géologique des montagnes du Diois et des reliefs
de la Sicile, l’installation a pour thème central la migration (drame, exils, long voyage)
toujours dans la conscience éthique de l’autre, de son écoute, du dialogue, donc de la
parole qui ouvre.
Poemi dipinti tutti all’aperto per una installazione, su carta Fabriano di 200 gr di formato
verticale 200 cm x 75: prima presentazione pubblica il 26 agosto 2015 a Poyols con
interventi musicali del sassofonista Nicolas Mizen (basati sugli elementi della Sequenza
IX di Luciano Berio) e con degli eccezionali innesti in rilievo di Mariam Partskhaladze
(lana, seta, feltro) sul quinto poema.
Questa installazione è concepita e realizzata come diretta emanazione di Arcipelago
Vedetta realizzato a Pyols e Ponet, presso Die, un anno prima. Alla richiesta degli abitanti
di Poyols (Associazione degli Amici della Béoux; assistenza del Consiglio della Canonica)
e con la loro partecipazione attiva e significativa, il ciclo di questi poemi è stato creato e
realizzato su tre grandi fogli di carta in tre mesi.
Sostenuta dall’eloquenza metaforica e geologica delle montagne del Diois e dei rilievi
della Sicilia, l’installazione ha come tema centrale la migrazione (dramma, esili, lunghi
viaggi) sempre con la coscienza etica dell’altro, del suo ascolto, del dialogo, dunque della
parola che apre.
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1
Exceptionnellement peint à Aidone, au cœur de la Sicile
au format vertical 260 cm x 75, le jeudi 11 juin 2015
Dipinto eccezionalmente a Aidone, nel cuore della Sicilia
in formato verticale di 260 cm x 75, giovedì 11 giugno 2015
Des cavaliers sautèrent dans le vide,
la falaise signait leur mâle destin.
Puis une femme prit sa monture,
la fit tourner dans la paume des montagnes.
Les alouettes à tue-tête acquiesçaient
invisibles, là-haut.
Puis les martinets,
dans l’éloquence sonore de la beauté
qui ne possède pas.
Uomini a cavallo saltarono nel vuoto,
la falesia attestava il loro maschio destino.
Poi una donna prese la sua cavalcatura,
la fece girare nel palmo delle montagne.
Le allodole, invisibili là in alto
acconsentirono a gran voce.
Anche le rondini,
nell’eloquenza sonora della bellezza
che non ha possesso.
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2
Créé et peint sur les galets du lit de la Sure,
juste à l’amont de Sainte-Croix, près de Die
le jeudi 25 juin 2015
en pensant à la Crête d’Aucelon
Creato e dipinto sui sassi del letto della Sure,
proprio a monte di Sainte-Croix, presso Die
giovedì 25 giugno 2015
pensando alla Cresta di Aucelon
Les maîtres font ravaler aux nourrissons leur langue,
les puissants applaudissent, rachètent.
Lui, scindant, scindé,
tranchant, tranché,
ouvrant le ciel en deux
partage les eaux entre ubac et adret.
Effrayé du pouvoir que son geste lui jette au visage,
sacrificateur sans victime
si ce n’est de lui-même,
auberge de chair et de sang
dont cave et grenier brûlent,
pilote aux yeux crevés,
il entend sans fin les tambours de dépossession,
cherche, en jetant de part et d’autre dans le vide des pierres,
cherche la parole claire.
9
I maestri fanno disprezzare ai bambini la loro lingua,
i potenti applaudono, ricompensano.
Lui, separando, separato,
recidendo, reciso,
aprendo il cielo in due
divide le acque tra il versante nord e quello sud.
Spaventato dal potere che il suo gesto gli imprime sul viso,
sacrificatore senza vittima
se non di se stesso,
ostello di carne e di sangue
dove cantina e solaio bruciano,
pilota dagli occhi accecati,
sente ininterrottamente i tamburi della deprivazione,
cerca, scagliando da una parte e dall’altra pietre nel vuoto,
cerca la parola chiara.
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3
Créé et peint le lundi 29 juin 2015 dans une clairière
de Combemal, à Rousset,
sur les hauts plateaux du Vercors près de Die
en pensant aux piliers verticaux du Roc d’Ambanne
Creato e dipinto lunedì 29 giugno in una radura
di Combemal, a Rousset,
sugli alti pianori del Vercors nei pressi di Die
pensando ai pilastri verticali della Roc d’Ambanne
Lui traverse à gué le détroit
portant sur ses épaules le monde
harassé, hirsute, argile et ténèbre.
Cette aube il sera le haut pilier calcaire
pour porter son âme vers le dixième ciel
où le sédiment devient allégresse
puis sera une montagne qui se penche
pour poser au sec le monde,
ôter son vieux masque
et lui parler.
Lui attraversa lo stretto a guado
reggendo sulle spalle il mondo
spossato, scompigliato, argilla e tenebra.
Quest’alba sarà l’alto pilastro calcareo
per portare la sua anima verso il decimo cielo
dove il sedimento diventa esultanza
poi sarà una montagna che si china
per deporre all’asciutto il mondo,
togliere la sua vecchia maschera
e parlargli.
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4
Créé et peint le mardi 30 juin 2015 dans une clairière
de Combemal, à Rousset,
sur les hauts plateaux du Vercors près de Die
en pensant à la haute falaise de Boutarinard, sur la crête d’Aucelon,
près de Die
Creato e dipinto martedì 30 giugno 2015 in una radura
di Combenal, a Rousset,
sugli alti pianori del Vercors nei pressi di Die
pensando all’alta falesia di Boutarinard, sulla cresta di Aucelon,
presso Die
Lui aussi traverse à gué le détroit
portant à l’épaule gauche la lune blanche
du doute et de l’épuisement,
à l’épaule droite le noyau de l’étoile
qui monte en vrille dans le ciel
et lève une montagne claire,
simple comme un jeune dieu.
Or la traversée n’en finit pas,
la montagne est creuse
et s’évide par moitié.
Lui reprend l’étoile et la montagne,
les cogne l’une contre l’autre,
en recueille la poussière d’humanité,
plancton sobre et beau de la traversée sans fin.
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Anche lui attraversa lo stretto a guado
portando sulla spalla sinistra la luna bianca
del dubbio e dello sfinimento,
sulla spalla destra il nocciolo della stella
che sale come un vitigno nel cielo
e solleva una montagna chiara,
pura come un giovane dio.
Ma la traversata non si arresta mai,
la montagna è cava
e si svuota a metà.
Lui riprende la stella e la montagna,
le batte l’una contro l’altra,
ne raccoglie la polvere di umanità,
plancton frugale e bello della traversata senza fine.
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Créé et peint le 8 juillet 2015 à Die
en pensant au Vallon de Combeau
Creato e dipinto l’8 luglio 2015 a Die
pensando al Vallone di Combeau
Elle entend ses enfants jouer dans le sable du jardin,
les grains tombent, le sable chante,
chaque grain est une colline du Caucase,
chaque grain une montagne de son enfance,
grain un glacier noir,
grain une griffe de tigre,
grain une page d’épopée,
elle écoute ses enfants recoudre son enfance,
elle les écoute dégager grain à grain
l’autre pied de l’arc en ciel
qu’elle créa en commençant son voyage.
Lei sente i suoi figli giocare nella sabbia del giardino,
i granelli cadono, la sabbia canta,
ogni granello è una collina del Caucaso,
ogni granello una montagna della sua infanzia,
un granello un ghiacciaio nero,
un granello un artiglio di tigre,
un granello una pagina di epopea,
lei ascolta i suoi figli ricucire la sua infanzia,
li ascolta liberare granello dopo granello
l’altro piede dell’arcobaleno
che creò cominciando il suo viaggio.
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Créé et peint le 8 juillet 2015
aux marnes de Boutarinard, au pied de la falaise de Boutarinard,
près de Die
Creato e dipinto l’8 luglio 2015
alle marne di Boutarinard, ai piedi della omonima falesia,
presso Die
De son enfance il fit un hachis
qu’il jeta en pâture au tigre des glaciers.
Bien après son âge mûr
il grimpe talons nus sur les volcans.
Les empreintes de la plante de ses pieds:
un curieux archipel, dur comme vertèbres,
comme osselets des épopées
qu’il fait tomber et rouler sur la table où se jouent nos destins,
mêlant fine raison et symbole rutilant.
Della sua infanzia fece un trito di carne
che gettò in pasto alla tigre dei ghiacciai.
Ben oltre la sua età matura
si arrampica a talloni nudi sui vulcani.
Le impronte della pianta dei suoi piedi:
uno strano arcipelago, duro come vertebre,
come ossicini delle epopee
che fa cadere e rotolare sulla tavola dove si giocano i nostri destini,
mescolando fine ragione e simbolo splendente.
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Créé et peint le 12 juillet 2015
sur la crête de Solaure, près de Die
en pensant à la crête au dessus du refuge Citelli,
dominant Valle del Bove, sur l’Etna
Creato e dipinto il 12 luglio 2015
sulla cresta di Solaure, presso Die
pensando alla cresta sovrastante il rifugio Vitelli, che domina
la Valle del Bove, sull’Etna
J’atteignis la crête avant la nuit
où je vis un large cercle de pierres claires.
La nuit avait déjà noué les vallées.
Je n’entrais pas dans le cercle de pierres.
Qui était miroir du ciel
puis baiser du ciel avant le noir.
Et j’entendis la jeunesse de la montagne,
le lent déménagement des planètes,
l’ardeur avant l’entrée en scène
et le souffle de la création
qui cherche encore ses mots.
Prima che calasse la notte raggiunsi la cresta
dove vidi un largo cerchio di pietre chiare.
La notte aveva già avvolto le valli.
Non entrai nel cerchio di pietre.
Che era specchio del cielo
poi bacio del cielo prima del buio.
E io sentii la giovinezza della montagna,
il lento dislocarsi dei pianeti,
l’ardore prima dell’entrata in scena
e il respiro della creazione
che cerca ancora le sue parole.
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Exceptionnellement créé et peint à Casa Corpo, à Noto Antica,
dans le sud de la Sicile le 31 juillet 2015
Creato e dipinto eccezionalmente a Casa Corpo, a Noto Antica,
nel sud della Sicilia, il 31 luglio 2015
Car les pierres pensèrent et naquirent
mettant la violence en fuite alluviale
vers le fond des ravins.
Les pierres saluent
et incarnent si bien l’ombre de la parole
que s’y reconnaissent les générations humaines
et que les dieux s’y accrochent même en pleine crête.
Les pierres seront la cave du ciel,
les traces de l’assemblée des dieux,
l’anneau au doigt de la parole
fidèle à la parole
dans sa migration à jamais.
Quindi le pietre pensarono e nacquero
mettendo la violenza in fuga precipitosa
verso il fondo dei burroni.
Le pietre salutano
e incarnano a tal punto l’ombra della parola
che le generazioni umane vi si riconoscono
e gli dèi vi si insediano proprio in piena cresta.
Le pietre saranno la cantina del cielo,
le tracce dell’assemblea degli dèi,
l’anello al dito della parola
fedele alla parola
nel suo eterno migrare.
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Créé et peint le 17 juillet 2015
sur la crête juste à l’est du col de Menée
en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna
Creato e dipinto il 17 luglio 2015
sulla cresta orientale del Colle di Menée
pensando alla cresta sopra la Valle del Bove, sull’Etna
Vers minuit à la lune
arriva un homme très sombre.
De l’autre côté du cercle de pierres il s’assit
et chanta ces paroles:
«nous avons un précipice dans le cœur.
Quatre volcans portent le ciel.
Mon âme est une haute tour de signes mirifiques,
elle ignore la poussière et la déroute
et j’en pleure.
Un précipice se creuse dans ma bouche.
Serai-je enfin un gué dans quatre vallons?».
Verso mezzanotte, nella luce lunare
arrivò un uomo molto cupo.
Sedette dall’altro lato del cerchio di pietre
e cantò queste parole:
«abbiamo un precipizio nel cuore.
Quattro vulcani sorreggono il cielo.
La mia anima è un’alta torre di mirifici segni,
essa ignora la polvere e la disfatta
e io ne piango.
Un precipizio si apre nella mia bocca.
Sarò infine un guado tra quattro valloni?»
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Créé et peint le 20 juillet 2015
dans lit du torrent de la Jarjatte, en amont du village, dans le Dévoluy
en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna
Creato e dipinto il 20 luglio 2015
nel letto del torrente della Jarjatte, a monte del villaggio, nel Dévoluy
pensando alla cresta sopra la Valle del Bove, sull’Etna
Puis à cheval sur une comète
qui semblait une barque sans fond
arriva un homme au très clair regard.
Il s’assit au bord du cercle de pierres
et chanta ainsi:
«après le gué, j’ai posé le vieux monde
sur un lit de galets étranges;
tous mes os deviennent harpe
et osselets et flûte dont le vent apprend à jouer.
Assis j’attends, j’entends, je pressens des destins et des mondes
naissant de nos paroles.»
Poi a cavallo su una cometa
che sembrava una barca senza fondo
arrivò un uomo dallo sguardo limpido.
Sedette sul bordo del cerchio di pietre
e cantò così:
«dopo il guado, ho deposto il vecchio mondo
su un letto di strani ciottoli;
tutte le mie ossa diventano arpa
e ossicini e flauto che il vento impara a suonare.
Seduto io attendo, sento, prevedo destini e mondi
che nascono dalle nostre parole.»
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Créé et peint le 22 août 2015 à Poyols
en pensant au cercle de pierres sur une crête de l’Etna et à Boutarinard
Creato e dipinto il 22 agosto 2015 a Poyols
pensando al cerchio di pietre su una cresta dell’Etna e a Boutarinard
Puis arriva dans le creux du vent
une personne à la voix multiple;
elle s’assit au bord du cercle de pierres
et chanta ainsi:
«dans des barques ou des trains,
à pied ou en car,
nous allons, déjetant la panoplie de la violence, je vais,
précipice-jardin empli d’enfants et de cris.
Sonnant douce harpe et claire percussion de mes clavicules
et de mes côtes courbes et légères
je porte la parole en graines et son émoi
et la livre à la main de qui veut ne pas tuer ni mourir».
Poi arrivò nel cavo del vento
una persona dalla molteplice voce;
sedette sul bordo del cerchio di pietre
e cantò così:
«nelle barche o nei treni,
a piedi o in corriera,
noi andiamo, rifiutando ogni forma di violenza, io vado,
precipizio-giardino ricolmo di bambini e di grida.
Suonando come dolce arpa e nitida percussione le mie clavicole
e le mie costole curve e leggere
io porto la parola in semi e la sua emozione
e la libero nella mano di chi non vuole uccidere né morire.»
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Créé et peint au col de la Servelle, au dessus de Saint-Nazaire le désert
le 21 août 2015
en pensant à la crête de nuit au dessus du refuge Citelli sur l’Etna
Creato e dipinto sul colle della Servelle, sopra Saint-Nazaire le désert
il 21 agosto 2015
pensando alla cresta di notte sopra il rifugio Vitelli sull’Etna
Alors le cercle de pierres s’éleva,
devint colliers de lunes lucides au cou de la déesse invisible;
du centre une voix chanta, proche et immense:
«je suis l’utopie qui nous fait délivrance et lien,
je suis la parole, j’aime sans aimer.
Vous gravissez les montagnes,
vous traversez les déserts et les mers
et je marche toujours à vos côtés.
Je suis votre peau et la racine de vos noms,
je suis votre corde vocale éternelle.
Je disparais dans les rides de la main que je sers,
je suis votre sillage dans la mer
et le poids de la pierre qui monte au ciel puis en revient.
Toujours je vous suis attentive, vigilante et aimante,
mais je n’existe que dans le retrait.
J’allonge la nuit et lui creuse le corps
jusqu’à en faire un volcan au fond de votre sommeil.
Je détends le jour et marche devant vous
qui cherchez à mieux vivre en traversant mers et déserts
pour être plus proches de moi,
mais je vous échappe, déesse oiseau invisible.
Je suis la parole, la délivrance et le lien
qui vous sépare et vous nomme amoureusement.
Vous me suivez et me poursuivez,
je vous devance dans le silence entre les salves de mon chant.
Je suis l’ombre sous les mots
et la clarté de la lune devant les pierres.
Marchant marchant vous me cherchez,
je me montre et m’esquive,
je vous dis et vous indique,
je suis la parole qui vous aime sans aimer;
aussi faisons-nous cercle
roulant sans fin par les monts et les mers,
cercle qu’aucun dogme ni guerre n’épuise ni n’arrête,
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roulant notre cercle par les plaines, les houles et les pentes,
anneau de la paix qu’après tant de violences et d’exils
la parole et le corps se passent au doigt l’un de l’autre,
simple utopie de pierres claires
ou d’os légers sur une crête
ou sur un rivage dans la nuit.»
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Allora il cerchio di pietre si innalzò,
divenne collane di lune luminose al collo della dea invisibile;
dal centro una voce cantò, vicina e immensa:
«io sono l’utopia che fa di noi separazione e legame,
io sono la parola, io amo senza amare.
Voi scalate le montagne,
attraversate i deserti e i mari
e io cammino sempre al vostro fianco.
Sono la vostra pelle e la radice dei vostri nomi,
sono la vostra eterna corda vocale.
Sparisco nelle rughe della mano che servo,
sono la vostra scia nel mare
e il peso della pietra che sale al cielo poi ne fa ritorno.
Sempre vi seguo attenta, vigile e affettuosa,
ma esisto solo rimanendo in disparte.
Prolungo la notte e scavo il suo corpo
fino a farne un vulcano in fondo al vostro sonno.
Rassereno il giorno e cammino davanti a voi
che cercate una vita migliore attraversando mari e deserti
per essermi più vicini,
ma io vi sfuggo, dea uccello invisibile.
Io sono la parola, il distacco e il legame
che vi separa e vi chiama amorevolmente.
Mi seguite e mi rincorrete,
io vi precedo nel silenzio tra le salve del mio canto.
Sono l’ombra sotto le parole
e il chiarore della luna davanti alle pietre.
Di cammino in cammino voi mi cercate,
io mi mostro e mi nascondo,
vi dico e vi indico,
sono la parola che vi ama senza amare;
facciamoci dunque cerchio
viaggiando all’infinito per i monti e i mari,
un cerchio che nessun dogma né guerra esaurisce o ferma,
un cerchio che rotola per le pianure, le onde e i pendii,
anello della pace che dopo tante violenze ed esìli
la parola e il corpo si passano da un dito all’altro,
semplice utopia di pietre chiare
o d’ossa leggere su una cresta
o su una riva nella notte.»
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Cheval Proue
(Octobre 2015 – Mars 2016)
24
Cavallo Prua
(Ottobre 2015 – Marzo 2016)
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Du 3 au 5 octobre 2015 a eu lieu la première phase d’un nouveau travail de création à
Poitiers; dialogue du poète lecteur d’espace, Yves Bergeret, avec un lieu, cette fois clos, le
Baptistère Saint Jean, plus vieux monument chrétien d’Europe, chargé de multiples
signes sculptés ou peints; et en même temps dialogue avec un musicien contemporain, le
saxophoniste Nicolas Mizen (Centre d’Études Supérieures Musique et Danse).
Pendant ces trois jours les deux créateurs ont réalisé les premières phases d’un dialogue
entre les trois premiers poèmes peints et calligraphiés ces jours mêmes en très grand
format (75 cm x 200) sur papier, inspirés par le lieu, et des improvisations du
saxophoniste sur canevas
.Les étapes de ce travail de création aboutiront en mars 2016, pour le Printemps des
Poètes, à une «installation» d’une dizaine de poèmes-peintures, dits par le poète et lusjoués (comme des partitions) par le musicien.
A cette première étape de réflexion et de dialogue de création a pris activement part
Floriane Sanfilippo (ENS Ulm, Histoire de l’Antiquité); elle témoigne ici – par son article
qu’on peut lire un peu plus loin – de la recherche menée à bien lors de cette première
étape.
Cheval Proue est le titre provisoire, ce début octobre, de l’«installation» à venir; celle-ci
pourrait être présentée dans le Baptistère lui-même.
Dal 3 al 5 ottobre 2015 si è svolta la prima fase di un nuovo lavoro creativo, a Poitiers;
dialogo del poeta lettore di spazio, Yves Bergeret, con un luogo, questa volta chiuso, il
Battistero di San Giovanni, il più antico monumento cristiano d’Europa, ricco di
molteplici segni scolpiti o dipinti; e, nello stesso tempo, dialogo con un musicista
contemporaneo, il sassofonista Nicolas Mizen (Centro Studi Superiori di musica e
Danza).
Nel corso di questi tre giorni, i due artisti hanno portato a termine le prime fasi di un
dialogo tra i primi tre poemi dipinti e calligrafati negli stessi giorni su tre grandissimi
supporti cartacei (75 cm x 200), ispirati dal luogo, e alcune improvvisazioni del
sassofonista su canovaccio.
Le varie tappe di questo lavoro creativo confluiranno nel marzo 2016, in occasione della
Primavera dei Poeti, in una «installazione» di una decina di poemi-pitture recitati dal
poeta e letti-rivisitati (come delle partiture) dal musicista.
A questo primo stadio di riflessione e di dialogo creativo ha preso attivamente parte
Floriane Sanfilippo (ENS Ulm, Storia Antica), che testimonia qui, col suo articolo che si
può leggere più avanti, il buon esito della ricerca in questa prima fase.
Cavallo prua è il titolo provvisorio, in questo inizio di ottobre, dell’«installazione» che
sarà realizzata, e che potrebbe essere presentata nel Battistero stesso.
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1.
Les rouleaux de l’océan
projettent en l’air les proues des barques,
c’est fureur et c’est guerre.
Assis nombreux ils s’agrippent
aux bords et aux bancs des barques
c’est clameurs et éclats.
La mort frappe des deux mains,
assis nombreux ils s’ouvrent
dans l’air et dans le corps
des portes et des brèches,
s’y engouffrent
puis remontent hors d’haleine les pentes
de la mémoire et de l’avenir,
l’horizon salé vient se plier
sur leurs genoux.
I flutti dell’oceano
scaraventano in alto le prue delle barche
tra furori di guerra.
Seduti, in tanti, si aggrappano
ai bordi e alle panche delle barche
tra grida e fragori.
La morte colpisce con entrambe le mani,
seduti, in tanti, essi aprono
nell’aria e nel loro corpo
porte e brecce,
vi si precipitano
poi risalgono senza fiato i pendii
della memoria e del futuro,
l’orizzonte saturo di sale si piega
sulle loro ginocchia.
27
2.
Les arbres arrachent leurs racines,
les plient sous les ailes de la colère
et remontent les pentes.
Sur l’échine des vents sont assis, sont debout
les héros qui ouvrirent des brèches dans les montagnes
et détachèrent des morceaux de mort et de banquise.
Les arbres remontent les pentes
vers l’œil des héros.
Gli alberi si strappano le radici,
le piegano sotto le ali della collera
e risalgono i pendii.
Sulla schiena dei venti stanno seduti, stanno in piedi
gli eroi che aprirono brecce nelle montagne
e staccarono pezzi di morte e di banchisa.
Gli alberi risalgono i pendii
verso l’occhio degli eroi.
28
3.
«Je creuse mon berceau dans les montagnes,
dit le vent,
c’est elles qui m’apprennent de quel pas
l’alphabet des images jamais ne se lasse
à descendre remuer la nuit des hommes
pour leur façonner un mythe supportable.»
– «Ecoute ma crainte, répond le cheval,
aux cris des assassins je me cabre.
Mais mon bond est le fils de ta vitesse,
ô vent carnassier, ô vent cristallin,
et même là où mon sabot ripa mon bond reprit foi
rien ne me lasse, j’emporte mon cavalier
par-dessus des abîmes».
La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants.
Le cheval est musique, voix, chant.
Cheval vocal chant cheval musique.
«Scavo la mia culla nelle montagne,
dice il vento,
sono loro che mi insegnano con quale passo
l’alfabeto instancabile delle immagini
scende a rimestare la notte degli uomini
per costruirgli un mito sostenibile.»
– «Ascolta il mio timore, risponde il cavallo,
alle grida degli assassini io mi impenno.
Ma il mio balzo è figlio della tua velocità,
o vento carnivoro, o vento cristallino,
e proprio là dove il mio zoccolo scivolò, il mio salto riprende slancio
niente mi sfianca, trascino via il mio cavaliere
al di sopra degli abissi.»
La bardatura del cavallo trasuda musica, voci, canti.
Il cavallo è musica, voce, canto.
Cavallo vocale canto cavallo musica.
29
4.
«Entre le vent vif qui creuse le sillage des images
et le cheval aux bonds solaires
je suis le récit,
le récit que l’enfant sur son tricycle
tourne devant le palais des meurtriers.
La fontaine en son bassin
fredonne mon rire de séparation.
J’écarte les poings qui se frappaient,
je reprends les montagnes qui tombent,
je distends les foules qui s’égarent et se piétinent.
Je raconte l’itinéraire,
je déroule l’alternance des falaises qui se bloquaient
et la joie du couple dépossédé de ses rages,
je déplie vos phalanges de fer,
je chante ce que j’entends.»
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«Tra il vento vivo che fruga la scia delle immagini
e il cavallo dai balzi solari
io sono il racconto,
il racconto che il bambino sul suo triciclo
sistema davanti al palazzo degli assassini.
La fontana nella sua vasca
canta la gioia della mia diversità.
Io separo i pugni che si colpivano,
afferro le montagne che cadono,
rassereno le folle che si confondono e si calpestano.
Indico il cammino da seguire,
mostro l’alternanza delle falesie che si bloccavano
e la felicità della coppia spossessata delle sue rabbie,
disserro le vostre falangi di ferro,
canto ciò che sento.»
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5.
Les montagnes et les grandes pierres
vont en voyage
en suivant le fil du récit
en déroulant le fil du récit
celui de la naissance de Vénus dans l’écume sur les galets,
celui d’Ulysse sauvé du naufrage sur la rive de Nausicaa,
celui d’Ali et Séni rescapés à Lampedusa
le fil du récit
reprenant à l’envers le vacarme du volcan
et lui créant une mémoire
avec des épisodes tranchants ou tendres
selon la rage ou la pitié des héros
lorsqu’ils ouvrent la bouche, les yeux, le cœur.
Le montagne e le grandi rocce
viaggiano
seguendo il filo del racconto
dipanando il filo del racconto
quello della nascita di Venere dalla schiuma sui sassi,
quello di Ulisse salvato dal naufragio sulla riva di Nausicaa,
quello di Ali e Séni scampati a Lampedusa
il filo del racconto
che riprende all’inverso il frastuono del vulcano
creandogli una memoria
fatta di momenti laceranti o benevoli
a seconda della rabbia o della pietà degli eroi
quando aprono la bocca, gli occhi, il cuore.
32
6.
Contre la coque les vagues et le sel
claquent chaque heure plus haut.
Ici le grand récit vient se poser sur les genoux du migrant
assis à la proue de la barque:
le migrant lui parle à l’oreille comme à un cheval.
«Tu vois, j’ai le corps trop lourd pour flotter.
Porte-moi, grand récit, jusqu’à l’île utopique,
porte-moi comme dans son bec l’oiseau porte la graine.
Mûrir et mourir dans la terre que je n’ai pas,
cela moulera la phrase de mon destin.
La terre est toujours autre.
J’ai besoin de toi, récit,
comme tu as besoin de mon sang
et de mon courage ivre».
Flutti salati si abbattono
di ora in ora più alti contro lo scafo.
Il grande racconto si posa qui, sulle ginocchia del migrante
seduto a prua nel barcone:
il migrante gli parla all’orecchio come a un cavallo.
«Lo vedi, il mio corpo è troppo pesante per galleggiare.
Conducimi, grande racconto, fino all’isola sperata,
portami come l’uccello nel suo becco il seme.
Maturare e morire in una terra non mia,
questo formerà la frase del mio destino.
La terra è sempre altra.
Io ho bisogno di te, racconto,
come tu hai bisogno del mio sangue
e del mio incosciente coraggio.»
33
Fil & sillage, avec un charbonnier
(Octobre 2015)
34
Filo & scia, con un carbonaio
(Ottobre 2015)
35
Cycle de douze poèmes d’Yves Bergeret sur quadriptyques horizontaux sur Canson 200
gr de 25 cm par 65, encollés d’une feuille de comptes d’un marchand de charbon de
Crest en 1907, l’ensemble rehaussé d’acrylique et de lavis d’encre de Chine.
Ciclo di dodici poemi di Yves Bergeret su quadrittici orizzontali su carta Canson di 200
gr di cm 25 x 65, incollati su un foglio del quaderno dei conti di un mercante di carbone
di Crest risalente al 1907, l’insieme ripassato in acrilico e lavis con inchiostro di China.
36
Première partie créée à Die du 9 au 12 octobre 2015.
Prima parte creata a Die dal 9 al 12 ottobre 2015.
1
Dans la vendange rouge
j’ai cherché le fil du récit
dans l’air sec et la soif
je cherche le fil du récit.
L’a-t-il trouvé celui qui il y a un siècle
à la hâte écrivait chaque jour
combien de sacs de charbon il livrait
puis mourut un matin étouffé
par le remords et par le poids de son encre?
Nella rossa vendemmia
ho cercato il filo del racconto
nell’aria secca e nella sete
cerco il filo del racconto.
Che l’abbia trovato colui che un secolo fa
annotava in fretta giorno dopo giorno
il numero dei sacchi di carbone consegnati
e poi un mattino morì soffocato
dal rimorso e dal peso del suo inchiostro?
37
2
Dans la pierre tendre qui écume
à la façade de l’église romane dans les intempéries,
dans les crachats de l’écume,
dans les statues des prophètes aux yeux crevés
se cherche le récit,
dans le ressac des dieux perdant toute assurance.
Nella pietra malleabile che schiuma
sulla facciata della chiesa romana nelle intemperie,
negli schizzi di schiuma,
nelle statue dei profeti dagli occhi smangiati
il racconto si cerca,
perdendo ogni certezza nella risacca degli dèi.
38
3
Dans l’allusion qui rampe dans l’herbe
entre la feuille dorée et la feuille rouge
sous les talons fendillés de l’automne,
entre les cailloux qui feraient chemin en braille
se cherche le récit.
Nell’allusione che striscia nell’erba
tra la foglia indorata e la foglia rossa
sotto i talloni screpolati dell’autunno,
tra i sassi che segnano il cammino in braille
il racconto si cerca.
39
4
Entre les lettres incisées par l’esclave illettré,
entre les tesselles du mosaïste voûté,
dans le sang du taureau et sur le doré de l’abside
se cherche le récit.
Tra le lettere incise dallo schiavo analfabeta,
tra le tessere del mosaicista curvato,
nel sangue del toro e sulla doratura dell’abside
il racconto si cerca.
40
5
Dans la serpe qui taille à vif le ventre chaud
et l’invective tacite qui scinde la famille
se cherche le récit.
Dans la suture qu’il faudra
j’entends le récit.
Nella roncola che squarcia a vivo il ventre caldo
e nell’invettiva tacita che divide la famiglia
il racconto si cerca.
Nella sutura che sarà necessaria
io sento il racconto.
41
6
Dans les bas côtés sombres de la nef
et dans l’ortie rouge des talus
j’entends se frotter les tibias du récit;
et ses talons, s’ils trébuchent,
me suspendent le souffle.
Alors je me vois naître là en oblique
dans une courte réplique
qui est l’os creux et léger
par lequel le récit souffle l’histoire de ma vie
avec divers noms dont peu sont clairs.
Nella parte bassa in ombra della navata
e nell’ortica rossa delle scarpate
sento sfregarsi le tibie del racconto;
e se i suoi talloni inciampano,
mi troncano il respiro.
Allora mi vedo nascere là, obliquamente,
in una breve risposta
che è l’osso cavo e leggero
dal quale il racconto soffia la storia della mia vita
con nomi diversi di cui pochi sono chiari.
42
De même trois poèmes créés à la gare de Luc en Diois,
le jeudi 15 octobre 2015.
Nello stesso modo, tre poemi creati alla stazione di Luc en Diois,
giovedì 15 ottobre 2015.
7
Je rattrape les dieux par la manche,
les fais pivoter sur leurs talons
et monter s’asseoir dans les alcôves du vent.
Je les hèle: pas de réponse.
J’illumine et colorie les alcôves.
Des échos naissent alors: la trame du récit.
Afferro gli dèi per la manica,
li faccio ruotare sui loro talloni
e salire a sedersi nelle alcove del vento.
Li chiamo: nessuna risposta.
Illumino e coloro le alcove.
Echi nascono allora: la trama del racconto.
43
8
Des verbes, des actions, des éclats de couleur,
des gestes, des mots à désinence soyeuse
viennent faire marée, flux et reflux,
fleur et ténèbre;
leur mouvement est l’énergie du récit,
l’île est le titre qu’il porte, accrochant de nouveau le vent.
Verbi, azioni, getti di colore,
gesti, parole dalla desinenza di seta
montano come una marea, flusso e riflusso,
fiore e tenebra;
il loro movimento è l’energia del racconto,
l’isola è il titolo che inalbera, per attirare nuovamente il vento.
44
9
Les lambeaux de manche que j’arrache aux dieux en fuite,
leurs planches sauvées de leur naufrage,
certains craquements d’étincelles sans auteur,
voici déjà le lexique.
L’ouvrir et le distribuer en un chant
en fait mon récit.
I brandelli di manica che strappo agli dèi in fuga,
le tavole messe in salvo del loro naufragio,
certi scricchiolii di scintille senza origine,
ed ecco già il lessico.
Aprirlo e disseminarlo in un canto
ne fa il mio racconto.
45
De même trois poèmes créés à la gare de Luc en Diois,
le vendredi 16 octobre 2015.
Nello stesso modo, tre poemi creati alla stazione di Luc en Diois,
venerdì 16 ottobre 2015.
10
L’automne, le vent et la pierre
se réunissent sur la berge.
La marée ne bouge plus.
C’est la pierre qui parle
capable de casser, meuler, scinder
le récit que je sors de ma mémoire
ou de derrière l’horizon.
Que j’excave de sous les paupières de l’horizon.
L’autunno, il vento e la pietra
si riuniscono sull’argine.
La marea si arresta.
È la pietra che parla
capace di rompere, modellare, scindere
il racconto che estraggo dalla mia memoria
o da dietro l’orizzonte.
Che scavo da sotto le palpebre dell’orizzonte.
46
11
L’automne, le vent et la pierre
sont les rails et mon premier genou, insolent,
sont les rails et mon second genou, grotesque.
Le récit puissant comme un train
broie la saison, la fraîcheur, la couleur,
bâtit un palais avec mon corps et l’ombre du vent.
S’agenouiller n’a plus de sens.
L’autunno, il vento e la pietra
sono le rotaie ed il mio primo ginocchio, insolente,
sono le rotaie ed il mio secondo ginocchio, grottesco.
Il racconto, potente come un treno,
stritola la stagione, la freschezza, il colore,
costruisce un palazzo col mio corpo e l’ombra del vento.
Inginocchiarsi non ha più senso.
47
12
Le grand récit se moque du personnage.
Il lance le vacarme choral de l’espace
et lui cisaille le sacrifice et l’intrigue
dans un jet de lumière
pour engendrer le sens.
Il grande racconto si prende gioco del personaggio.
Lancia l’assordante rumore corale dello spazio
e ne recide il sacrificio e l’intreccio
in uno zampillo di luce
da cui si genera il senso.
48
Colombage, à Rennes
(Décembre 2015)
49
Colombage, a Rennes
(Dicembre 2015)
50
Lecture d’espace de Maya Mémin et Yves Bergeret inspirée par les colombages des
maisons médiévales du centre historique de Rennes, en Bretagne, et créée en deux
exemplaires les 2 & 3 décembre 2015 sur six papiers Aquarelle de Daler Rowney en
format A3, de 190 g, sur les presses de l’atelier de Maya Mémin à Rennes.
Lettura di spazio di Maya Mémin e Yves Bergeret ispirata dalle strutture in legno delle
case medievali del centro storico di Rennes, in Bretagna, e creata in due esemplari il 2 e 3
dicembre 2015 su sei fogli di carta Acquarelle di Daler Rowney in formato A3, di 190 gr.,
con le macchine a stampa dello studio di Maya Mémin a Rennes.
51
Ce grand dieu arracha dans la pente
un bosquet de chênes
et le serra dans sa main.
Il ôta les branches,
serrant les troncs en faisceau
dans lequel il souffla
puis mourut dans son propre souffle,
les troncs sachant à jamais
jouer plusieurs pièces de théâtre.
Quel dio potente sradicò dal pendio
un boschetto di querce
e lo tenne serrato nella sua mano.
Eliminò i rami,
stringendo i tronchi in un fascio
sul quale soffiò
poi svanì nel suo stesso respiro,
i tronchi protagonisti per sempre
di numerose rappresentazioni teatrali.
52
Un siècle, plantés très profond dans le sable
ils supportent la jetée dans la mer;
tu vas y rencontrer à minuit ton grand amour
dans la rumeur des vagues qui caressent les troncs.
Un secolo: piantati profondamente nella sabbia
sorreggono il molo sul mare;
dove vai a incontrare a mezzanotte il tuo grande amore
tra lo sciabordare delle onde che accarezzano i tronchi.
53
Un autre siècle, ils grincent fringants sur la mer
mâts, cale et coque fendant les flots;
le chant des matelots et le grincement du bois
sont ce que le grand dieu mythique laissa de lui en soufflant
et il n’y a rien d’autre.
Un altro secolo: sul mare cigolano imponenti
gli alberi, la stiva e lo scafo che fendono i flutti;
il canto dei marinai e lo scricchiolio del legno
sono ciò che, soffiando, il grande dio mitico lasciò di sé
e non rimane nient’altro.
54
Un autre siècle, ils s’assemblent par étages
pour dresser la scène et les balcons
où Shakespeare et nous rageons de lutter contre tout meurtre.
Un altro secolo: si combinano piano su piano
per costruire la scena e le balconate
dove con Shakespeare troviamo la forza per lottare contro ogni delitto.
55
Un autre siècle, ils se dressent et se croisent
plancher, colombage et charpente,
retentissant des répliques comme au ping-pong
arrière-petites-filles du souffle du grand dieu,
répliques, répliques, querelles et rires,
certaines phrases dans l’ombre du souffle,
certains mots ricochant sur le bois là-haut dans les chambres.
Un altro secolo: s’innalzano e s’incrociano
pavimento, intelaiatura in legno e carpenteria,
discendenti del respiro del gran dio
che si rilanciano risposte come nel ping-pong,
risposte, risposte, diverbi e risa,
qualche frase nell’ombra del soffio,
qualche parola che rimbalza sul legno delle camere lassù.
56
Cinq doigts
(à Aidone, en Sicile, décembre 2015)
57
Cinque dita
(a Aidone, in Sicilia, dicembre 2015)
58
Quatre diptyques horizontaux A3 sur papier Aquacal tchèque de 250 g, à Aidone, au
centre de la Sicile, du 14 au 17 décembre 2015: poèmes de Mohamed Mbougar Sarr & Yves
Bergeret, couleurs et collages de ce dernier.
Quattro dittici orizzontali di formato A3 su carta Aquacal cèca di 250 gr., realizzati a
Aidone, nel centro della Sicilia, dal 14 al 17 dicembre 2015: poemi di Mohamed Mbougar
Sarr & Yves Bergeret, colori e collage di quest’ultimo.
59
1.
La vie n’est pas un carrelage, dit-elle,
ni la carapace d’une tortue morte sur une plage.
Mais voilà, même cette tortue, elle l’ébrouerait.
Et la tortue s’en irait vers moins de nuit.
La vie n’est pas un carrelage froid, insiste-t-elle.
La vie, remarque-t-elle, a beaucoup de fenêtres
et quatre portes: les ouvrir.
L’art des courants est sa joie, l’élève.
Avec elle le courant de l’air est chaud, la maison bouge
très lentement, fermant ses yeux, remerciant.
La vita non è un rivestimento, dice lei,
né la corazza di una tartaruga morta su una spiaggia.
Che, se potesse, se ne libererebbe.
E se ne andrebbe dove c’è meno notte.
La vita non è un fredda copertura, insiste.
La vita, sottolinea, ha tante finestre
e quattro porte: da aprire.
L’arte delle correnti è la sua gioia, la eleva.
Con lei l’aria è calda, la casa si muove
molto lentamente, chiude i suoi occhi, ringrazia.
60
Au cœur du tourbillon des Hommes,
le cœur ouvert d’une Femme.
Elle trouve dans la montagne
l’oreille du monde,
écoute sans violence la violence des grands Hommes
Elle transmet ce qu’elle a reçu.
Et la beauté l’élit.
In mezzo alle passioni sfrenate degli Uomini,
il cuore ospitale di una Donna.
Che trova nella montagna
l’orecchio del mondo
e ascolta con serenità la violenza dei Grandi.
Poi partecipa tutto quello che ha accolto.
E la bellezza ne fa segno di elezione.
61
2.
Quelques personnes ne savent que dilacérer
et tomber à la renverse avec cris.
D’autres, après de très grandes épreuves,
confluent puis, toujours debout, repartent:
la jeune parole les lie, coulant claire
sur une roche robuste,
claire et diverse parole, une main à cinq doigts.
Sa paume est claire.
Les cours d’eau ne se démembrent jamais.
Ils confluent.
Ci sono uomini che sanno solo dilaniare
e quando soccombono levano grida.
Altri, dopo durissime prove,
s’incontrano, poi, sempre a testa alta, ripartono:
la giovane parola li unisce, scorrendo chiara
su una solida roccia,
parola limpida e diversa, una mano dalle cinque dita.
Il suo palmo è chiaro.
I rivoli d’acqua non si disperdono mai.
Si ricongiungono.
62
Le sang de la fraternité de case
anime les veines d’une main.
Elle s’avance, vigoureuse.
Se ferme:
Le poing frappe le sol d’où jaillit la source de mon humanité.
S’ouvre:
et je lis dans ses lignes profondes
une épopée à cinq voix.
Il sangue fraterno del villaggio
anima le vene di una mano.
Che si avvicina, vigorosa.
Si chiude:
il pugno colpisce il suolo da cui scaturisce la sorgente della mia umanità.
Si apre:
e io leggo nelle sue linee profonde
un’epopea a cinque voci.
63
3.
Que l’œuvre de parole soit l’île cristalline
où accostent un bon moment
chacun des cinq navigateurs au long cours,
au début de son cours, au noir de son cours,
au clair de son cours, à la fin de son cours,
un bon moment, les coques tirées sur la plage,
certaines phrases tirées sur un sable cristallin.
Che l’opera di parola sia l’isola cristallina
dove approdano per un po’ di tempo
ognuno dei cinque navigatori di lugno corso,
quello molto giovane, quello immerso in neri pensieri,
altri due più fiduciosi e sicuri, un uomo avanti negli anni;
per un po’ di tempo, gli scafi trainati sulla riva,
qualche frase impressa su una sabbia cristallina.
.
64
Dans le silence chacun cherche sa parole.
Puis dans l’échange chacun la livre.
A la fin les cinq voix s’asseyent en cercle.
Au centre, brûle le feu qu’alimentent en chœur
leurs souffles.
L’œuvre naît.
Nel silenzio ognuno cerca la sua parola.
Poi nel dialogo ognuno la rivela.
Alla fine le cinque voci si siedono in cerchio.
Al centro, arde il fuoco che i loro respiri alimentano
in coro.
L’opera nasce.
65
4.
De plusieurs enjambées s’est éloigné le volcan,
les nomades ont cessé de craindre la pleine lune.
Pour les dernières encablures l’eau est calme et limpide,
la violence et la bêtise se noient dans un dernier remous.
Il est maintenant temps de couper le moteur, de débarquer
et de rejoindre le chantier des hommes
sur la colline polyglotte où l’herbe est salée.
Il vulcano è abbastanza distante,
i nomadi hanno smesso di temere il plenilunio.
Negli ultimi metri l’acqua è calma e limpida,
la violenza e la stupidità s’annegano in un ultimo vortice.
È tempo di spegnere il motore adesso, di sbarcare
e di raggiungere il cantiere degli uomini
sulla collina poliglotta dove l’erba è salata.
66
Nous faillîmes nous perdre dans la forêt obscure
Celle des portes fermées.
Celle des soirées sans chaleur et sans mots.
L’obscure forêt où la noblesse faillit.
Mais les portes s’ouvrirent après deux coups de heurtoir
Mais les grands Hommes rirent aux éclats.
Et un grand soleil incendia la forêt noire.
Rischiammo di perderci nella foresta oscura
Quella delle porte chiuse.
Quella delle serate senza calore e senza parole.
L’oscura foresta dove la nobiltà d’animo cede il passo.
Eppure le porte si aprirono dopo due colpi di battente
E i grandi Uomini risero fragorosamente.
E un grande sole incendiò la foresta nera.
67
L’Etape dans l’île
(Sicile, décembre 2015)
68
La tappa nell’isola
(Sicilia, dicembre 2015)
69
Quatre quadriptyques horizontaux sur papier Canson Montval de 300 g, de format 25 x
65 cm écrits et peints par Yves Bergeret à Die les 5 et 8 janvier 2016 après avoir travaillé
à Aidone en décembre avec des migrants arrivés en Sicile en barque depuis Lybie; ils
sont en situation d’attente dans ce bourg au cœur de l’île. Ces quatre poèmes font partie
d’un cycle en cours de travail.
Quattro quadrittici orizzontali su carta Canson Montval di 300 gr, di formato 25 x 65
cm, scritti e dipinti da Yves Bergeret a Die il 5 e l’8 gennaio 2016, dopo aver lavorato a
Aidone in dicembre con dei migranti arrivati in Sicilia dalla Libia e ancora in stato di
attesa in questa cittadina nel cuore dell’isola. Questi quattro poemi fanno parte di un
ciclo in fase di realizzazione.
70
1.
Husséni, je l’ai d’abord vu remontant la ruelle
aux très gros pavés tout en haut du bourg,
tirant des outres invisibles,
comme à pas lents, à courants lents derrière lui,
des masses d’eau salée et opaque
parlant peu, les yeux observant tout
mais cachés par de longues étendues de dunes
et si l’eau qu’il tire derrière ses épaules
est opaque ce n’est pas qu’elle est saumâtre
mais l’alourdissent le limon de l’espoir tenace
aussi bien que le limon de la naïveté brute.
Lui monte la pente de la ruelle
avec la force patiente de la vague qui déferle.
Est-ce qu’en déferlant il ne dépose pas entre
les pavés mal joints ce limon
si fertile dont rêvaient de très vieux Siciliens
quand eux-mêmes étaient migrants normands ou arabes
fuyant une guerre ou une famine
car le limon est la force qu’à son tour il apporte
et libère en la donnant.
71
Husséni l’ho visto poco fa, mentre risaliva la viuzza
lastricata di grosse pietre sulla sommità del borgo,
si trascinava stancamente otri invisibili,
masse opache d’acqua salata
come lente correnti alle sue spalle
parlava poco, guardava attentamente intorno
con occhi velati da lunghe distese di dune
e se l’acqua che si tira dietro è opaca
non lo è perché intrisa di salmastro,
la rende densa il limo della speranza tenace
e quello di una primitiva ingenuità
Sale per la stradina che si inerpica
con la forza paziente dell’onda che s’infrange.
Ma nel riflusso non deposita tra i sassi
sconnessi del selciato quel fertilissimo fango,
che era già stato il sogno dei siciliani più antichi
quando anch’essi erano migranti normanni o arabi
in fuga da una guerra o da una carestia
quel limo è la forza che egli oggi porta con sé
e che dispensa facendone dono.
72
2.
Les oreilles d’Alaye sont l’ombre de l’aube
et l’ombre du soir d’un immense nuage.
Son apparence: ce long nuage qu’un vent constant
fait glisser sur la mer sans qu’il change de forme.
Il écoute tout sans se faire voir.
Il écoute la savane qui crépite sous les trombes
d’eau de l’hivernage et les cris du Grand Marché de Bamako,
c’est son ombre de l’aube; il écoute les reliquats de séisme sicilien
et les coups d’épaule du volcan, c’est son ombre du soir.
Son corps avec sa tête impassible occupe l’espace inconnu
entre les deux ombres. Et dans cet espace il bâtit quelque chose
de très important sans savoir vraiment le saisir.
Alaye a la peau très noire.
Encore aujourd’hui je me demande s’il n’est pas
extraterrestre tant parfois son visage lisse
sait rester impassible et tant sa parole sait se retenir.
Combien de chambres secrètes dans l’univers
intérieur du nuage?
73
Le orecchie di Alaye sono l’ombra dell’alba
e l’ombra della sera partorite da un’immensa nuvola.
Una nuvola enorme mossa da un vento costante
che la fa scivolare sul mare senza mutarne la forma.
Lui se ne sta in ascolto senza farsi vedere.
Sente il crepitare della savana battuta dagli scrosci
nella stagione delle piogge e le grida del grande mercato di Bamako:
è questa la sua ombra albale; sente le residue scosse del sisma siciliano
e i soprassalti del vulcano: è questa la sua ombra serale.
Il suo corpo col capo impassibile occupa lo spazio sconosciuto
tra quelle due ombre. Uno spazio in cui egli costruisce
qualcosa di essenziale senza esserne pienamente cosciente.
Alaye ha la pelle nerissima.
Ancora oggi mi chiedo se ho di fronte
un extraterrestre, tanto imperturbabile rimane talvolta
il suo viso liscio, tanto a lungo la sua parola è capace di trattenersi.
Quante stanze segrete contiene
l’universo interno della nuvola?
74
3.
Il y a la mer et les vagues profondes.
Il y a eu les barques, les sauvetages et les naufrages.
Il y a les montagnes et les falaises.
Il y a eu les aboyeurs.
Il y a les épines et le hoquet,
ce hoquet qui se répète dans le creux du grand récit.
Il y a les draps salés, la mosaïque profuse au sol
et la peinture planant ivre en l’air.
Il y a l’excellence du roman qui se lit dans un fauteuil
il y a la réalité du poème qui se dit sur la place, dans la montagne
ou sur la barque.
Ci sono il mare e i suoi ampi flutti.
Ci sono stati barconi, salvataggi e naufragi.
Ci sono le montagne e le falesie.
Ci sono stati i latrati.
Ci sono le spine e il pianto,
il singulto che si ripete nella cavità del grande racconto.
Ci sono panni stesi impregnati di sale, il mosaico distribuito al suolo
e la pittura che plana ebbra nell’aria.
C’è l’ideale del romanzo che si legge in poltrona
e c’è la realtà del poema che si dice in piazza, in montagna
o sulla barca.
75
4.
Il n’y a pas encore de verbe
car la phrase du long récit n’est pas encore née de notre atelier,
et pourtant le récit est là, avançant par nos bras, par nos signes,
par nos gestes, il n’y a pas encore de verbe
car dans notre simple chantier n’est pas assemblée encore la carène.
N’en finit pas notre migration de tâtonner
cherchant l’autre boussole.
Non ci sono ancora parole,
non è ancora uscita dalla nostra officina la frase del lungo racconto,
che tuttavia è là, si fa strada tra le nostre braccia, i nostri segni,
i nostri gesti, ancora senza parole
perché nel nostro piccolo cantiere non è stata ancora costruita la carena.
Il nostro migrare continua, mentre brancoliamo al buio
alla ricerca dell’altra bussola.
76
Sang futur / L’Étape dans l’île 2
(Sicile décembre 2015)
77
Sangue futuro / La Tappa nell’isola 2
(Sicilia, dicembre 2015)
78
Dans ce cycle-ci de brefs poèmes Yves Bergeret dit la rencontre il y a juste un an avec un
autre migrant arrivé aussi par barque.
In questo ciclo di brevi poemi Yves Bergeret parla dell’incontro, proprio un anno fa, con
un altro migrante arrivato anche lui in barca.
79
Ici, à Aidone, en mars de l’an passé
la brume me prit à la gorge
tandis que par le bas s’enfuyaient
les collines en désordre.
Qui a Aidone, nel marzo dell’anno scorso
la nebbia mi afferrò alla gola
mentre le colline giù in basso
fuggivano precipitosamente.
*
La grosse ville, Catane rouillée et salée,
quittée six heures plus tôt
battait ses tambours
à flanc de mer.
Dans ma mémoire
la mer perdait son sel.
La grande città, Catania, arrugginita e salata,
lasciata sei ore prima
batteva i suoi tamburi
dalla parte del mare.
Nella mia memoria
il mare perdeva il suo sale.
80
La brume s’appuyait de toutes ses forces
sur le bourg et se mit à me manger.
Sur sa crête le bourg vide
n’était pas vide.
La nebbia stringeva con tutte le sue forze
il borgo e cominciò a mangiarmi.
Nella sua parte alta il borgo deserto
non era vuoto.
*
Une poignée de riz en somme,
c’est ce que la brume de toute la mer
savait offrir au bourg,
toutes les portes étaient fermées.
Nient’altro che un pugno di riso
è ciò che la nebbia proveniente dal mare
sapeva offrire al borgo,
tutte le porte erano chiuse.
81
Je ne sais qui avait faim.
La faim veillait dans le bourg.
Le bourg avait froid.
Non so chi aveva fame.
La fame vegliava nel borgo.
Il borgo aveva freddo.
.
*
Mais voilà que au fond d’une boutique
d’une triple salutation à rebond double
des yeux noirs m’ont mangé.
Ed ecco che al fondo di un negozio
con un triplo saluto ricambiato
degli occhi neri mi hanno mangiato.
82
Il venait du Mali.
Son nom: Ankindé.
Il avait traversé la mer
dans le plus violent désordre
et laissé sa jeunesse au fond de la brousse,
son sang était futur.
Veniva dal Mali.
Il suo nome è Ankindé.
Aveva attraversato il mare
nel più violento disordine
e lasciato la sua giovinezza in fondo alla savana,
il suo sangue era futuro.
*
La brume le mangeait lui aussi.
Mais lui qui ne savait pas nager
avançait à toute allure sur encore un océan
de fureur et de fourberie qui projetait
les unes contre les autres des personnes
aux bras si maigres
qu’ils crevaient la peau des tambours
et les tympans de la mémoire.
La nebbia divorava anche lui.
Ma lui che non sapeva nuotare
avanzava ancora di buona lena su un oceano
di furore e di inganno che metteva
gli uni contro gli altri uomini
dalle braccia tanto magre
da perforare la pelle dei tamburi
e i timpani della memoria.
83
Il aurait pu à son tour être ce grand chasseur
que furent ses ancêtres
et s’occuper de remettre des montagnes à l’endroit
et des monstres dans les cages de la beauté.
Mais il veut à toute allure scinder la mer
en deux visages.
Avrebbe potuto essere a sua volta il grande cacciatore
che furono i suoi antenati
e occuparsi di rimettere al loro posto le montagne
e i mostri nelle gabbie della bellezza.
Ma egli vuole in tutta fretta dividere il mare
in due volti.
*
La brume mange le bourg.
La brume mange tout visage.
La brume mange les deux pommettes.
On ne peut plus fermer les yeux.
La nebbia mangia il borgo.
La nebbia mangia ogni volto.
La nebbia mangia i due zigomi.
Non è più possibile chiudere gli occhi.
84
Tout s’écarte en deux,
la volonté tranche le présent,
entre les deux pommettes
le visage est la brume au futur.
Ogni cosa si divide in due,
la volontà taglia il presente,
tra i due zigomi
il volto è nebbia al futuro.
*
Son sang est au futur.
Il n’a pas beaucoup de repli possible,
toute sa fortune tient dans ses poches.
Son sang pâlit dans la brume
qui s’écarte.
Il suo sangue è al futuro.
Non ci sono tanti ripieghi possibili,
tutta la sua fortuna la tiene nelle tasche.
Il suo sangue impallidisce nella nebbia
che si allontana.
85
Vivre étrangers à Aidone, en Sicile
(Décembre 2015)
86
Vivere da stranieri a Aidone, in Sicilia
(Dicembre 2015)
87
Suite de quadriptyques verticaux de format 25 cm x 65 sur papier Canson de 180g, sur le
thème de «notre vie quotidienne d’étrangers à Aidone», créés à Aidone, au cœur de la
Sicile, du samedi 12 au jeudi 17 décembre 2015; poèmes de Bandiougou Diawara, Ali
Traoré, Séni Dialo, migrants arrivés en barque depuis la Lybie, Mohamed Mbougar
Sarr, romancier sénégalais, & Yves Bergeret, poète français; gestes de couleurs de ce
dernier.
Serie di quadrittici verticali di formato 25 cm x 65 su carta Canson de 180g, sul tema «la
nostra vita quotidiana di stranieri a Aidone», creati a Aidone, al centro della Sicilia, da
sabato 12 a giovedì 17 dicembre 2015; poemi di Bandiougou Diawara, Ali
Traoré, Séni Dialo, migranti arrivati in barca dalla Libia, Mohamed Mbougar Sarr,
scrittore senegalese, & Yves Bergeret, poeta francese; gesti di colore di quest’ultimo.
88
1
Le samedi 12 décembre 2015, sur le thème «ma pensée au réveil»
Sabato 12 dicembre 2015, sul tema «il mio pensiero al risveglio»
A l’aube, au moment où les personnes
se précipitent pour aller au travail
moi je pense à recevoir mes papiers;
dès que je reçois mes documents de réfugié,
je rêve tous les jours d’aller voir ma famille
(Séni Dialo)
All’alba, nel momento in cui le persone
si precipitano al lavoro
io penso ad avere i miei documenti;
sogno tutti i giorni di andare a trovare la mia famiglia,
appena ricevo il mio attestato di rifugiato
89
Le sang m’afflue jusqu’à la tête,
jusqu’à la mer, jusqu’aux pieds
puis je mets le volcan de toute violence
à l’envers dans la lumière du matin
et je me lève.
(Yves Bergeret)
Il sangue affluisce fino alla mia testa,
fino al mare, fino ai piedi
allora rovescio nella luce del mattino
il vulcano fonte di ogni violenza
e mi alzo.
90
Mon réveil du matin à Aidone?
A cinq heures du matin mon réveil sonne
et je me lève pour prier.
Ma pensée est de réaliser mes rêves.
Je vais aller à l’école
car sans savoir la langue
je ne peux pas réaliser mes rêves.
(Ali Traoré)
Il mio risveglio al mattino a Aidone?
Mi sveglio alle cinque del mattino
e mi alzo per pregare.
Il mio pensiero è di realizzare i miei sogni.
Voglio andare a scuola
perché senza la conoscenza della lingua
non posso realizzare i miei sogni.
91
Voici ma pensée dans le rêve du matin à Aidone.
Je me suis réveillé à cinq heures du matin
d’aller au boulot.
Car les travaux c’est une bonne santé pour l’homme.
(Bandiougou Diawara)
Ecco il mio pensiero nel sogno mattutino a Aidone..
Svegliarmi alle cinque del mattino
per recarmi al lavoro.
Perché i lavori sono la buona salute per l’uomo.
92
La rumeur de la ville me tire du sommeil
Et ce premier réveil promet la rencontre
Du fond d’un rêve, du fond du froid,
J’ai entendu les voix chaudes des grands Hommes.
Je les écoute.
(Mohamed Mbougar Sarr)
Il rumore della città mi strappa al sonno
E il primo risveglio è promessa d’incontro
Dal fondo di un sogno, dal fondo del freddo,
Ho sentito le voci calde dei grandi Uomini.
Le ascolto.
93
2
Le dimanche 13 décembre 2015, sur le thème «mon matin à Aidone»
Domenica 13 dicembre 2015, sul tema «il mio mattino a Aidone»
Le matin très tôt je me suis levé pour me laver.
A huit heures je prends mon petit déjeuner et je m’en vais.
Chez nous ici à sept heures comme çà chacun se
lève pour faire son devoir: il y a du bruit partout.
(Bandiougou Diawara)
Di primo mattino mi sono alzato per lavarmi.
Alle otto faccio colazione e me ne esco.
Qui da noi alle sette, come sempre, ognuno si
alza per fare il suo dovere: c’è rumore dappertutto.
94
Dans l’éclat du jour se
dressent les grands Hommes.
Ils prennent le monde à mains nues,
montent les pentes de la ville
dont remuent déjà les tripes.
Je les suis.
(Mohamed Mbougar Sarr)
Sul fare del giorno si
levano i grandi Uomini.
Prendono il mondo a mani nude,
risalgono le strade scoscese della città
già in pieno fermento.
Li seguo.
95
Le soleil se lève à Aidone.
J’ai dit «à ce soir» à mon oreiller.
Je vais aller en ville là où
les personnes se mouvent
et chacun a sa direction.
Je pense à aider mes amis qui ont besoin
et la journée est commencée avec volonté
et du courage.
(Ali Traoré)
Il sole si leva a Aidone.
Ho detto «a stasera» al mio cuscino.
Voglio scendere in città dove
le persone si muovono
e ognuno ha il suo da fare.
Penso ad aiutare i miei amici che hanno bisogno
e la giornata è cominciata con volontà
e del coraggio.
96
Je sors, la rue me prend par la main,
je prends la rue par son nom.
La place m’ouvre les bras,
j’écoute son cœur qui bat.
Un enfant court à l’école,
j’entends son cœur qui bat.
Le matin fleurit dans les cœurs durs,
tu entends celle qui pleure au loin.
(Yves Bergeret)
Esco, la strada mi prende per mano,
io prendo la strada per il suo nome.
La piazza mi apre le braccia,
ascolto il suo cuore che batte.
Un bambino corre a scuola,
sento il suo cuore che batte.
Il mattino fiorisce nell’aridità dei cuori,
e tu puoi sentire una donna piangere in lontananza.
97
Le matin avant le lever du soleil
j’entends le remue-ménage des hommes
qui se dirigent vers le café.
La journée commence, le bruit des voitures
et des voix entoure la ville.
(Séni Dialo)
Al mattino prima del levarsi del sole
sento il trambusto degli uomini
che si dirigono verso il caffè.
La giornata comincia, il frastuono delle vetture
e delle voci avvolge la città.
98
3
Le mardi 15 décembre 2015, sur le thème «ma vie l’après-midi à Aidone»
Martedì 15 dicembre 2015, sul tema «la mia vita di pomeriggio a Aidone»
Un chien aboie puis le silence retombe.
La ville s’étire puis la montagne s’enveloppe
dans un manteau bleu, blanc, de soleil.
Mais déjà les Hommes s’agitent dans leurs rêves.
Ils sont assoiffés d’actes.
Ils se lèvent. Je me lève.
(Mohamed Mbougar Sarr)
Un cane abbaia, poi è di nuovo silenzio.
La città si riposa e la montagna si avvolge
in un mantello blu, bianco, solare.
Ma subito gli uomini si distolgono dai loro sogni.
Sono assetati di azione.
Si alzano. Mi alzo.
99
Chaque jour après midi la cloche sonne.
Chacun se dirige vers son coin, d’autres se reposent
d’autres prient et d’autres pensent,
la rue devient un marché par les motivations des hommes
et moi je m’en vais au bar, je les attends.
(Séni Dialo)
Ogni giorno nel pomeriggio la campana suona.
Ognuno se ne ritorna nel suo angolo, alcuni si riposano
altri pregano e altri ancora pensano,
la strada diventa un mercato per gli interessi degli uomini
e io me ne vado al bar, li aspetto.
100
Et le soleil commence sa descente
remettant un à un dans sa grande besace
les vents cendreux et les vents salés,
les derniers parfums d’agrumes de l’hiver
et certains souvenirs peu tendres de la mer
qu’une femme avait mis à sécher à la fenêtre ce matin.
(Yves Bergeret)
E il sole comincia a calare
riponendo uno a uno nella sua grande bisaccia
i venti carichi di cenere e di sale,
gli ultimi profumi di agrumi dell’inverno
e certi ricordi poco piacevoli del mare
che stamattina una donna aveva steso ad asciugare alla finestra.
101
Aujourd’hui après midi nous nous sommes rencontrés
dans un grand jardin au milieu du village;
à côté du jardin il y a une piscine là-bas qui change
en deux couleurs, bleu et noir. On s’est lavé, on a
nagé, on a dansé aussi, mes amis et moi, on a
beaucoup discuté au repas du soir.
(Bandiougou Diawara)
Oggi nel pomeriggio ci siamo incontrati
in un grande giardino al centro del paese;
nei pressi del giardino c’è una piscina laggiù in fondo che cambia
in due colori, blu e nero. Ci laviamo,
nuotiamo, balliamo anche, io e i miei amici, ne
abbiamo molto discusso a cena di sera.
102
A la mi journée je sors dans Aidone.
Les rues deviennent calmes.
Chacun part à la maison pour déjeuner
et après je pars avec mes amis en promenade
là où nous saluons l’Etna.
Et nous voyons la beauté sicilienne.
Quand le soleil se couche chacun retourne à sa maison
et la nuit commence à son tour.
(Ali Traoré)
A metà giornata vado in giro per Aidone.
Le strade ridiventano tranquille.
Ognuno se ne va a casa per pranzare
e poi io me esco coi miei amici a passeggiare
là dove si può salutare l’Etna.
Contempliamo la bellezza siciliana.
Quando il sole tramonta ognuno fa ritorno a casa sua
e la notte ricomincia come sempre.
103
4
Le mercredi 16 décembre 2015, à Aidone, sur le thème du «bar»
Mercoledì 16 dicembre 2015, a Aidone, sul tema del «bar»
Dès que le bar ouvrit le matin
les hommes envahirent l’intérieur
en construisant une file indienne
car chacun voulait être le premier à prendre son café
avant de rejoindre son lieu de travail.
D’autres causent, d’autres rient,
d’autres sont tristes par les trahisons de leurs fiancées
et moi aujourd’hui je donne
un rendez-vous à mon amie chérie
pour discuter à notre sujet d’amour.
Je sors en riant.
(Séni Dialo)
Appena il bar apre al mattino
gli uomini si riversano all’interno
disponendosi in fila indiana
perché ognuno vuole essere il primo a prendere il caffè
prima di raggiungere il posto di lavoro.
Alcuni discutono, altri ridono,
altri sono tristi per i tradimenti delle loro fidanzate
e io oggi ho un appuntamento con una cara amica
per discutere delle nostre faccende amorose.
Me ne esco sorridendo.
104
J’entre. Le monde se recrée.
On se hèle, on rit; ça s’intimide,
ça boit.
Seul, moustachu, un Sphinx
à l’entrée fait silence.
Belle, une femme refuse des avances
avec un sourire professionnel.
Je m’assieds et, offensant
les Puristes, bois senza vergogna
mon café-longo!
(Mohamed Mbougar Sarr)
Entro. Il mondo si ricrea.
Ci si chiama, si ride; si è intimiditi,
si beve.
Solo una Sfinge baffuta all’entrata
tace.
Una bella donna rifiuta delle profferte
con un sorriso d’intesa.
Mi siedo e, con scandalo
dei Puristi, bevo senza vergogna
il mio caffè lungo!
105
J’ai revu un lieu là où les gens se rencontrent le matin et le soir.
Mes amis et moi nous allons là-bas.
C’est un lieu de rencontre et de connaissance,
là où il y a des mélanges de voix et de cris et de couleurs.
Il y a ceux qui partent au travail
et ceux qui retournent à la maison.
C’est le bar de Aidone.
(Ali Traoré)
Ho rivisto un posto dove la gente s’incontra mattina e sera.
Io e i miei amici lo frequentiamo.
E’ un luogo d’incontro e di conoscenza,
col suo miscuglio di voci e di grida e di colori.
Ci sono quelli che si recano al lavoro
e quelli che ritornano a casa.
E’ il bar di Aidone.
106
«Cher ami, vous voulez venir avec nous
au bar d’Angela? – Oui, oui. Ça nous fera plaisir.
– Bonjour Angela, trois cafés et deux croissants.
– Voici. – Merci.»
On était installé dans un côté au bar,
on a discuté deux heures de temps.
Je suis très content de leur invitation.
(Bandiougou Diawara)
«Caro amico, ti va di venire con noi
al bar di Angela? – Certamente, con piacere.
– Buongiorno Angela, tre caffè et due cornetti.
– Ecco a voi. – Grazie.»
Ci siamo accomodati in un angolo del bar,
abbiamo discusso per due ore.
Sono veramente felice che mi abbiano invitato.
107
Hommes puis femmes puis hommes puis hommes
viennent s’accouder au comptoir
avec à la bouche les traces du mors
qui les asservit cinquante heures par jour.
Ils jettent à des oreilles quelconques et divines
des conjurations pour dissoudre le mors
dans des océans d’acide à la bière et au café
puis ressortent en derechef caracolant.
(Yves Bergeret)
Uomini e donne e poi uomini e ancora uomini
fanno la fila al banco
con le bocche segnate dal morso
che li opprime cinquanta ore al giorno.
Rivolgono a orecchie qualsiasi e divine
scongiuri per sciogliere il freno
in oceani d’acido alla birra e al caffè
poi escono in strada, di nuovo barcollanti.
108
Vertueuse image
(Janvier 2016)
109
Virtuosa immagine
(Gennaio 2016)
110
Petit cahier (15 cm x 20,5) créé et peint par Yves Bergeret
à Quimper les 18 & 19 janvier 2016
Quadernetto (15 cm x 20,5) creato e dipinto da Yves Bergeret
a Quimper il 18 & 19 gennaio 2016
111
Les mal aimés se réfugient dans les images.
Elles contiennent toujours un bras qui traîne ici ou là
pour suggérer l’enlacement.
Quelli poco amati si rifugiano nelle immagini.
Vi si trova sempre un braccio che sospinge qui o là
per evocare l’amplesso.
*
Avec leurs longues jambes
les images rapprochent la Sicile de la Calabre,
l’amante de l’amant
et la bêtise de la possessivité.
Con le loro lunghe gambe
le immagini avvicinano la Sicilia alla Calabria,
l’amante all’amato
e l’idiozia al possesso.
112
Un froid très vif fait fumer la mer.
A la surface de la terre et de la vie
ce qui plane, c’est l’image.
Ou parfois juste par-dessus les paupières.
Un freddo pungente fa vaporare il mare.
E’ l’immagine ciò che plana
sulla superficie della terra e della vita.
O, talvolta, proprio sopra le palpebre.
*
Aux étrangers ne sourions pas trop,
pensent les petits-culs. L’image s’en charge
avec ses dents dorées.
Non bisogna sorridere troppo agli stranieri,
pensano i vili. L’immagine dai denti splendenti
se ne assume il compito.
113
Paravent au bord de l’ivresse de la liberté,
parapet au bord du gouffre,
petit patapon, l’image est fière.
Paravento all’ebbrezza della libertà,
parapetto sul ciglio del baratro,
l’immagine è fiera, con delicatezza.
*
A la place de la fluidité
un bonhomme de neige acidulée: l’image.
Al posto della fluidità
un pupazzo di neve acidula: l’immagine.
114
L’image n’a pas de corde vocale.
Elle a certains jambages, peut-être.
De belles syllabes, parfois.
Aïe, le vent est parti sans rien finir…
L’immagine non ha corda vocale.
Ha delle gambe, forse.
Delle belle sillabe, talvolta.
Ahimè, il vento è partito senza finire il suo lavoro…
*
L’image est la première page
du livre de recettes.
Cuisiner est vulgaire.
Manger est animal.
Le réel se vengera.
L’immagine è la prima pagina
del libro di ricette.
Cucinare è volgare.
Mangiare è animale.
Il reale si vendicherà.
115
A sa propre image s’intéresse
l’âme du chien fourbe.
Non, l’âme du gardien des secrets.
Alla sua propria immagine si interessa
l’anima del cane subdolo.
Non l’anima del guardiano di segreti.
*
Le rire fuse en tous sens
chez toi comme chez moi.
Ah, déjà une image
qui fait vite la roue.
Nous n’avons pas le temps
de voir le gouffre qui s’ouvre.
Il riso scaturisce in ogni dove
da te come da me.
Ah, ecco un’immagine
che fa subito la ruota.
Ci manca il tempo
di vedere il baratro che si spalanca.
116
Un puits pour y jeter la lune,
une lune pour boire un rêve,
une image pour prendre le volant
en mourant.
Un pozzo per gettarvi la luna,
una luna per bere un sogno,
un’immagine per mettersi al volante
morendo.
*
Une lumière dans la nuit:
la soupe chauffe.
Un bruit prolongé dans la forêt:
l’image gratte pour déterrer
sa propre racine.
Una luce nella notte:
la minestra si scalda.
Un rumore prolungato nella foresta:
l’immagine gratta per dissotterrare
la sua stessa radice.
117
Je suis monté dans l’image au crépuscule.
Nous avons fait un voyage tragique
sur des rails inégaux
dans le ventre du monde.
Sono salito sull’immagine al crepuscolo.
Abbiamo fatto un viaggio tormentato
su rotaie diseguali
nel ventre del mondo.
118
Poèmes de Cabourg
(Février 2016)
119
Poemi di Cabourg
(Febbraio 2016)
120
Poèmes en quadriptyques verticaux de Xavier Lemaître & Yves Bergeret, avec encre et
peinture acrylique de ce dernier (format 65 cm x 25), créés à Cabourg, du 21 au 24
février 2016, sur papier Canson 180 g.
Poemi in quadrittici verticali di Xavier Lemaître & Yves Bergeret, con inchiostro e pittura
acrilica di quest’ultimo (formato 65 cm X 25), creati a Cabourg dal 21 al 24 febbraio
2016, su carta Canson di 180 g.
121
1
Cire mordorée de sable étale;
pas de terre en mer finissante;
passes d’eaux marines et fluviales;
souvenirs d’érosion, voyages à venir;
traces du passé, promesses de futur;
nature et culture en communion;
harmonie des rythmes;
échange des souffles:
une flèche jaillit d’espérance.
Cera luccicante di sabbia immobile;
nessuna terra che si protende in mare;
passaggi di acque marine e fluviali;
ricordi di erosione, prossimi viaggi;
tracce di passato, promesse di futuro;
natura e coltura in comunione;
armonia di ritmi;
scambio di respiri:
una freccia zampilla di speranza.
122
A l’embouchure
sait-on jamais ce qui monte
et ce qui descend,
limon de quelles plaines dans les terres,
sable et sel de quelle marée
à l’embouchure
des enfants aux poches pleines de coquillages
tirent par les mains les lointains aïeux,
tirent les tourbillons dans le sable et le ciel,
les torubillons des fiertés acquises
en haut en bas des collines dans les terres
Alla foce
non si sa mai ciò che sale
e ciò che discende,
fango di quali pianure nei terreni,
sabbia e sale di quale marea
alla foce
bambini con le tasche piene di conchiglie
prendono per mano i lontani antenati,
attirano turbini nella sabbia e nel cielo,
i turbini delle fierezze acquisite
in alto ai piedi delle colline nelle terre
123
2
L’aventurier fatigué des marchés pénètre le bistro.
Le voici costumé: lunettes de Groucho sur nez de Cyrano,
Chapeau faux cuir biker des plaines, double veste jaunâtre
à carreaux de bûcheron canadien.
Voûté, chevelure de Custer, il est chaussé de bottes fourrées avachies.
Fourbu, il traîne par la bride une improbable charrette criarde
d’américanismes.
Il s’assied, dos au mur, barricadé derrière deux tonneaux dressés.
La bière, posée sans un mot, sur l’un d’eux, ne le fait pas réagir.
Tête renversée, regard flottant, le corps s’immobilise.
L’œil et la bouche s’arrondissent.
– Que regarde-t-il? Rien, visiblement!
– Que voit-il? Ses images!
Il s’égare dans les zébrures d’un papier peint faussement animalier.
– Où est-il? Loin de France, un peu en Afrique,
sûrement dans cette Amérique de pacotille qu’il rêve d’incarner
et qui le transfigure au point que de lui adresser la parole,
c’est lui faire violence.
– Venez-vous de l’Arizona? il bredouille,
son regard d’enfant pris en faute
contraste avec sa moustache drue.
– Qui êtes-vous? Sa réponse fuse
«un cow-boy , enfin, j’aime bien, ça me plaît!»
La parole brise la prison d’images,
Le buste se redresse, l’œil s’éclaire.
Saloon devient salon.
124
L'ambulante stanco di mercati entra nel caffè.
E’ agghindato con occhiali da Groucho su un naso da Cyrano,
cappello in falso cuoio da motociclista di pianura, doppio petto giallastro
quadrettato da taglialegna canadese.
Incurvato, capigliatura alla Custer, calza deformi stivali foderati.
Sfinito, trascina per la briglia un'improbabile carretta fracassona
di cianfrusaglie americane.
Si siede, la schiena contro il muro, barricato dietro due barili ritti.
La birra, posata senza una parola su uno di essi, non lo scuote.
Ha la testa reclinata, lo sguardo perso, il corpo immobile.
L'occhio e la bocca dilatati.
- Che cosa guarda? Niente, all’apparenza!
- Che cosa vede? Immagini di se stesso!
Si nasconde tra le striature di una carta da parati con finti soggetti animali.
- Dove si trova? Lontano dalla Francia, un po’ in Africa,
sicuramente in questa America di paccottiglia che sogna di incarnare
e che lo trasfigura a tal punto che rivolgergli la parola
è come fargli violenza.
- Venite dall'Arizona? balbetta,
il suo sguardo di bambino colto in fallo
contrasta coi suoi baffi folti.
- Chi siete? La sua risposta non si fa attendere
«un cowboy, in fondo, e la cosa mi sta bene, mi piace!»
La parola rompe la prigione di immagini,
Il busto si raddrizza, l'occhio si rischiara
Saloon diventa salone.
125
Longtemps nous dérivâmes
d’îles en archipel. Parfois immobiles:
dans calme plat.
Sur le pont c’est tout simplement
la nuit crue qui nous réapprovisionnait
en légendes secourables
et les vieux espoirs nous recommençaient
leur théâtre loufoque.
Per molto tempo andammo alla deriva
come isole in arcipelago. Talvolta immobili
nella calma piatta.
Sul ponte
solo la viva notte ci riforniva
di confortevoli leggende
e le vecchie speranze ci ripetevano
il loro strambo teatro.
126
3
Le trône est vide
les mouettes viennent s’y asseoir par milliers
toutes têtes tournées vers l’origine du vent.
Le trône n’est plus vide
le vent trouve la place vide.
Il trono è vuoto
i gabbiani vengono a occuparlo a migliaia
con le teste rivolte verso l’origine del vento.
Il trono non è più vuoto
il vento trova il posto libero.
127
Le repas est servi: nappe d’eau sur sable mouillé.
Nuées ailées se ruent à la curée.
La mer dépose chairs de crabes et coquillages concassés.
Les foules affamées plongent sur ces restes échoués: la laisse de mer.
Elles s’élèvent déçues ou repues dans les nuages bas, gris, solitaires.
Au banquet des hommes des terres
sont conviés leurs frères humains.
Il pasto è servito: tovaglia d’acqua sulla sabbia bagnata.
Sciami alati si avventano veloci.
Il mare deposita carne di granchi e molluschi frantumati.
Stormi voraci piombano sui resti arenati: il lascito del mare.
Si alzano delusi o sazi verso le nuvole basse, grige, solitarie.
Al banchetto degli uomini di terra
sono invitati i loro fratelli umani.
128
4
Pas mal assuré, oreilles baissées, tête penchée
il scrute les scories du sol.
Chef relevé, il assure l’encolure.
Les promeneurs s’arrêtent, admirent, photographient.
Le pas s’allonge, la course se déroule:
souffle, sabot, canon à l’unisson.
Fier des droits sillons tracés
par les roues du sulky,
délivré de son guide,
libéré de ses peurs:
le cheval dévore la plage.
L’animal est son propre maître.
Adeguatamente sistemato, orecchie reclinate, testa pendente
scruta i detriti del suolo.
Il fantino, rialzato, acconcia il garrese.
I passeggiatori si fermano, ammirano, fotografano.
Il passo si distende, la corsa comincia:
soffio, zoccolo, cannone all'unisono.
Fidando nei solchi dritti tracciati
dalle ruote del sulky,
lanciato dal suo guidatore,
liberato dalle sue paure:
il cavallo divora la spiaggia.
L'animale è padrone di se stesso.
129
Les coups humides des sabots,
la grande crinière noire,
le sulky dont le sable avale le sillage,
le jockey emmailloté dans son ciré,
les coups des sabots,
le cheval noir, le ciel bas, le vent.
Qui est le frère assassin?
Qui est la victime
fuyant à tout allure
au ras de l’eau salée?
I colpi umidi degli zoccoli,
la grande criniera nera,
il sulky di cui la sabbia inghiotte la scia,
il fantino fasciato nella sua cerata,
i colpi degli zoccoli,
il cavallo nero, il cielo basso, il vento.
Chi è il fratello assassino?
Chi è la vittima
che fugge a tutta velocità
a pelo dell’acqua salata?
130
5
Comme le cow-boy, il tourne le dos à la mer.
Lui n’a aucun rêve outre atlantique.
Il trépigne, s’impatiente,
casquette vissée sur une trogne
plongée dans une assiette saturée,
se hâte de la vider.
Un paletot à col relevé est une peau qui le mange.
Il ne parle pas, jette des saillies
comme des coups de fourchettes,
pique le monosyllabe,
enfourche l’onomatopée.
Il tranche le temps au hachoir,
ne laisse aucune miette.
Il se dresse, se précipite aux cuisines,
crie «retraité!», en ressort
avec double portion, l’engloutit.
Il part en coup de vent. Rituel.
Que fuit-il?
131
Come il cowboy, rivolge la schiena al mare.
Non ha nessun sogno oltre atlantico.
Pesta i piedi, si spazientisce,
il berretto calato su una faccia allegra
immersa in un piatto ricolmo,
si affretta a svuotarlo.
Un cappotto a collo rialzato è una pelle che lo avvolge.
Non parla,
lancia mugugni
come colpi di forcheta,
punge a monosillabi,
inforca l'onomatopea.
Ripulisce il tagliere,
non lascia nemmeno una briciola.
Si alza, si precipita nelle cucine,
grida «pensionato!», ne esce
con una doppia razione, la inghiotte.
Se ne va in tutta fretta. Come da rituale.
Che cosa fugge?
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Au petit estuaire
trois poissonnières sous l’auvent
coupent les têtes et les queues.
Les maris repartent en mer
sur le canot bleu
tuer dans l’eau ce qui frétille.
Tout ira en four puis en bouche,
crépitant avec embruns, ressacs
plus neuf et vingt sept arêtes.
Les os des enfants croissent
aussi vite et fort que les rouleaux
déferlant sur le sable couvert de déchets.
Sul piccolo estuario
tre pescivendole sotto la pensilina
tagliano le teste e le code.
I mariti ripartono in mare
sulla barca blu
per uccidere ciò che guizza nell'acqua.
Tutto finirà nel forno poi in bocca,
sfrigolando con spruzzi, risacche
più nuove e ventisette lische.
Le ossa dei bambini crescono
tanto rapidamente e forti quanto le onde
che si infrangono sulla sabbia coperta di scarti.
133
6
Au large, à l’horizon,
cargos attendent sur mer agitée,
qui sera le transporteur?
Al largo, all’orizzonte,
navi da carico in attesa sul mare agitato,
chi sarà il corriere?
*
… le mouillage très au large
dont le ressac des vagues sur sable et galets
tonitrue le tiraillement
entre appétit de voluptueuse solitude
et délices de la foule petite dans les bars du port.
… l’ormeggio molto al largo
di cui la risacca delle onde su sabbia e sassi
amplifica lo spasmo tra voluttuosa solitudine
e delizie della piccola folla nei bar del porto.
134
7
Le cormoran,
vole, plonge, nage,
se fixe,
ailes en croix
au sommet du voilier.
Il cormorano,
vola, s’immerge, nuota,
si ferma,
le ali in croce
in cima al veliero.
*
Avec vivacité elle ouvre la porte.
Tout l’ai froid s’engouffre avec elle
et aussi la mort qui lui grignote les talons
et aussi l’odeur ancienne de ses deux enfants partis au Canada
dont le cormoran épuisé lui rapporte
un très lointain vagissement.
Con prontezza apre la porta.
Tutto il suo freddo fuoriesce con lei
e anche la morte che le morde i talloni
e anche l'odore antico dei suoi due figli partiti per il Canada
di cui il cormorano esausto le riporta
un lontanissimo vagito.
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8
Quatre roues titanesques,
mâchoires ogresses,
peignent la plage,
dégagent la digue.
Inexorablement,
le grain de sable se replace.
Son déplacement,
est la part de l’homme.
Quattro ruote titaniche,
mascelle gigantesche,
pettinano la spiaggia,
liberano la diga.
Inesorabilmente,
il granello di sabbia si riposiziona.
Il suo spostamento
è la parte dell'uomo.
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On aime racler le fond du plat de gratin.
On aime fouiller jusqu’au fond l’archéologie du sanctuaire.
On jauge le grain de sable à sa résonance féminine.
On hume le vent à sa fougue de reproduction.
Puis la marée détruit tout
et le lendemain on recommence.
Ci piace raschiare il fondo gratinato del piatto.
Perlustrare con cura l'archeologia del santuario.
Valutare il granello di sabbia dalla sua risonanza femminile.
Fiutare il vento col suo impeto fecondo.
Poi la marea distrugge tutto
e l'indomani si ricomincia.
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(Quaderni di traduzioni, XXIV, Marzo 2016)
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