Université de Silésie 2011

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Université de Silésie 2011
Table des matières:
35
4
53
Section française Section espagnole Section italienne
Nos auteurs:
Raúl Ernesto
Colón Rodríguez
Carmela
Gentile
Nadia
Hmaid
Matylda
Kaczmarek
Monika
Kapuścińska
Jolanta
Okrzesik
Małgorzata
Sankowska
Anna
Stachowicz
Agnieszka
Stebel
Magdalena
Szczepanik
Kamila
Kruszyńska
Rapporteurs:
prof. dr hab. Jacek Lyszczyna
prof. dr hab. Halina Widła
prof. dr hab. Krystyna Wojtynek-Musik
prof. UŚ dr hab. Joanna Wilk-Racięska
dr Wiesława Kłosek
dr Aleksandra Kosz-Paliczuk
dr Michał Krzykawski
dr Nina Pluta
dr Andrzej Rabsztyn
dr Ewelina Szymoniak
Tout texte demeure la propriété de son auteur. Cependant, l’auteur permet
à ReVue de publier, distribuer et archiver son texte. Après sa parution dans
ReVue, l’auteur peut republier son texte dans un autre périodique à la
condition que la mention de la parution dans ReVue soit clairement indiquée.
La reproduction des textes parus dans ReVue est permise pour une
utilisation individuelle. Tout usage commercial nécessite une permission
écrite de l’auteur.
ReVue | 2/2011
ReVue
Périodique Multidisciplinaire des Étudiants des Langues Romanes
Mateusz Król
Mesdames et Messieurs,
Chers Lecteurs,
J’ai le plaisir de vous présenter le deuxième numéro de ReVue – Périodique Multidisciplinaire des Étudiants des Langues Romanes.
Le lecteur trouvera dans ce numéro dix articles écrits en français, espagnol et italien. Le premier texte, celui de Matylda Kaczmarek (étudiante de l’Université de Varsovie),
se focalise sur la question de la volonté, ainsi que sur la perspective et l’inspiration kantiennes dans l’œuvre de Lautréamont. Agnieszka Stebel étudie le thème du bilinguisme,
en particulier le bilinguisme des enfants. Anna Stachowicz et Jolanta Okrzesik ont mené une
analyse de la traduction du langage comique à l’exemple d’un sitcom français „Kaamelott”
d’Alexandre Astier. La section francophone se termine par l’article de Raúl Ernesto Colón
Rodríguez, étudiant de l’Université d’Ottawa. Il enrichit son texte par la traduction vers
l’espagnol du chapitre „La Jeunesse”, provenant du livre „La Sagouine” d’Antonine Maillet.
La section espagnole s’ouvre avec l’article de Kamila Kruszyńska qui nous invite
à découvrir la philosophie contemporaine et les études éthiques de Fernando Savater.
Le deuxième texte, écrit par Monika Kapuscińska, parle de l’œuvre de Julio Cortázar
et de l’importance de la musicalité dans la traduction de ses livres. Cette partie est close par
la dissertation de Małgorzata Sankowska qui a décidé d’étudier les particularités
de la langue espagnole d’Andalousie.
La troisième et dernière partie de notre périodique est consacrée aux textes
en italien. Grâce à l’article de Nadia Hmaid, vous pouvez découvrir l’histoire d’unification
de Bel Paese dont le 150ème anniversaire a été fêté en 2011. Carmela Gentile nous propose une analyse de l’image de Camorra dans l’œuvre de Roberto Saviano. Le dernier
article est le fruit des études de Magdalena Szczepanik qui s’occupe de la coexistence des
deux systèmes linguistiques en Italie – du système national et des dialectes.
Nous voudrions inviter toutes personnes intéressées par la publication de leurs articles
au sein de notre ReVue à nous contacter a déposer leurs textes à l’adresse suivante –
[email protected]
Il est important de souligner que la publication de ReVue a été rendue possible
grâce au soutien financier de la Faculté des Lettres, de l’Institut des Langues Romanes
et de Traduction ainsi que du Conseil des Étudiants de l’Université de Silésie.
Je profite de la parution de ce numéro pour remercier Monsieur le Recteur, professeur
Wiesław Banyś pour son soutien et son patronage officiel sur ReVue. Mes remerciements
vont aussi à Monsieur le Doyen, professeur Rafał Molencki et Madame la Directrice, professeure Ewa Miczka pour leur ouverture à nos idées et leurs précieux conseils. Un remerciement tout particulier à Monsieur le professeur Krzysztof Jarosz - Président du Comité
de rédaction, qui nous a guidés et soutenus dans notre travail. Je remercie dr Karolina
Kapołka, dr Wiesława Kłosek, dr Anna Nowakowska-Głuszak, dr Ewelina Szymoniak et dr
Beata Śmigielska – membres du Comité de rédaction. Je remercie également tous nos
rapporteurs pour leur soutien et leurs corrections. Je voudrais aussi exprimer ma reconnaissance à mes collaboratrices Carmela Gentile et Marta Gępka pour leur travail en tant que
rédactrices responsables du numéro.
Je vous souhaite une bonne lecture,
Mateusz Król
Comité de Rédaction
prof. UŚ dr hab. Krzysztof Jarosz
dr Karolina Kapołka
dr Wiesława Kłosek
dr Anna Nowakowska-Głuszak
dr Ewelina Szymoniak
dr Beata Śmigielska
Rédacteur-en-chef
Mateusz Król
Rédactrices responsables du numéro
Carmela Gentile, Marta Gępka
ISSN: 2084-8730
Le Recteur
de l’Université de Silésie
La Faculté des Lettres
Le Conseil des Étudiants
Institut des Langues Romanes
et de Traduction
de l’Université de Silésie
Maison d’édition:
Publié à Tychy
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Table des matières
ReVue
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Section française
Un objet impossible de la volonté ? Ou le problème du mal dans les Chants De Maldoror du comte
de Lautréamont
Written between 1868 and 1869, then thrown into oblivion for nearly 50 years, The Songs of Maldoror by Comte de Lautréamont remain a controversial work up to the present day. The density and ambiguity of the text render it fascinating and
open for different, often contradictory interpretations. The author of the present article makes an attempt at an analysis of this
elaborate poetical construction, full of allusions, references, hidden quotations and periphrases. For this purpose, she refers to
philosophical reflections on the will, especially in the Kantian perspective. Her goal is not only to compare the work of the poet
with the texts of the German thinker, but also to find traces of Lautréamont’s possible inspiration.
Key words: Lautréamont, will, songs, Immanuel Kant, ethics, imperative, evil, Maldoror, Isidore Ducasse
14
La question du bilinguisme
This article aims at introducing the phenomenon of bilingualism. For this purpose, the author begins with the history and the
typology of bilingualism. Then, she moves on to discussing the bilingualism in context of family as a social unit, introducing
the issue of bilingualism of children. Finally, the author talks about immigration and the problems it causes for children. Despite
the differences between the discussed issues, author wants to illustrate how complex the problem of bilingualism is and to
accentuate the fact that this subject is analyzed by many different fields of science.
Key words: bilingualism, children, family, immigration
20
Traduire quand il faut faire rire. Les problèmes spécifiques pour la traduction d’un sitcom, à la base
du titre Kaamelott d’Alexandre Astier
The present article demonstrates specific problems connected with translating a French TV series on the basis of Alexandre
Astier’s “Kaamelott”. The authors concentrate on the challenges of rendering this medieval comic fantasy into Polish. A short
introduction to the series and its characters is followed by a presentation of its characteristic humour. Subsequently, the specific
language of the series is analysed in more detail; examples of language humour (word plays, speech errors, choosing a wrong
register, etc.) are presented and analysed, along with possible translations of the given examples.
Key words: translation, TV series, comic fantasy, language humor,
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Table des matières
ReVue
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Section française
La jeunesse - La juventú chapitre 2 de La Sagouine d’Antonine Maillet - en traduction espagnole
antillaise
The article by Raúl Ernesto Colón Rodriguez is an annotation to an experiment of translating a literary text from one creolised
language into another. The first part of the chosen text (La Sangouine by Antonine Maillet) was translated from the Acadian French,
used in the North American colonies (now Canada), into a language which originated from a mixture of Caribbean variations of the
Castilian language, with the strongest influence of the Cuban Spanish.
First, the author briefly presents the play and its composition (colloquial, episodic monologue, which recapitulates the dreams and
achievements of a single life), and subsequently passes to a characterisation of the Acadian French (specific syntax, idioms, etc.),
paying significant attention to the features which are especially problematic in translation. Afterwards, the author comments on
the text itself. The questions which arise when translating from one dialect to another are mentioned; for instance, the rejection of
equivalence, and preservation of foreign elements in, among others, syntax or phonetics.
Key words: translation, Spanish, Acadian French , creolised language, dialect
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Littérature
Matylda
Kaczmarek
Un objet impossible
de la volonté ?
Ou le problème du mal dans les Chants De
Maldoror du comte de Lautréamont
Qu’est-ce que la volonté?
Parmi les facultés de notre esprit
la volonté est le plus souvent mise
en question. La philosophie antique
n’a pas même connu ce concept
et quelques penseurs modernes, comme Martin Heidegger, le réfutent1. À
vrai dire, la volonté ne devient possible
qu’au sein de la réflexion chrétienne et
elle est strictement liée au problème du
mal. Le liberum arbitrium de Saint Augustin répond à la question comment
Dieu, qui est l’essence de bonté, a pu
créer le mal. L’évêque d’Hippone nous
enseigne que le mal n’a pas de statut
ontologique, qu’il découle de la nature
humaine, de notre capacité de choisir
librement.
Sur le plan ontologique, la volonté se
situe d’habitude aux antipodes de la
raison. Elle regarde toujours vers le
futur, elle puise dans l’imaginaire, elle
peut se réaliser seulement à travers la
matière, tandis que la raison tend vers
l’éternité, vers ce qui est immuable et
nécessaire, son temps est le présent,
son domaine est l’universel2. De plus,
la raison ne tolère pas les contradictions, alors que la volonté base
sur elles. Il faut qu’il y ait au moins
deux options qui s’excluent pour que
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la volonté puisse choisir. La plupart
des théologiens médiévaux croient que
les lois logiques sont immanentes à
la nature du Créateur et que, par conséquent, sa volonté doit se soumettre
à sa raison. Dans les temps modernes,
c’est entre autres Gottfried Leibniz qui
reprend ce problème. Avec sa conception du meilleur des mondes il semble
être d’accord avec la pensée médiévale.
Avec l’idée de la nécessité qui
s’identifie à Dieu la question du libre
arbitre humain apparaît. Si rien ne
peut se passer autrement, sommesnous responsables de nos actes et de
nos décisions? Le moyen âge surmonte
cet obstacle en introduisant la notion
d’intention et Leibniz parle des mondes
possibles. Mais cela, résout-il le problème? La contradiction entre la volonté et la raison est si profonde qu’elle
se révèle aussi dans le contexte laïque.
La vision scientifique de l’univers déterminé dès la naissance jusqu’à la fin, exclut, au moins en apparence, la liberté
de choix.
Sur le plan éthique, surtout chrétien, la volonté se réalise pleinement
seulement en se dirigeant vers le
bien (liberté négative), car Dieu, dont
la volonté sert de modèle à la nôtre, est
absolument
bon. Encore
une fois la volonté s’identifie à la
nécessité. Si l’on pèche,
on n’est pas libre. Où
est donc notre possibilité de choisir ?
Tous ces problèmes, résolus en
apparence,
reviennent dans les travaux
d’Emmanuel Kant. Le penseur
allemand essaie de relier la causalité de la nature (qui existe au
niveau des phénomènes) à la liberté
humaine (qui existe hypothétiquement
au niveau des choses en soi). La première fait partie de notre expérience,
la deuxième se situe hors des capacités
cognitives de l’homme. Pourtant elle
est nécessaire comme un des fondements de l’éthique. La volonté kantienne s’assimile donc à la raison pratique.
D’une certaine manière, les conclusions de l’auteur des Critiques ressemblent aux conclusions des philosophes
médiévaux. Bien qu’il utilise des notions différentes, selon lui la libre volonté ne peut être que bonne. Comme
Littérature
Portrait du Comte de Lautréamont par Félix Vallotton,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Lautr%C3%A9amont_
by_Vallotton.jpg, copyright expiré
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Littérature
Augustin, il lie le mal à la possibilité
de choisir, mais il pense que l’homme
est bon de nature3 :
Ainsi, pour donner au mal moral
un fondement en l’homme, la sensibilité contient trop peu, tandis qu’écartant
les motifs qui peuvent naître de la liberté, elle fait de l’homme un être animal ;
mais en revanche une raison pour ainsi
dire perverse (une volonté absolument
mauvaise) qui libère de la loi morale
contient trop, car l’opposition à la loi serait érigée en motif (et sans aucun motif
l’arbitre ne peut être déterminé) et le
sujet serait alors transformé en un être
diabolique. Aucun de ces deux cas n’est
applicable à l’homme4.
Comme la morale s’identifie à la
raison, nous sommes toujours capables
de la trouver. Nous pouvons, bien sûr,
agir de façon immorale, mais nous
ne pouvons pas créer un impératif
Obsession of the Angelus, Salvador Dali, http://www.
galerie-furstenberg.fr/salvador-dali-maldoror.htm,
copyright expiré
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catégorique à rebours parce que la loi
nous est immanente. Si nous penchons
pour quelque chose de mauvais, nous
le faisons en suivant l’impératif hypothétique. Évidemment, il doit y avoir
une sorte de mauvaise volonté pour
que la bonne volonté puisse la vaincre.
Autrement aucune action ne pourrait
être qualifiée de morale. Cependant,
quand nous choisissons5 notre loi subjective au lieu de la loi objective, notre
volonté devient hétéronome : elle perd
son autonomie, elle n’est plus raisonnable donc elle n’est plus libre, en quelque
sens elle n’est plus une volonté.
La volonté engendre beaucoup
de problèmes. Quel que soit l’angle
sous lequel on l’examine, on voit des
paradoxes. N’est-il donc pas juste
d’employer ce concept pour analyser
une des œuvres les plus paradoxales
de la littérature française ?
Chants de Maldoror – une lecture
impossible ?
Né en 1846, Isidore Ducasse, fils
d’un diplomate français d’Uruguay,
meurt à Paris, à l’âge de 24 ans,
dans des circonstances mal connues. Il ne nous reste de lui que
deux œuvres difficiles à interpréter
et quelques lettres à son banquier,
à son éditeur et aux critiques. Sa
légende est fondée sur le manque
de faits concernant sa vie privée,
ainsi que sur le ton blasphématoire
des Chants de Maldoror. Cependant,
comme le montre, entre autres, François Caradec, on peut reconstruire
la biographie de Lautréamont avec
une certaine précision6.
Quelques détails méritent
d’être mentionnés. Premièrement,
malgré son jeune âge, Lautréamont
se fait remarquer par une érudition
extraordinaire. Dans ses deux œuvres – les Chants de Maldoror et les
Poésies I et II – il se réfère aux nom-
breux textes philosophiques, littéraires,
historiques et scientifiques. Toutefois,
il ne faut pas oublier qu’au moment
d’écrire les Chants, Lautréamont n’est
qu’un bachelier et non pas un philosophe universitaire. Deuxièmement, loin
de donner à ses réflexions une forme
systématique, il les transmet à travers des images poétiques complexes.
Bien qu’il se serve de citations et de
notions empruntées à divers auteurs,
l’identification de ses inspirations et de
ses intentions exactes semble parfois
difficile.
C’est en 1869 qu’il publie à son
compte le premier Chant de Maldoror.
Un an plus tard il essaie de faire paraître tout le livre, mais l’éditeur refuse de
le mettre en vente de peur du scandale.
Jeté dans l’oubli pour un demi-siècle,
ce texte a donné lieu à de nombreuses
interprétations. On a tâché de reconstruire la biographie de l’auteur pour
s’en servir au cours de la lecture. On a
comparé les Chants aux Poésies en les
opposant ou en leur trouvant des traits
communs. On a appliqué des théories
modernes à ce texte du XIXe siècle et
on y a trouvé presque tout : la folie, la
révolte et la victoire de l’imaginaire sur
le réel selon les surréalistes, le retour à
ce qui est pré-littéraire selon Jean-Marie
Gustave Le Clézio, l’absence de l’auteur
selon Maurice Blanchot, l’écriture selon
Tel Quel, etc.
L’œuvre de Lautréamont se cache
derrière tous ces concepts. Elle est une
sorte d’artefact littéraire dont on se
sert pour illustrer différentes théories.
Comme le remarque Michel Pierssens,
la complexité des Chants « s’est constamment trouvée soumise à des lectures excessivement simplificatrices, au
nom même de cette complexité – lectures recourant à des principes explicatifs monolithiques, qui nivèlent tous
les reliefs »7. Et sa lecture, n’estelle pas
aussi simplificatrice ? Mais est-il pos-
Littérature
gueurs différentes, mais certains
éléments se répètent : tous les
six commencent par une sorte
d’invocation au lecteur. De plus,
aussi bien les conventions narratives que l’imaginaire de Lautréamont se rattachent au romantisme. L’omnipuissance du
narrateur, créateur et destructeur
des univers textuels, fait penser
à Beniowski de Juliusz Słowacki
et le héros principal est doué
d’un même esprit de révolte
que Konrad d’Adam Mickiewicz
ou les héros bayroniens8. Les
descriptions fantastiques de
Lautréamont abondent en comparaisons homériques absurdes,
par exemple :
Identification with the brother, Salvador Dali, http://www.galerie-furstenberg.fr/salvador-dali-maldoror.htm, copyright expiré
sible de lire un texte si équivoque et si
incohérent, du moins au premier abord,
sans le simplifier ?
La question devient encore plus
difficile quand on essaie d’analyser
l’ensemble des textes de Lautréamont.
Des hypothèses se multiplient. On parle du reniement, de l’esprit de révolte
absolue qui détruit tout, de l’écriture
qui se manifeste de façons différentes et d’un projet éthique qui consiste
à inciter les hommes au bien en leur
montrant le triomphe du mal. Notre
interprétation ne sera donc qu’une
proposition parmi d’autres.
Un manifeste volontariste ?
Parodie des textes romantiques, les
Chants de Maldoror ont une structure
assez complexe. Divisés en chants
et en strophes, ils ressemblent aux
épopées grecques, Iliade et Odyssée,
notamment. Les chants sont de lon-
Il est beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces
; ou encore, comme l’incertitude
des mouvements musculaires dans
les plaies des parties molles de la
région cervicale postérieure ; ou
plutôt, comme ce piège à rats perpétuel,
toujours retendu par l’animal pris, qui
peut prendre seul des rongeurs indéfiniment, et fonctionner même caché sous la
paille ; et surtout, comme la rencontre
fortuite sur une table de dissection d’une
machine à coudre et d’un parapluie ! 9
De plus, elles font souvent référence au style des auteurs du roman
gothique. Les orages, les monstres, des
scènes nocturnes, des endroits sombres, des personnages mystérieux : on
trouve chez Lautréamont presque tous
les éléments du romantisme noir. Malgré cette richesse formelle, les Chants
présentent, au premier abord, une vision du monde assez simple. Un héros
révolté qui veut égaler ou même vaincre Dieu semble une figure parfaite
de la volonté triomphant sur la raison.
C’est quelqu’un qui connait « la vérité
suprême » (CdM, 84), mais qui ne cesse
pas de lutter contre elle. « Je le connais,
le Tout-Puissant… » (CdM, 63) s’écrietil
dans la troisième strophe du chant
deuxième. Cette connaissance est allégorique. Maldoror rencontre le Créateur
plusieurs fois. Il l’observe dans les cieux
sur son trône de débris humains, puis il
le voit rentrer dans un couvent-lupanar
pour couvrir ses crimes redoutables et à
la fin du chant sixième il se confronte
avec lui personnellement.
Une telle situation semble impossible aux théologiens catholiques ainsi qu’à la plupart des philosophes, y
compris Kant. Si l’homme est capable
d’élever son entendement jusqu’à
Dieu, s’il connait sa nature et la nature de sa création, il ne peut pas agir
vicieusement. Autrement dit, si notre
raison était assez puissante, nous serions contraints d’agir de façon morale. Il y a seulement un détail qui ne
permet pas une interprétation si naïve.
C’est dans le mal et non pas dans le
bien que l’homme ressemble à Dieu.
L’univers montré par Lautréamont
est corrompu de nature. Maldoror
ne s’oppose pas totalement à celui qu’il
veut vaincre. Il adopte ses méthodes.
Tous les deux sont meurtriers et pervers. Paradoxalement, le héros, après
avoir découvert les principes divins, essaie de les suivre. Même s’il a parfois
des remords, s’il plaint l’humanité, il
s’obstine à détrôner le Créateur et de
« régner à sa place sur l’univers entier,
et sur des légions d’anges aussi beaux
» (CdM, 98)10.
La raison...
Nous voyons que la conception de
la volonté qui apparaît dans l’œuvre
de Lautréamont est beaucoup plus
compliquée. Maldoror ne transforme la
réalité que superficiellement, car il agit
d’après ses lois les plus secrètes. Dans
son plan génocide, il suit la raison,
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9
10
Littérature
ce qui se manifeste dans
apparaît dans le chant sixl’hymne aux mathémaième et se montre un fou
tiques : « Sans vous, dans
par excellence. Couronné
ma lutte contre l’homme,
par Maldoror d’un pot de
j’aurai peut-être été vainchambre, il rappelle les
cu […]. Avec cette arme
bouffons médiévaux. Il se
empoisonnée que vous
distingue de gens ordime prêtâtes, je fis descennaires surtout par sa médre, de son piédestal […] le
connaissance du bien et du
Créateur lui-même » (CdM,
mal: « Celui qu’il a trouvé,
93). Bien que ce soit Dieu
couché sur le banc, ne
qui a créé les mathémasait plus, depuis un évétiques, Maldoror n’hésite
nement de sa jeunesse,
pas de s’en servir pour
reconnaître le bien du
l’attaquer. Un peu plus
mal » (CdM, 253). Aussi
loin, il déclare : « Ma raine pouvons-nous pas
son ne s’envole jamais,
traiter « l’homme aux
comme je le disais pour
lèvres de bronze » (CdM,
vous tromper. Et, quand je
113) comme un fou. Il sait
commets un crime, je sais
parfaitement où se trouve
ce que je fais : je ne voulais
la frontière entre les deux
Fragmented
body,
Salvador
Dali,
http://www.galerie-furstenberg.fr/salvador-dalipas faire autre chose ! »
et, dans une certaine
maldoror.htm, copyright expiré
(CdM, 109). De plus, c’est
mesure, il essaie de ne pas
la stupidité ou l’abandon
la dépasser.
de la raison que Maldoror
Enfin, une autre con… et la folie
reproche aux hommes : « des êtres huclusion importante découle des paroles
Il y a des critiques qui expliquent le
mains […] ont rejeté, jusqu’à ce point
citées. Si c’est la méconnaissance des
caractère étonnant des Chants par la
indescriptible l’empire de la raison... »
concepts moraux qui caractérise la fomaladie mentale de l’auteur11. Cepen(CdM, 167). Il triomphe sur la race hulie, la morale appartient strictement
dant, rien dans sa biographie ne conmaine parce que celle-ci est ignorante
au domaine du rationnel (comme chez
firme pas cette hypothèse. Pourtant un
et naïve.
Kant).
lecteur non averti peut facilement conEn fin de compte, le héros est
stater que c’est Maldoror qui est fou.
Les miroirs de la volonté
présenté comme quelqu’un qui ne rit
Il y a des scènes qui fournissent des
Pourquoi Maldoror ne se reconnaîtpas, ne pleure ni ne dort. Le motif pour
preuves à une telle supposition. Quand
il pas lui-même ? Rappelons ce que
lequel il s’abstient de le faire paraît
nous regardons le héros qui parle à
nous avons déjà écrit sur la volonté.
simple : il ne veut pas que les émoson reflet dans le miroir et qui ne se
Pour qu’un acte de volonté soit postions éclipsent son entendement. Quant
reconnaît pas lui-même, nous pensons
sible, il faut que nous expérimentions
au sommeil, Maldoror l’explique ainsi :
à la schizophrénie (CdM, 170–175).
un certain déchirement. Il faut qu’il ait
Quand les fantômes de ses victimes le
« Depuis l’imprononçable jour de ma
au moins deux options à choisir et que
hantent, nous supposons qu’il hallunaissance, j’ai voué aux planches somnous hésitions entre elles. Cette hésicine (CdM, 186–188 ; 217–226). Les
nifères une haine irréconciliable. C’est
tation provoque un conflit au sein de
pertes de mémoire, qui accompagnent
moi qui l’ai voulu ; que nul ne soit acla volonté. Le sujet se confronte à son
ces événements, confirment les troubles
cusé. […] la volonté veille à sa propre
double qui le contredit. Il veut et il ne
psychiques de Maldoror. Mais comdéfense […]. Je veux résider seul dans
veut pas faire ce qu’il considère. Pourment lier cela à tout ce que nous avons
mon intime raisonnement » (CdM, 200
tant il doit choisir. Il doit mettre fin à sa
dit plus haut?
– 201).
désintégration.
Avant tout, jetons un coup d’œil sur
Il semble que Maldoror n’incarne
un autre personnage, celui d’Aghone. Il
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Littérature
que le mal pur. Il est décrit comme un
être pire que Satan, mais il suffit de
lire attentivement toutes les strophes
pour que cette impression se dissipe.
Au début du chant premier le narrateur
raconte comment Maldoror « s’aperçut
qu’il était né méchant » (CdM, 19),
pourtant dans le sixième le héros avoue
que « peut-être il était né bon » (CdM,
170). Tout au long du texte les contradictions se multiplient. Le héros veut
et ne veut pas mourir (CdM, 64; 127) ;
il vit pour nuire aux hommes, mais parfois il a des remords (CdM, 23 ; 186 ;
222), il plaint le sort de ses semblables
(CdM, 114119 ; 154), il veut même
les aider (CdM, 64). Dans un cimetière
norvégien, il console le fossoyer (CdM,
49) et après avoir sauvé un jeune homme, qui avait essayé de se suicider, il
s’écrie : « Sauver la vie à quelqu’un,
que c’est beau ! » (CdM, 113).
Certes, il a résolu d’être méchant,
mais il conserve toujours une certaine
inclination au bien.
Il lutte contre elle,
toutefois il n’est pas
capable de se contrôler dans toutes
les
circonstances.
C’est un personnage
ambigu, paradoxalement proche de nous
dans ses hésitations
et ses faiblesses.
Cette dualité
du caractère humain est également
symbolisée
par le personnage
de l’hermaphrodite,
mi-homme,
mifemme. La scène
dans laquelle une
foudre lancée par
le Créateur « coupe
précisément le visage » du narrateur-
héros « en deux » (CdM, 61) et des
allusions à Pascal jouent le même rôle.
Regardons de plus près la relation
du héros et du narrateur. Au début du
chant premier, le récit est hétérodiégétique et l’auteur se sert de la focalisation interne (exclamations, discours
indirect libre). Cette distance, bien
qu’elle ne soit pas grande, diminue encore : Maldoror devient narrateur. Celui
qui parle la retablit de temps en temps
(la focalisation zéro apparaît), mais
jusqu’au chant cinquième il semble
sympathiser avec le personnage. Puis,
il devient visiblement critique envers
Maldoror. La narration hétérodiégétique domine, la focalisation zéro devient plus fréquente. À la fin du chant
cinquième, le héros reprend son rôle
du narrateur, toutefois, il n’est qu’un
narrateur secondaire (ses paroles sont
rapportées). De plus, le vocabulaire
péjoratif apparaît : le narrateur nomme
Maldoror « bandit » et il encourage
les lecteurs à formuler des jugements
sévères sur lui (CdM, 260).
Ce jeu n’est-il pas un jeu de la volonté ? Celui qui parle n’expérimentet-il
pas des hésitations de son propre esprit ? À la fin de son récit ne penchetil
pas pour une des deux options sousentendues (pour ou contre Maldoror) ?
Il nous annonce plusieurs fois que
Maldoror n’est qu’une des créations de
son imagination, serait-il donc sa voix
interne ? Quel est le rôle de l’homme
et quel est celui du Créateur? Comment
interpréter ces personnages ?
Probablement ils sont aussi, comme
Maldoror et le narrateur, des miroirs
dans lesquels le sujet de la volonté se
regarde. Cela explique l’attitude ambiguë du narrateur-Maldoror envers
eux. On le perçoit surtout à l’exemple
de l’homme. Comme le narrateur-Maldoror veut parler des ses semblables,
il se sert le plus souvent de ce terme
générique, ce qui permet de remarquer la symétrie entre les
deux. De plus, l’homme partage la plupart des traits du
héros principal. L’un et l’autre
« n’est composé que de mal,
et d’une quantité minime de
bien… » (CdM, 58). Ce qui les
distingue c’est le degré de la
corruption et la conscience de
leur méchanceté innée.
Les reflets se reproduisent
donc. Le narrateur se regarde
dans le miroir déformé de
Maldoror qui se regarde dans
un double miroir de l’homme
et de son Créateur. Ils agissent
les uns contre les autres dans
presque toutes les combinaisons possibles : le narrateurMaldoror contre l’homme
et Dieu ensemble ou contre
Dieu en défense de l’homme,
l’homme contre Maldoror, le
narrateur contre son héros
Family tree, Salvador Dali, http://www.galerie-furstenberg.fr/salvador-dali-maldoror.htm, copyright expiré
ReVue | Décembre 2011
11
12
Littérature
principal, ou encore Dieu et le narrateur contre Maldoror en défense de
l’homme, etc.
Si la volonté, comme nous l’avons
vu, se décompose en plusieurs sousvolontés contradictoires, comment l’action
est-elle possible ? Comment choisir entre les possibilités qui s’excluent ?
temps qu’elle devienne une loi universelle »13.
Il y a deux notions liées à la notion
d’impératif : celle de devoir et celle
de volonté. Le « devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect
pour la loi »14. Cela veut dire qu’il ne
suffit pas d’agir conformément au de-
il donc pas l’impératif kantien ?
On peut voir dans le premier chant
déjà que quand le héros décrit les supplices qu’il inflige à un adolescent, il
désire que cet adolescent lui paie avec
la même monnaie (CdM, 24). Il veut
que l’humanité périsse, mais il veut
aussi mourir lui-même. N’adopte-il pas
la règle de Kant ?
Le devoir et l’impéDans son hymne
ratif
à l’océan, il ajoute :
Pour affronter les diffi« Faisons un grand efcultés que nous avons
fort, et accomplissons,
rencontrées pendant
avec le sentiment du
notre analyse, revedevoir, notre destinée
nons à Kant. Comme
sur cette terre ! » (CdM,
le prouve Michel
38) et quand il doute de
Pierssens, Ducasse
sa mission, il répète :
a dû connaître la
« Non, non ! Je l’ai réphilosophie kantienne
solu depuis le jour de ma
qui était assez popunaissance ! […] On verra
12
laire à l’époque . Un
les mondes se détruire
examen attentif du
[…] avant que je touche
lexique des Chants le
la main infâme d’un être
confirme. À partir du
humain » (CdM, 70). Il
verbe « vouloir » qui
y a plusieurs situations
se répète plusieurs
dans lesquelles Malfois, les notions de
doror veut accomplir
devoir et de résolution
un acte noble. Toutefois,
apparaissent.
il s’en abstient parce
Comment donc,
qu’il se souvient de son
selon le penseur aldevoir. On peut citer,
lemand, fonctionne
notamment, l’aventure
notre volonté et quels
avec la lampe divine.
Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie!,
sont les fondements
Malgré tout le respect
J-C G, licence Creative Commons Paternité - Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported
de l’éthique ? Prepour son ennemi, Malmièrement, la morale
doror ne renonce pas à
voir, mais plutôt par devoir. L’action
de Kant est rationnelle. C’est grâce
ses principes (CdM, 96). Bien sûr, coma une valeur morale non grâce à son
à la raison que l’on découvre ce qu’il
me nous l’avons déjà montré, il a des
objet, mais grâce à la maxime d’après
faut faire. L’analyse du personnage
moments de faiblesse, mais en général
laquelle
elle
est
accomplie.
C’est
donc
d’Aghone ne nous atelle pas montré
il reste fier de sa « résolution ».
le
respect
pour
la
loi
qui
nous
permet
la même chose? Cependant, Kant ne
La valeur d’un acte de la volonté
de résoudre les conflits de la volonté.
donne pas des préceptes détaillés. Il
kantienne ne dépend pas de sa réalisaSi nous regardons les Chants de Maly a seulement une règle générale que
tion. Le héros des Chants n’abandonne
doror plus attentivement nous voyons
nous devons suivre. Elle revêt la forme
pas sa mission malgré les châtiments
le même
schéma.
Cependant,
comme
de l’impératif catégorique : « Agis
qu’il endure du côté du Créateur. Il
on
l’a
prouvé,
l’univers
de Lautréamont
uniquement d’après la maxime grâce
souffre, mais il continue de lutter conest imprégné de mal. Maldoror ne suità laquelle tu peux vouloir en même
tre Dieu et contre l’humanité. Son plan
ReVue | Décembre 2011
Littérature
doit échouer. Évidemment, à la fin du
texte, il tue l’incarnation du Seigneur,
toutefois son ennemi s’échappe intact.
Le caractère virtuel ou hypothétique de la volonté est confirmé aussi
par le rôle accordé à l’imagination. On
sait presque dès le début du texte que
les aventures de Maldoror, « un héros »
que le narrateur « a mis en scène »
(CdM, 59), ne sont qu’imaginaires.
Conclusion. Une expérience de
pensée?
Il est difficile d’avancer un jugement cohérent sur un texte si équivoque que les
Chants de Maldoror. De plus, il ne faut
pas oublier que Lautréamont n’était
qu’un jeune homme sans expérience.
Nous ne pouvons pas admettre qu’il a
exprimé dans ses œuvres un système
philosophique cohérent. C’est plutôt un
jeu d’idées. Bien sûr, il écrit dans ses
lettres : « J’ai chanté le mal […] pour
opprimer le lecteur, et lui faire désirer
le bien comme remède » (L, 271), mais
ses textes ne sont que des brouillons,
des préfaces à des volumes futurs, jamais écrits.
Lire les Chants au sérieux, c’est ne
pas voir une forte dose d’ironie qui se
trouve à chaque page et qui nous suggère qu’il faut interpréter les aventures
de Maldoror de façon critique. Suivant
la trace de dérision et d’exagération
qui tourne parfois à la caricature, nous
pouvons formuler l’hypothèse que les
Chants de Maldoror constituent une
sorte d’expérience de pensé (dans une
de ses lettres l’auteur parle de la « méchanceté théorique » (L, 274)).
Peut-être Isidore Ducasse a-t-il essayé de mettre en marche l’appareil
philosophique de Kant pour le critiquer? Peut-être voulait-il montrer
que la notion d’impératif catégorique
n’est pas bonne? Si l’on est capable
d’imaginer un monde dans lequel les
gens se servent de cet impératif pour
fonder un système d’éthique contradictoire à l’idéal kantien, l’impératif en
question n’est pas du tout universel. Si
l’on peut générer des maximes qui incitent au mal et qui restent fidèles à la
loi suprême, cette loi perd son statut.
Nous ne voulons pas dire que
cette œuvre consiste en une critique
du kantisme. Il y a d’autres aspects
importants. Pourtant nous avons annoncé au début de notre analyse que
nous nous penchons seulement sur ce
qui concerne la volonté. Puisque les
opinions philosophiques de Lautréamont ne sont pas bien connues, nous
devons nous satisfaire des suppositions.
Certes, les Chants de Maldoror nous
offrent plusieurs allégories suggestives
des processus qui ont lieu dans l’esprit
de celui qui veut. Mais quel est le message final de cette œuvre mystérieuse?
Nous ne le saurons jamais. Comme le
dit Lautréamont lui-même : « Les jugements sur la poésie ont plus de valeur
que la poésie. Ils sont la philosophie de
la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la poésie. La poésie ne
pourra pas se passer de la philosophie.
La philosophie pourra se passer de la
poésie » (P, 309). Et c’est justement une
philosophie de la poésie ducassienne
que nous avons proposée ici.
Gallimard, Paris 1973, p. 233. Par la suite nous
utiliserons respectivement les sigles : CdM pour les
Chants de Maldoror, P pour les Poésies, L pour les
lettres, en les faisant suivre du numéro de la page
entre parenthèses.
10 C’est nous qui soulignons.
11 Cf. J.-P. Soulier, Lautréamont. Génie ou maladie
mentale, Librairie Droz, Genève 1964.
12 M. Pierssens, op. cit., p. 203 – 212.
13 I. Kant, Fondements de la métaphysique des
mœurs, éd. d’O. Dekens, Bréal 2001, p. 80.
14 Ibid., p. 120.
1 Cf. H. Arendt, Wola, Czytelnik, Varsovie 1996, p.
25-211.
2 Ibid., p. 31-42.
3 Selon l’évêque d’Hippone la nature de l’homme est
corrompue depuis le péché des premiers parents.
4 E. Kant, La religion dans les limites de la simple
raison dans : Œuvres complètes, vol. III, Bibliothèque
de la Pléiade, Gallimard, Paris 1985, p. 48-49. 5 Ici, il faut remarquer la différence entre les verbes
« vouloir » et « choisir ». Seulement le premier est
lié à la volonté. Le choix chez Kant n’implique pas
la liberté (cette distinction existe aussi en allemand:
wollen et Wille vs. auswählen).
6 Cf. F. Caradec, Isidore Ducasse, comte de
Lautréamont, La table Ronde, Paris 1970.
7 M. Pierssens, « Éthique à Maldoror », Presses
Universitaires de Lille, Lille 1984, p. 9.
8 Cf. M. Żurowski, « Lautréamont i Mickiewicz »,
W: Między renesansem a awangardą, Warszawa,
Wydawnictwo Naukowe PWN, 2007, p. 128-145.
9 I. Ducasse, Œuvres complètes, éd. d’ H. Juin,
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13
Agnieszka
Stebel
La question
du bilinguisme
Le phénomène du bilinguisme est une vaste question qui touche plusieurs domaines tels que
la linguistique, la psychologie, la sociologie ou encore la neurologie. La littérature concernant ce sujet est en plein essor, il y va de même pour la documentation scientifique. Tout cela
fait en sorte que ce phénomène s’avère de plus en plus complexe, mais devient par là fort
intéressant à analyser.
Il est sûr qu’au sein de l’Union européenne le bilinguisme, voire même le plurilinguisme, commence à être considéré
comme quelque chose de tout à fait
ordinaire. C’est vrai que les linguistes
traitent ce sujet depuis des années,
pourtant il importe de souligner que
ce n’est pas l’avènement de l’Union
européenne qui a ouvert une voie au
multilinguisme. Dans le continent africain, ou encore au Proche-Orient, ce
ReVue | Décembre 2011
phénomène est bien connu et très répandu depuis des siècles.
Rendre compte de l’étendue de
l’étude du phénomène de bilinguisme
revient à cerner la notion du point de
vue sémantique, pour voir ensuite son
fonctionnement dans un contexte social particulier. C’est pourquoi, dans
le présent travail, nous allons, dans
un premier temps, essayer d’expliquer,
voire d’expliciter cette notion pour
en venir, dans une deuxième partie
à nous concentrer sur ce que l’on appelle : le bilinguisme familial. Cela
nous mènera également à traiter la
question de l’enseignement bilingue
précoce et enfin, à analyser les difficultés que rencontrent les enfants issus de
l’immigration.
La notion de bilinguisme
Tout d’abord il est flagrant de souligner
Didactique
que le phénomène du bilinguisme a
été toujours présent dans les travaux
de différents linguistes. Prenons comme exemple le quatrième volume du
Cours de linguistique générale qui a été
rédigé par les étudiants de F. de Saussure en se basant sur ses notes et consacré à la question de la linguistique
géographique. Cependant, le début
des recherches et le développement de
ce domaine a commencé dans les années cinquante du XXe siècle. C’est à
ce moment-là que l’on voit naître les
premières typologies du bilinguisme,
comme celle de U. Weinreich, qui a été
modifiée par la suite par S. Ervin et Ch.
Osgood.
Dans les années soixante,
l’approche générativiste et le modèle
de la compétence et performance de N.
Chomsky, les travaux de W. Labov et de
beaucoup d’autres (R. Brown, P. Corder
ou J. Duškova) tendent à élucider la
question de transfert entre des langues
utilisées par une personne bilingue.
Ce n’est que dans les années soixantedix qu’apparaît la notion de diglossie.
Titone et Doyle étudient la question de
l’acquisition des deux langues et quant
aux psycholinguistes, ils commencent à
se demander quelles peuvent être les
conséquences du bilinguisme.
Les années quatre-vingt apportent les premiers changements dans le
cadre de la terminologie. On ne parle
plus de transfert entre les langues mais
plutôt de « marques transcodiques » et
le terme d’interférence est remplacé
par celui de « code switching ». Tous
ces changements attestent du vif intérêt que suscite la question du bilinguisme. Le phénomène du bilinguisme ne
relève plus uniquement de la linguistique ; il devient interdisciplinaire. C’est
la raison pour laquelle dans les années
quatre-vingt-dix, nous remarquons
l’analyse du problème d’immigration et
d’intégration. Nous avons donc affaire à
une approche socioculturelle.
Revenons à la définition du bilinguisme présentée par U. Weinreich. Selon
lui une personne bilingue est celle qui
possède la capacité de communiquer
dans une autre langue que la langue
maternelle1. Il est évident que cette définition est simple et même simpliste.
C’est pourquoi nous allons la compléter
par les propos de T. Skutnabb-Kangas2
qui dit qu’être bilingue c’est avoir « la
possibilité de fonctionner dans deux
(ou plusieurs) langues, au sein de communautés soit unilingue, soit bilingue
». Par « fonctionner » Skutnabb-Kangas
entend la conformité aux règles sociales
et cognitives adoptées par une société.
Il souligne aussi l’importance du besoin
d’identification à cette dernière. Quant
à C. Hagège, il introduit la notion de
« double maîtrise de l’idiomatique »3
par laquelle il rend indispensable le fait
d’avoir acquis la même connaissance
en deux langues ; c’est-à-dire la même
rapidité de décodage et d’emploi de
certaines structures langagières. Bien
entendu, ce ne sont pas les seules définitions, il y en a d’autres qui diffèrent
selon l’approche, le domaine ou le point
de vue admis par un chercheur.
En ce qui concerne les typologies
qui existent, il y en a une présentée
par U. Weinreich4 et conçue selon le
critère de l’acquisition d’une langue.
Or, en 1953 en empruntant les notions
de signifiant et de signifié de F. de
Saussure, il a distingué trois types du
bilinguisme:
1) le bilinguisme composé – deux
formes différentes correspondent au
même concept, c’est-à-dire qu’il y a deux
signifiants pour un seul signifié, p.ex. :
apple = pomme = signifié = signifiant
A + signifiant B
2) le bilinguisme coordonné
– dans le cerveau il y a deux systèmes conceptuels qui fonctionnent
simultanément, il y a donc deux sig-
nifiants pour deux signifiés, p.ex. :
apple = signifié A / signifiant A
pomme = signifié B / signifiant B
3) le bilinguisme subordonné
– le sujet bilingue a déjà acquis une
langue et est en train d’apprendre une
autre, cela veut dire qu’en ayant affaire à un nouveau mot à retenir il fait
recours à son équivalent en langue A
et après au contenu conceptuel, p.ex. :
apple -> pomme = signifié A / signifiant A
Cette typologie du bilinguisme a
été rapidement modifiée par S. Ervin et
Ch. Osgood5. Ils ont laissé uniquement
les deux premiers types de bilinguisme,
à savoir le coordonné et le composé
en expliquant que le bilinguisme subordonné renvoie plutôt aux personnes
unilingues qui sont en voie d’apprendre
une langue étrangère.
Bien évidemment ce n’est pas la
seule typologie existante. En effet, nous
pouvons également distinguer les d ifférents types du bilinguisme suivant
les critères de J. Hamers, M. Blanc et
présentés par K. Wróblewska-Pawlak6.
Le premier critère concerne la
façon d’apprendre une langue, il est
donc question de la relation entre cette
langue et la pensée. Dans ce contexte
on distingue le bilinguisme coordonné
et composé. Nous voyons très bien que
ce sont les mêmes formes que celles de
U. Weinreich, décrites ci-dessus. Ensuite,
le deuxième critère prend en considération la compétence acquise dans deux
ou plusieurs langues. Ce critère permet
de distinguer le bilinguisme équilibré et le bilinguisme dominant. En
troisième lieu, nous énumérons comme
critère l’âge de l’acquisition. Dans ce
cas il existe trois types du bilinguisme
: adulte, adolescent et précoce. Il est
nécessaire de souligner que le bilinguisme précoce se divise encore en deux
sous-types, notamment le bilinguisme
précoce simultané et consécutif. Ce
ReVue | Décembre 2011
15
16
Didactique
dernier caractérise une situation dans
laquelle l’enfant apprend une langue
étrangère ayant déjà acquis sa langue
maternelle. Le critère suivant, qui est
le statut de deux ou plusieurs langues
donne la possibilité de distinguer le
bilinguisme additif où il est question
des facteurs favorables et augmentant
la motivation du sujet ; et le bilinguisme sousractif qui présente une situation tout à fait
contraire.
Il
arrive que les
enfants issus de
l’immigration
n ’ app ren n en t
pas de langues
maternelles de
leurs parents,
même si elles
sont
parlées
en
famille.
Le cinquième
et
dernier
critère est lié à
l’appartenance
et l’identité culturelle. Dans ce
contexte nous
distinguons
quatre types du
bilinguisme :
le bilinguisme
biculturel,
le
bilinguisme
monoculturel en L1, le bilinguisme
acculturé à L2 et le bilinguisme acculturé anomique. Ces types représentent relativement les situations dans
lesquelles le sujet reconnaît deux
identités, l’appartenance à la culture
de sa première langue, de sa seconde
langue et le cas du sujet qui ne sait pas
s’identifier ni à l’une, ni à l’autre.
Cette typologie de J. Hamers et
M. Blanc met en évidence le caractère
interdisciplinaire du phénomène et de
la multitude d’approches le concernant.
ReVue | Décembre 2011
Par ailleurs, elle est bien plus précise
que celle de U. Weinreich, qui à son
tour généralise la notion de bilinguisme. Remarquons aussi que ces deux
auteurs, J. Hamers et M. Blanc, font distinction entre la notion de bilinguisme
et celle de bilingualité. En effet, dans
la typologie présentée ci-dessus ils emploient cette dernière, étant un concept
psycholinguistique et décrite comme
l’accès d’un individu à plusieurs codes
linguistiques7. Toutefois, nous, dans le
cadre de ce travail, nous ne faisons pas
cette distinction pour ne pas introduire
de confusion.
En outre, les recherches concernant
le traitement de deux langues chez
une personne bilingue ont démontré que les bilingues possèdent plus
d’éléments phonologiques, lexicaux,
morphologiques, syntaxiques et sémantiques. Il existe des régions cérébrales appropriées à une seule langue
ou aux deux à la fois. Lorsque l’on parle
de la représentation des systèmes linguistiques dans le cerveau les chercheurs en neurolinguistique ont présenté
quatre hypothèses possibles8.
La première considère les deux
systèmes linguistiques comme étant
un seul système répandu. Dans ce cas
il s’agirait juste de variations de phonèmes ou de morphèmes selon le contexte dans lequel
ils
apparaissent.
La deuxième hypothèse présente
ces deux systèmes
comme distincts
et indépendants
l’un de l’autre. Il
n’y a pas de connexions possibles
entre le système de
la langue A et celui
de la langue B. La
troisième hypothèse
affirme qu’il y a le
système tripartite
dans lequel les éléments appartenant
aux deux systèmes
sont représentés
une seule fois. Cela
nous permettrait
d’éviter la redondance. La dernière
hypothèse représente les deux langues comme étant un
réseau de connexions. Nous avons donc
affaire à un sous-système.
Il est sûr que chacune de ces hypothèses dépend du cas précis que
l’on analyse. Chaque bilingue possède
un parcours linguistique différent et
il faut en tenir compte. Puisque les
facteurs sont multiples, p.ex. la façon
d’apprendre les deux langues, la biculturalité des parents, etc., nous pouvons
dire qu’il y a autant de types de bilinguisme que de personnes bilingues.
Didactique
En même temps, il existe toujours des
points en communs qui donnent la possibilité d’analyser ce phénomène et
d’observer certaines caractéristiques.
Le bilinguisme familial / précoce
La possibilité de voyages et l’ouverture
des frontières au sein de l’Union européenne ont encouragé la migration des
gens. Il est de plus en plus fréquent que
deux cultures se lient par un mariage.
Les couples mixtes culturellement et, ce
qui nous intéresse le plus, linguistiquement se décident souvent à élever leurs
enfants dans deux systèmes linguistiques, celui du père et celui de la mère
de l’enfant.
Il est prouvé que dès la naissance
l’oreille de l’enfant est sensible à toute
sorte de bruits9 et que celui-ci distingue particulièrement la voix de sa
mère. À partir de la quatrième semaine
de vie le bébé est capable de faire la
distinction entre certaines voyelles et
consonnes. Suivant cette perspective,
alors que d’ordinaire l’enfant développe la capacité à reconnaître les phonèmes d’une même langue, il devient
en mesure d’acquérir une référence bilingue quand ses parents utilisent deux
langues distinctes pour s’adresser à lui.
Cela est d’importance capitale, puisque
par la suite et lors du développement
de l’appareil phonatoire l’enfant devra
apprendre à produire les sons de deux
systèmes phonétiques différents. Il va
sans dire que cette « contrainte » constitue un avantage considérable pour
l’enfant du point de vue de l’accent et
de la prononciation.
Dans le cadre du bilinguisme familial, C. Hagège10 évoque le principe de
Ronjat qui date les années dix du XXe
siècle. Il est question d’un scientifique
qui, étant marié avec une Allemande,
élevait son fils dans deux langues, à
savoir le français et l’allemand. Ronjat
et sa femme s’adressaient à l’enfant
Photo libre
uniquement dans leurs langues maternelles. Ils ont vite constaté que l’enfant
est devenu parfaitement bilingue.
À présent les couples mixtes qui
reproduisent le principe de Ronjat se
multiplient, pourtant dans certains cas
les parents constatent que leur enfant
rejette une des langues, ou bien qu’il
s’enferme ou encore qu’il a des difficultés dans diverses matières à l’école.
Cette situation est souvent provoquée
par l’attitude des parents. Il est fréquent
qu’ils ne soient pas conséquents dans
leurs actions. Il arrive aussi qu’entre les
parents se produit une sorte de rivalité
linguistique, parfois même inconsciente, et l’enfant en devient victime. Si
on se décide donc à élever un enfant
dans deux systèmes linguistiques, il
est indispensable de tenir compte des
nombreux facteurs et attitudes à éviter.
En ce qui concerne l’enseignement
bilingue précoce, la méthode qui se
répand de plus en plus et de mieux
en mieux est l’immersion. L’exemple
phare de ce type d’enseignement c’est
surtout celui du Canada où depuis
1965 les enfants anglophones ont la
possibilité d’être scolarisés en langue
française. Mentionnons encore le cas du
Luxembourg où les langues étrangères
jouent un rôle très important dans la
société. Puisqu’au Luxembourg il n’y a
qu’une université (créée en 2003) où
poursuivre sa formation, très tôt, les
luxembourgeois sont préparés à faire
leurs études en France, en Belgique ou
en Grande-Bretagne. En Belgique, et
surtout à Bruxelles les enfants francophones fréquentent les écoles néerlandaises et inversement.
Tout cela nous montre que
l’apprentissage d’une langue étrangère
n’est pas seulement vu comme un
développement intellectuel. Il est
plutôt considéré comme une sorte
d’investissement dans l’avenir de nos
enfants, peu importe dans quel pays ils
grandissent.
Dans ce cadre nous pouvons encore nous poser la question de savoir
si le bilinguisme entre en relation avec
ReVue | Décembre 2011
17
18
Didactique
notre intelligence. Les recherches ayant
comme but de démontrer une bonne
ou mauvaise influence du bilinguisme
se multiplient depuis des années vingt
du XXe siècle. Parmi les chercheurs travaillant ce sujet nous mentionnons D.J.
Saer et F. Smith qui en tant que précurseurs se sont servis du test de Binet
et ont permis le développement de ce
domaine.
Il ne faut pas non plus oublier D.
McCarthy ou W.R. Jones et W.A. Stewart qui menaient leurs recherches dans
les années cinquante. Toutefois les avis
restent partagés. Aucune méthode employée, ni des tests n’ont donné des
résultats satisfaisants, c’est-à-dire qu’il
y a trop de facteurs tels que l’âge, le
milieu, l’enseignement, etc, à prendre
en considération pour pouvoir dire
unanimement que le bilinguisme augmente le QI ou bien au contraire il nuit
à l’intelligence. Et cette constatation est
commune à tous les chercheurs dans ce
domaine. Pourtant, ce qui est certain
est que les personnes bilingues jouissent d’une autre manière de penser,
à savoir elles sont capables de séparer
la pensée des mots, ce qui d’ailleurs
n’est pas possible dans le cas des
monolingues. Cela veut dire que grâce
aux deux systèmes linguistiques une
personne bilingue n’attire pas son attention à la forme d’un mot mais au
référent, alors à l’essence (Werner F.
Leopold)11.
En dehors de tout ce qui vient
d’être dit, il faut mentionner que le
phénomène de la mixité est étroitement lié à ce que l’on appelle le biculturalisme. En effet, il est fréquent que
les deux termes, le bilinguisme et le
biculturalisme, vont de pair. D’ailleurs,
le dernier critère de la typologie de J.
Hamers et M. Blanc (voir ci-dessus) le
prend en considération. Cependant le
fait d’être bilingue n’est pas indispensable pour sentir en soi cette synthèse de
cultures, et inversement.
Les difficultés des enfants de l’immigration
Dans les sociétés européennes le bilinguisme est très souvent accusé d’être
à la base de l’échec scolaire. Surtout
lorsque l’on parle de l’immigration et
de l’intégration.
Rien de plus trompeur. Dans les
années soixante-dix les chercheurs
ont constaté que les difficultés qui se
présentent dans les cas des enfants
immigrés ne sont pas spécifiques aux
étrangers. Elles correspondent plutôt
aux étapes de l’apprentissage12. Arrêtons donc de stigmatiser les difficultés
des immigrés puisque les causes peuvent être nombreuses. C’est souvent
une mauvaise prise en charge ou encore un milieu social défavorable qui
est à l’origine de l’échec.
En même temps, il est très important que l’enfant ait un bon niveau dans
sa langue maternelle. Les structures
déjà acquises facilitent l’apprentissage
d’une nouvelle langue. Dans la situ-
Les enfants à une école maternelle de Montréal ont levé la main pour la glace.
IAN BARRETT/CANADIAN PRESS FILE PHOTO, téléchargée de www.thestar.com
ReVue | Décembre 2011
Didactique
ation où l’enfant ne maîtrise pas certaines tâches scolaires dans sa langue
maternelle, on peut observer ce que
l’on appelle un double décalage13. Ce
cas de figure démontre que l’enfant
manque d’outils dans sa langue maternelle et il associera la seconde langue
juste aux tâches scolaires du pays
d’accueil.
Les difficultés les plus souvent observées chez les élèves immigrés sont les
suivantes : le problème de production
et de compréhension, les hésitations,
le silence lié aussi à l’inadaptation
dans un groupe, les lacunes au niveau
du plan et de la structure du discours
(l’enfant dans ce cas donne juste des
informations sans lien logique entre
elles), les difficultés concernant les explications et les contenus plus ou moins
abstraits. Toutefois, ces obstacles ne signifient pas définitivement que l’enfant
échouera à son parcours scolaire. Ce
sont plutôt des signes tant pour les parents que pour les enseignants qu’il est
nécessaire d’accorder plus d’attention à
certains aspects de l’éducation.
Conclusion
Dans cette esquisse nous avons tenté
de souligner la complexité du phénomène du bilinguisme et la multitude
d’approches possibles. D’ailleurs, la
typologie y présentée en fait preuve.
Ce qui en résulte est qu’à présent il
n’existe pas une seule définition du
bilinguisme et les avis concernant ce
phénomène et son fonctionnement sont
partagés. Il faut également ajouter que
même le processus d’acquisition des
langues n’est pas encore explicite pour
les chercheurs dans le domaine.
Ce qui est très important à remarquer est que les recherches sur le bilinguisme ne sont pas faciles. Le plus
souvent elles se font dans un contexte
d’analyse relevant lui-même de plusieurs types d’aphasies ou encore suiv-
ant un contexte purement scolaire ou
familial. Les facteurs dont il faut tenir
compte sont nombreux et il suffit que
l’un d’eux varie pour que les résultats
changent à leur tour.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas
encore capables de dire si le bilinguisme précoce a plus de bienfaits que de
méfaits. Les recherches menées jusqu’à
présent n’ont confirmé ni conséquences
négatives ni conséquences positives de
ce phénomène. Il est sûr que l’enfant
acquiert les deux langues avec facilité et aisance, cela ne concerne
pas bien évidemment uniquement
l’apprentissage des langues. En plus,
les deux langues possèdent le même
statut, même si dans des situations précises on observe parfois un penchant
pour l’une des deux langues.
Bref, au lieu d’accuser ou de
défendre à tout prix un bilinguisme,
quelconque, essayons plutôt de comprendre ce phénomène et de construire
de meilleures conditions tant pour les
enfants des couples mixtes que pour les
immigrés qui s’efforcent de parler une
langue étrangère.
Références citées
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1991, pp. 279-290
1 Wilczyńska W., „Introduction à la didactique du
français langue étrangère”. Flair, Kraków 2005, pp. 58
2 Skutnabb-Kangas T., „Tvåspråkighet”. Liber
Läromedel, Lund 1981. W: Hagège C., L’enfant aux
deux langues. Odile Jacob, Paris 2005, pp. 217
3 Hagège C., „L’enfant aux deux langues”. Odile
Jacob, Paris 2005, pp. 218
4 Kurcz I., „Psychologiczne podstawy dwujęzyczności”.
GWP, Gdańsk, 2007, pp. 99
5 (ibid.)
6 Wróblewska-Pawlak K., „Język – tożsamość –
imigracja. O strategiach adaptacyjnych Polaków
zamieszkałych we Francji w latach osiemdziesiątych
XX wieku.” Uniwersytet Warszawski, Warszawa, 2004,
pp. 30-34
7 El Euch S., „L’organisation cognitive chez un
plurilingue est-elle composée, coordonnée ou...
hybride ?” W: Synergie Monde. nr 7, 2010, pp. 41-50
8 Paradis M., Lebrun Y., „La neurolinguistique du
bilinguisme : représentation et traitement de deux
langues dans un même cerveau”. W: Langage. nr 72,
1983, pp. 8
9 Hagège C., „L’enfant aux deux langues”. Odile
Jacob, Paris 2005
10 (ibid.)
11 Kurcz I., „Psychologiczne podstawy
dwujęzyczności”. GWP, Gdańsk, 2007, pp. 237
12 Nonnon E., „Difficultés du langage oral et écrit
chez l’enfant de l’immigration en échec scolaire :
quelques éléments d’analyse”. W: Enfance. T. 44, 4,
1991, pp. 335-354
13 (ibid.)
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Traduction
Anna Stachowicz
Jolanta Okrzesik
Traduire quand il faut
faire rire. Les problèmes
spécifiques pour la traduction
d’un sitcom, à la base du titre
Kaamelott d’Alexandre Astier
Le rire est un don accordé à chaque être humain, il peut donc constituer un élément qui nous
unit. Or, il est déterminé par la culture et la société, il peut donc nous séparer. Nous rions
de façon nationale, régionale ou grégaire. Le rire est un indicateur de notre appartenance
ou de notre altérité face à des communautés différentes. C’est dans cet univers que s’entremêle
un traducteur voulant trafiquer en catimini le comique à travers les frontières. Prenons
comme exemple l’humour français replanté au sol polonais, à savoir Kaamelott.
C
ette série télévisée qui fait rire
des milliers de Français, diffusée sur M6 entre 2005 et
2009, raconte d’une façon désinvolte
les péripéties du roi Arthur et ses chevaliers, un peu atypiques, de la Table
Ronde. Cette bande définit à nouveau
le code chevaleresque. Sa Majesté
Arthur, fils du Pendragon, l’élu des
dieux, le roi de la terre bretonne, étant
à l’époque le royaume des cabanes uni,
n’avait appelé sous ses drapeaux que
les spécialistes renommés, dont Karadoc, virtuose du piratage nocturne de
la bectance, Perceval, docteur ès déformations linguistiques accidentelles,
Lancelot, un seul chevalier digne de
ce nom si l’on passe sous silence le fait
qu’il est traître, Bohort, spécialiste de
la dissimulation de sa couardise innée,
Léodagan, un grand expert du carnage,
ReVue | Décembre 2011
pillage et étripage. Vous manque-t-il
quelque chose à la pleine détresse ?
Le réalisateur, Alexandre Astier a pris
soin d’ajouter à cette famille grotesque
d’autres personnages comme le père
Blaise, maître en pagaille dans la paperasse, Merlin, le druide qui fait des potions magiques aux effets lamentables,
Guenièvre, la reine qui n’est pas dotée
d’un esprit très aigu et Dame Séli, la
belle-mère, qui fourre son nez partout.
Le réalisateur fait rire à travers
l’humour situationnel et verbal.
L’histoire présentée diffère un peu
de celle que l’on connaît grâce aux
légendes arthuriennes. Alexandre Astier
change non seulement la trame du récit,
mais aussi les traits caractéristiques des
héros. En plus, il mélange des coutumes
et des croyances du Moyen Âge avec la
langue tout à fait moderne, familière,
parfois même vulgaire. Le comique
verbal constitue un défi significatif pour
le traducteur. Il peut s’avérer difficile à
transposer voire impossible. Et c’est
cette impossibilité, ses causes et des
solutions potentielles que nous voulons
analyser.
« Potion de vérité, faite maison,
technique ancestrale, efficacité
garantie » ou bien l’époque
arthurienne reflétée dans le langage
Arthur : Ça s’est bien passé ?
Lancelot : Non.
Arthur : Mais qu’est ce que vous avez fait ?
Racontez-moi !
Lancelot : Bon, j’avais peut-être mis la barre
Traduction
un peu haut... Je m’étais fixé de leur faire
combattre un Troll.
Arthur : Un Troll ? Vous êtes dingue. Yvain il
a peur des guêpes, déjà...
Yvain : C’est même pas vrai !
Gauvain : Mon oncle, le Seigneur Lancelot a
délibérément mis nos vies en danger !
Yvain Regardez, quand il a ouvert le ventre
du Troll, j’ai reçu un jet d’acide qui m’a
pratiquement acidifié !
Lancelot : Je devais faire de vous de fiers
combattants ! J’ai jamais dit que je vous
emmenais en pique-nique !
Arthur : Attendez, il y a eu une expérience
malheureuse, bon d’accord, mais ça veut pas
forcément dire qu’il faut abandonner !
Toutes les illustrations dans
cet article ont été créées par
Jolanta Okrzesik
Gauvain : Moi, je ne retourne pas avec ce
dangereux personnage !
Yvain : Moi, je m’en fous, si on me force à
y retourner, je retiens ma respiration jusqu’à
ce qu’on arrête de me forcer à y retourner.
Commençons par la chose la plus
simple, qui saute aux yeux à la première
vue, à savoir le plan historico-culturel.
Il semble conventionnel, adéquat au
temps des légendes arthuriennes,
mais, au fond, il correspond au monde
qui caractérise la science-fiction et la
fantasy. Au premier abord, on dirait
que l’univers représenté dans la série
est parfaitement conforme à l’époque
du Moyen-Âge. Et pourtant, nous
voyons soudainement sur l’écran un
élément qui nous laisse interloqués,
par exemple les skavens, êtres
magiques provenant d’un jeu de rôle
du XXIe siècle ou les sabres laser, pris
de l’épopée cinématographique Star
Wars. Ces éléments sont présents dans
la culture mondiale et, par conséquent,
ils ne posent pas de problème pour le
traducteur. Par contre, les composants
proprement médiévaux peuvent devenir
un obstacle significatif. Le monde
verbal de Kaamelott repose sur quatre
piliers majeurs (qui ne sont pas les
seuls), c’est-à-dire le vocabulaire propre
à l’art de la guerre, les termes liés avec
les coutumes, avant tout avec la cuisine,
les unités de mesure et le champ
linguistique des mythes et de la magie.
Ils exigent du traducteur un minimum
de conscience historique, y compris la
terminologie spécifique et la capacité
d’adapter le style à l’époque.
Commençons par la terminologie
martiale dont Kaamelott foisonne.
Éclaireur, guetteur, chef de guerre ou
Dux Bellorum en sont de bons exemples.
Quel type de problèmes ces éléments
pourraient-ils poser au traducteur ?
Avant tout, ils nous forcent à faire recours
aux termes de la langue d’arrivée qui,
selon Kaufman1, devraient se référer
aux mêmes objets extralinguistiques
que les mots de la langue de départ.
Or, les termes strictement adéquats et
pourtant méconnus correspondent-ils
vraiment au caractère du sitcom destiné
au grand public (voyons, l’audience est
un indicateur du succès ou de l’échec
d’une série télévisée) ? Évoquons un
exemple : le beau-père d’Arthur souffre
d’une obsession pour les machines de
guerre. Dans de nombreux épisodes, il
évoque plusieurs types d’armes, dont
onagre ou mangonneau, qu’il rêve de
construire contre le gré du roi. Reste
à savoir si la traduction par les termes
polonais correspondants c’est-à-dire
onager ou mangonela serait pertinente.
Nous ne pourrions pas présumer que
chaque spectateur est spécialisé dans
la terminologie martiale. L’utilisation
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Traduction
d’un lexème généralement connu
comme katapulta pourrait être une des
possibilités à prendre en considération
(un tel procédé pourrait ajouter du
comique en soulignant, par des
répétitions manifestes, l’obsession
martiale de Léodagan).
La similarité des solutions
applicables nous permet d’envisager
comme les suivants les unités de
mesure et les coutumes, entre autres
la cuisine. Dans ce cas-là, la question
la plus importante est que les mots
choisis pour la version polonaise
fassent semblant être de l’époque.
Dans un des épisodes, le roi part en
mission militaire et la reine Guenièvre
lui prépare des galettes de maïs avec
de la viande séchée à emporter.
Qu’est-ce qu’elle pourrait lui proposer
en polonais ? Placek kukurydziany z
suszoną wołowiną ? Ce plat semble
avoir un goût « trop mexicain » pour
ReVue | Décembre 2011
la cuisine caractéristique de l’univers
de Kaamelott. Une autre proposition
serait d’employer un hyperonyme,
par exemple : suchy prowiant, voire
wałówka. Serait-il pourtant plausible
que la reine offrirait au roi un tel cassecroûte... Peut-être mangerait-il quelque
chose de plus moyenâgeux comme
podpłomyki z suszonym mięsiwem? Dans
un autre épisode, Breccan, constructeur
de la Table Ronde, évoque le diamètre
de ladite pièce de mobilier qui égale
à une toise et demie ou, précisément,
2,92356 mètres. Dans la version
polonaise, peut-on y mettre metr et,
en plus, avec une telle exactitude?
D’abord, il faut chasser le diable,
virtuose des détails, qui nous pousse à
introduire dans ce type de traduction
un nombre décimal. Le sitcom n’exige
pas une telle précision qui semblerait
exagérée. Trois mètres à peu près alors.
Et si l’on faisait recours aux unités
anthropomorphiques, qui caractérisent
le vieux polonais telles que sążeń, łokieć
ou stopa ? Quelle est donc la mesure de
la table d’une toise et demie ? Półtora
sążnia ou, si vous préférez, dziewięć
stóp.
Et maintenant, passons de la
mathématique,
sorcellerie
prise
métaphoriquement, à la magie au sens
strict. Elle apparaît sous des formes
différentes, par exemple des sorts
jetés, des potions et objets magiques.
La diversité et l’abondance des contes
et des légendes nous ont munis du
vocabulaire considérable. Il suffit donc
d’y puiser et trouver des mots conformes
au style général comme dans les cas
suivants : le tertre des âmes (wzgórze
dusz, kurhan, cmentarzysko dusz), les
marais maudits (przeklęte trzęsawiska,
złowróżbne
mokradła,
przeklęte
moczary), le sort de rage (zaklęcie furii),
potion de vivacité (eliksir witalności)
Traduction
ou encore potion de fécondité (eliksir
płodności). Il faut pourtant laisser de
côté les personnages mythologiques
essentiellement slaves ; il est évident
que la Dame du lac ne peut pas se
transformer en wiła ou mamuna. La
popularité des légendes arthuriennes
nous facilite la transposition des
surnoms des personnages qui sont
gravés dans notre conscience collective;
c’est pourquoi il ne faut pas les
changer. Suivant ce principe Blanc
Chevalier devient à chaque fois Biały
Rycerz et Yvain ou le Chevalier au lion
reste toujours Yvain, Rycerz Lwa.
témoin de ma gloire abattue, entends
avec moi le céleste appel.
« Je vous en conjure, Sire, n’entrez
pas dans cette pièce ! » ou bien le
style recherché
Qu’est- ce que la bonne humeur, seigneur
Lancelot ? Une illusion éphémère. C’est un
mirage de l’esprit qui bien vite s’évanouit.
Arthur: Putain, la vache, la trouille !
Czymże jest dobry nastrój, sir Lancelocie?
Efemeryczną wizją? Toż to miraż umysłu,
który tak rychło blednie.
Bohort: La gloire, de glorieuses funérailles,
oui ! Encore, faudrait-il qu’on retrouve nos
carcasses jusqu’ici, à la condition bien sûr
de ne pas terminer dans l’estomac de l’autre
aberration à deux têtes !
Outre les éléments mentionnés
ci-dessus, Alexandre Astier introduit
encore un autre composant de l’univers
médiéval, à savoir le langage soutenu
stylisé à l’époque. Il est crucial d’en
redonner le style dans la version
polonaise, même si cela peut entraîner
les petits changements du sens. Il ne faut
pourtant pas oublier qu’il ne s’agit pas
du vrai ancien français, mais d’un texte
stylisé, ce qui engendre l’effet comique.
De même, dans la version polonaise,
l’utilisation des mots du vieux polonais
annihilerait le comique et empêcherait
la compréhension. Voyons quelques
exemples :
Sort injuste, se referme doucement sur
mon âme l’étreinte griffue de ton funeste
projet Arbre, mon ami. Majestueux
Los okrutny zaciska na mej duszy szpony
swego złowróżbnego zamiaru, Drzewo! O
mój przyjacielu! Czcigodny świadku mej
poległej chwały. Usłyszże wraz ze mną
niebiańskie wezwanie.
N’ayez crainte, Sire, je protégerais la reine de
la férocité des bêtes de la nuit!
Nie obawiaj się Sir, chronić będę królową
przed okrucieństwem czających się w
mrokach bestyji.
Léodagan : Ouai enfin, vrai ou pas vrai,
quand on a un minimum d’éducation, on
n’emmerde pas le monde à une heure du
matin pour des problèmes personnels, point!
Nous avons donc vu que l’univers
de Kammelott est basé sur des
composants qui étalent devant nous
la vision du monde médiéval qui,
en elle-même, n’a rien de comique.
Or, le réalisateur assure le comique
en faisant entrer ces éléments en
collision avec un autre composant,
intrus, certainement atypique pour la
rhétorique des légendes arthuriennes,
c’est-à-dire le langage familier tout
à fait moderne. Il arrive que les deux
registres apparaissent dans la même
conversation ou encore dans la même
phrase. Citons par exemple une phrase
adressée par Perceval au roi Arthur :
Faites pas le con sire, ouvrez !
Les cas de ce type exigent du
traducteur une créativité particulière
et une souplesse linguistique, car c’est
le style du discours qui s’impose dans
le processus de la traduction. Comme
nous l’avons constaté plus haut, il serait
nécessaire de le préserver, même à
prix des écarts du sens. L’imagination
et l’éloquence seraient un atout
indiscutable.
Sir! Nie bądź głupi, otwórz! / Sir! Nie
zachowuj się jak idiota, otwórz!
« C’est vous qui tapez la tambouille »
ou bien le niveau familier du langage
Arthur: Eh ben tant pis pour sa tronche!
ou un dialogue entre Arthur et sa mère,
souveraine de Tintagel :
Arthur: J’en ai rien à carrer !
Ygerne: Le peuple de Tintagel est courroucé
de ce refus !
Artur: Co mnie to obchodzi!
Séli : Qu’est-ce que c’est que ça ?
Léodagan : Un prisonnier qui gueule !
Ygerne: Swą odmową lud Tintagel
wzburzyłeś!
Séli : Qu’est-ce qu’il veut ?
Artur: A co to mój problem?!
Léodagan : Pffff... Il dit qu’il est innocent
euh...
Dans ce cas-là, il est très important
de bien définir le registre pour ne pas
dévier les intentions du réalisateur. Le
fait d’abaisser le registre forme l’erreur
Séli : C’est p’têtre vrai !
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Traduction
aussi grave que la pratique de le
soigner. Il serait appréciable de trouver
le juste milieu entre le champ des
euphémismes et des termes considérés
comme grossiers. Les exemples évoqués
ci-dessus sortent de la bouche des
protagonistes plusieurs fois dans la
série :
C’est de la merde.
Beznadzieja / Ale szajs! / Całkiem do dupy.
Ah ouais, mais Excalibur, ça rigole pas ce
machin, il paraît.
bien les insultes
Bohort : Vous êtes un grand malade mental.
Le maitre d’armes (soudain détaché) : C’est
votre insulte, ça ?
Bohort : Comment ?
Le maitre d’armes : Je veux dire, malade
mental, c’est votre maximum comme
insulte? Parce qu’il va falloir passer le cran
au-dessus, là, quand même. Sinon, on y est
encore demain. Allez !
Bohort : Mais allez quoi ?
O jaaa Ekskalibur! Z tym czymś to nie ma
żartów.
O Ekskalibur! Z tym cackiem nie ma żartów.
Et encore quelques exemples des
traductions possibles qui illustrent la
gradation des registres :
Vous pouvez aller vous gratter ! ou Cassezvous !
Znikajcie! / Wynocha! / Wypad!
C’est hyper flippant
To niezwykle deprymujące. / To dobija. / To
jest mega dołujące.
C’est mortel.
Powala. /To jest zabójcze. / Super. /
Zajebiste.
Le maitre d’armes : Une bonne petite série
d’insultes pour se mettre en train et puis
hop! Vous attaquez !
Bohort : Mais il est hors de question que je
vous insulte !
Du style familier passons aux
insultes dont les principes de la
traduction sont similaires. Encore
une fois, il est nécessaire de refléter
le ton de l’énonciation analysée et
prendre soin pour que la traduction
ne soit pas artificielle dans la bouche
de l’utilisateur natif de la langue
d’arrivée. Nous pouvons atteindre cet
objectif grâce à la conscience que
c’est l’intention avec laquelle la phrase
est prononcée qui devrait constituer
l’invariant, donc cet élément essentiel
du sens qui est nécessaire à préserver
pendant la traduction. Observons les
exemples :
La traduction doit être soumise au
principe de la naturalité d’expression,
il faudrait aussi vérifier si le registre de
la langue est approprié à la situation
présentée. Ma mignonne ! - Panienka! / Laleczka!
(c’est ainsi que le maître d’armes
s’adresse à Arthur pour augmenter sa
combativité.)
« Vous êtes un moufle, un zéro ! » ou
Pecnot - Wieśniak / Wsiur / Chłop
ReVue | Décembre 2011
(l’appellation d’usage incontrôlé pour
désigner les paysans)
Bande des marteaux - Banda przygłupów
/ Banda tępaków (le titre d’honneur des
chevaliers de la Table Ronde)
Espèce de taré – Matoł /Kretyn (chaque
personne en présence d’Arturus rabidus)
Il est aussi important de prendre
en considération le contexte pour
bien choisir l’équivalent, vu l’insulte
suivante qui, au premier coup d’œil,
nous fait penser à une femme, mais
dans l’exemple cité se réfère au roi
vicieux :
C’était une jolie petite salope devrait
être traduit par gnida, szuja, kanalia,
drań, łotr et non par ladacznica ou
puszczalska.
Parfois, la recherche des équivalents
tout prêts ne pourrait pas être estimée
même comme une solution partielle.
Dans ce genre des syntagmes, la
créativité serait indispensable. En voici
les exemples :
Le saligaud de bâtard de romain - Ty
zapchlony rzymski kundlu! / Ty zapchlony
rzymski psie!
(Il semblerait que le terme plus neutre
pies serait plus offensif dans ce cas que
kundel, terme péjoratif dans le langage
courant.)
Fils d’unijambiste ! - Karli synu! / Synu
listonosza! (Nous pourrions discuter si
la première proposition est meilleure,
étant plus absurde et atypique pour la
langue polonaise ou si c’est la seconde,
renvoyant à une blague courante et
enrichissant de cette façon le comique.)
Littérature
Il va sans dire que la traduction
mot à mot ne sera pas judicieuse.
« J’ai pénétré dans leurs lieux
d’habitation de façon subrogative
en tapinant » ou bien les lapsus
Perceval: C’est beau quand même.
Comment vous dites que ça s’appelle déjà?
Lancelot: L’adoubement.
Perceval: Encore un nom à coucher dehors.
Lancelot: Comment voulez-vous que ça
s’appelle ?!
Perceval: Ils auraient pu se creuser la
tronche pour trouver autre nom, je sais pas
moi... chevalierisation? Quoi, s’est déjà pris?
Le dernier problème que nous
voudrions aborder porte sur des fautes
de langage commises à chaque pas
par Karadoc et surtout Perceval. C’est
la tâche qui donne du fil à retordre au
traducteur. Ces difficultés prennent la
source avant tout dans les déformations
des mots ou des idiotismes et dans
le choix linguistique erroné face au
contexte. Un message codé déformé
qui est transmis comme dans le jeu
du téléphone arabe - de bouche à
oreille - peut nous servir autant que
l’illustration de ce phénomène :
Il faut affranchir nos compagnons. - Il faut
franchir les compagnons. - Il faut rafraîchir
les maquignons.
Trzeba odbić naszych żołnierzy. - Trzeba
przebić naszych żołnierzy. - Trzeba przebić
naszych tancerzy.
Le dialogue suivant entre le roi et
son chevalier peut aussi être employé
comme exemple :
Karadoc: Vous nous utilisez bon gré mal gré
pour arriver sur la fin.
Arthur: Quoi ?! Je vous utilise contre votre
gré pour arriver à mes fins ?
Karadoc: Sir, wykorzystujesz nas w woli i
niewoli, żeby okiełznać cel.
Artur: Co?! Wykorzystuję was wbrew waszej
woli, żeby osiągnąć cel?
Comme c’est bien visible plus haut,
les solutions que nous avons proposées
consistent à échanger des éléments qui
provoquent le rire dans la langue de
départ contre les unités de la langue
d’arrivée. C’est la préservation de l’effet
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Traduction
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Traduction
comique qui est le seul impératif ; il est
fondé sur le jeu des similarités formelles
divergeant dans deux langues à cause
de la différence morphologique entre
elles. Bien sûr, il doit être conforme au
contexte situationnel. En voici encore
deux exemples :
Arthur: Qu’est-ce que c’est pour vous la
chevalerie. Yvain ?
Yvain: C’est pas là où on range les chevaux?
Artur: Czym według was jest waleczność,
Yvain?
Yvain: Jeden ze stylów tańczenia walcem?
Artur: Ignorowanie
Perceval: Że co?
Les néologismes qui imitent de
différents styles de langage, créés
par l’ignorance des termes existants,
forment un cas à part. En les traduisant, il
faut suivre le même principe : fabriquer
des mots inexistants qui mimeraient le
même style. Un bon exemple provient
de l’épisode où Karadoc a donné un
discours pseudoscientifique portant sur
une nouvelle technique martiale, en
utilisant des termes tels que :
la partie sporadique, la partie boulière, la
partie tigieuse
Karadoc: On s’est creusé les ménages.
Arthur: Les méninges.
część sporadyczna, część buliwiczna, część
łodygiczna
Karadoc: De quoi ?
L’imagination est hors de prix !
Arthur: Rien.
Les exemples analysés font penser
à un autre élément de la culture
populaire, présentant un humour
typiquement anglais, dont Kaamelott
semble s’inspirer, à savoir le film
intitulé Sacré Graal de Monty Python.
Comme Kaamelott, cette réalisation
fait référence « très librement » aux
légendes arthuriennes. Elle aussi met
en scène certains héros essentiels pour
la quête de Graal, entre autres le roi
Arthur, Lancelot, Perceval, mais elle
ne se restreint qu’à l’idée générale.
Par contre, Kaamelott, malgré son
caractère comique, essaie de garder
l’esprit de l’histoire des chevaliers de
la Table Ronde, en traitant le sujet de
la quête de Graal plus sérieusement.
Quant au langage, nous observons
plus de ressemblances, surtout
dans l’incohérence entre le niveau
linguistique et le contexte historique.
Les difficultés de la traduction de
Karadoc: Wytężaliśmy nasze szare wiórki.
Artur: Komórki
Karadoc: Że co?
Artur: Że nico.
Pour faciliter la tâche, il est utile de
faire recours au dictionnaire des rimes :
Karadoc : Je vous assure, c’est pas le
moment de faire la fine bouche.
Arthur : La sourde oreille
Perceval : Quoi ?
Karadoc: Sir, zapewniam Was, to nie pora na
degustowanie.
Sacré Graal vers le polonais ont été
combattues avec succès par Beksiński.
L’ensemble des exemples que
nous avons présenté nous mène à la
constatation que l’on ne badine pas
avec le comique qui pourrait constituer
un défi insurmontable. C’est une notion
complexe qui apparaît sous des formes
différentes et, par conséquent, exige
une approche variée et individuelle.
En vérité, l’assurance de la qualité de
l’effet comique dépend avant tout du
don d’imagination et de créativité du
traducteur. Vu que la traduction est une
lutte continue contre l’intraduisible2,
tous les coups sont permis.
1 Kaufman, S. Problemy ekwiwalencji terminologicznej
p.161. dans : Przekład, język, kultura, UMCS, Lublin
2002.
2 traduction de Balcerzan E., cité par Skibińska,
E. Wileńska kuchnia Tadeusza Konwickiego we
francuskim tłumaczeniu, p. 138. dans : Przekład, język,
kultura, UMCS, Lublin 2002
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Traduction
La jeunesse - La juventú
Raúl E. Colón R.
chapitre 2 de La Sagouine d’Antonine Maillet
- en traduction espagnole antillaise
1. Le texte original
La Sagouine (1971) est l’œuvre qui consacra son auteure Antonine Maillet, autant
d’un point de vue littéraire (plus de 100
000 copies vendues), que d’un point de
vue théâtral, milieu artistique dans lequel cet ouvrage1 a été représenté plus
de 2000 fois en français et en anglais,
au Canada et ailleurs.2 Le chapitre La Jeunesse de La
Sagouine est, selon mon opinion, celui
qui reflète d’une façon concentrée le
parcours du personnage, et qui à la fois
réuni une grande diversité lexicale et
terminologique acadienne. Ces deux
facteurs se réunissent pour expliquer en
partie les raisons du choix de ce texte
à traduire, parmi d’autres qui seront explicités ci-dessous.
1.a. La voix narrative
Le monologue de La Sagouine n’est
pas littéraire dans le sens traditionnel
du terme. Il n’est ni exprimé, ni écrit,
d’après la traditionnelle première personne du singulier. Il n’est pas non plus
adressé uniquement à un interlocuteur
absent ou imaginaire. La Sagouine parle
avec une voix énonciative qui est et se
veut plurielle. Elle parle, elle se parle
(dialogue intérieur), elle nous parle,
et elle prête sa voix à son genre, à son
groupe social, à son peuple, aux Acadjens. La chercheuse espagnole Vivero
Garcia (1992) à propos de l’organisation énonciative de ce récit, nous signa-
ReVue | Décembre 2011
lait la présence « d’une organisation de
l’espace à partir de « l’ici » du locuteur
»3 qui serait, je crois, un élément clé
pour saisir la polyphonie énonciative ici
présente.
à être reflété dans le texte. La Sagouine
y fait d’autres réflexions à propos de
sa vie. Ici nous constatons plutôt des
réseaux de sujets inter-reliés en pairs
contradictoires : jeunesse-pauvreté;
beauté-laideur; idéalisme-pragmatisme; mariage-compagnonnage;
prostitution-amour; insouciance-jonglerie; société-solitude.
1.b. Le type de langage
La langage de La Sagouine est populaire et certains diront même
dialectale, mais d’autres chercheurs
ont avancé qu’il s’agit d’un « type
syntaxique libéralement attesté en
français, quoiqu’il y ait des sociolectes qui ne l’admettent pas»4. Un
des traits reconnaissables du français
acadien est l’ouverture des voyelles.
Regardons quelques exemples du
chapitre choisi en contraposition
français-acadien: miroir-miroué; personne-parsoune;
homme-houme;
téléphone-taléphône, etc. Un autre
trait serait la neutralisation du pronom personnel sujet de la première
et de la quatrième personne (je suis/
je sons) qu’a détectée Vivero Garcia
(1992: 266) dans son analyse du
point de vue de l’énonciation de ce
titre de Maillet. Ce dernier trait nous
semble fondamental, et de celui-ci
partira l’un des choix de traduction
vers l’espagnol des plus significatifs
dans cette traduction.
2. La Traduction
1.c. Les réseaux signifiants
La jeunesse est bien le titre de ce chapitre, mais ce concept n’est pas le seul
2.a. Le choix de la traduction
Tel que déjà mentionné, ce choix de traduction a été fait en acceptant le défi
1.d. La thématique
C’est le bilan de la vie alors qui est la
thématique principale du chapitre. Une
vie simple comme celle de La Sagouine,
qui commence avec des idéaux et des
propos ambitieux et qui doit vite s’ajuster aux moyens à la disposition. Une réflexion locale, et que certains verraient
comme partant d’un être minuscule,
s’avère elle aussi universelle et valide
pour tous et chacun.
1.e. Les symboles
Le miroir-miroué, comme symbole
de la vanité. L’idée du tout-vouloir (je
voulions toute) comme symbole de la
jeunesse. Le poteau de téléphone (peteau de taléphône) comme symbole de
la prostitution rurale, sont quelquesuns des symboles retrouvés.
Traduction
que constitue un texte comme celui de
La Sagouine, où la difficulté grammaticale et lexicale est sui generis, compte
tenue des particularités du français
acadien. Ce texte et cette langue présentent comme peu d’autres dans le
contexte canadien, les processus que
nous allons considérer ici de protocréolisation ou créolisation5 initiale de
la langue française et
que l’on peut constater
dans des niveaux plus
avancés de développement, dans la Caraïbe
avec les cas du créole
haïtien, et/ou des petites Antilles francophones, mais aussi dans
le cas des créoles anglophones, notamment
le jamaïcain, de même
que dans les variantes
d’espagnol antillais tels
que les deux principaux
«accents» cubains -l’occidental et l’oriental-,
ou le dominicain, le
portoricain, le vénézuélien et le colombien de
la côte Caraïbe, parmi
d’autres.
C’est alors dans le but
de faire une espèce de
« mariage à travers la
traduction » que cette
traduction s’entreprend,
pour montrer qu’une
langue américaine6,
même si d’origine européenne, comme c’est
le cas de l’acadien, est traduisible, pas
nécessairement dans une autre langue
officielle des Amériques (l’espagnol, le
portugais, l’anglais, etc.), ce qui impliquerait le respect des normes grammaticales et lexicales des académies de la
langue (souvent européennes encore ou
décidément euro-suivistes et toujours a
2.b. Le défi grammatical
Déjà dans sa thèse de doctorat Rabelais
et les traditions populaires en Acadie,
Antonine Maillet signalait : « Le principal archaïsme qui frappe l’oreille de
l’étranger en présence de l’Acadien est
sans contredit le j’avions... Ajoutez à
cela le i’aviont, et vous penserez avoir
là l’Acadien complet » 7. Ceci serait
sans doute le nœud grammatical le plus difficile à
défaire dans la traduction
de l’œuvre de Maillet et
en particulier de La Sagouine.
Le constat fait par
Surridge (1980:157) sur
le caractère hybride du
j’avons acadien, permet
d’envisager une direction,
encore inexplorée, des
facteurs qui seraient à
l’origine de cette expression : l’influence des langues algonquines sur le
français acadien (en particulier le micmac). Ce sujet
déborde de l’intention du
présent travail, il est plutôt une piste de recherche
future, mais il est également à la base de la principale décision grammaticale de cette traduction
en espagnol d’un chapitre
de La Sagouine, à savoir,
l’utilisation du pronom
impersonnel
espagnol
Édition de la Maison d’édition Leméac, Montréal, 1974.
(uno) avec la conjugaison
de la première personne
du pluriel, pour essayer de transmettre
littéraire en langues d’évolution améla richesse et la couleur du français acaricaine, ou franchement créoles, avec
dien, qui serait, lui, un français métissé
la traduction littéraire en langues qui
comportent également des évolutions
de l’Amérique du Nord, un créole norlocales et/ou régionales. Si l’on devait
dique.
résumer l’idée à une seule phrase, elle
2.c. Le défi lexical
serait : créolisons la traduction, là où
elle le mérite.
Certains choix de traduction du lexique
forte tendance normative), mais en
essayant de rapprocher cette traduction de la façon de parler des pays des
Amériques et surtout des contextes socioculturels qui seraient les pairs, dans
ces pays américains, de celui de La Sagouine. La portée principale de cet expérience traductive est de signaler qu’il
est temps de synchroniser la création
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29
30
Traduction
acadien ont été faits en fonction du
contexte où le personnage les utilise
et de l’équivalence situationnelle dans
le registre de l’espagnol choisi. Un
exemple est le mot zire dans l’expression : « je me faisais pas zire ». Dans le
lexique que l’auteure apporte à la fin
de son livre on constate qu’il s’agit de
dégouter (faire), mais j’ai choisi le verbe
pronominal en espagnol reírse8 et l’expression « nadie se reía de mi » (personne se moquait de moi) qui reflète
de façon peut-être plus adéquate cet
esprit de l’âme dans le monde antillais.
J’ai systématiquement enlevé les « s »
à la fin des verbes et de certains mots
et coupé certains mots à la moitié. Là
où cela a été fait, un apostrophe le
signale. Cette approche a l’intention
de faire parler La Sagouine dans une
langue proche, dans une première
partie, de celle des vieux esclaves, nés
en Afrique, qui vivaient et travaillaient
dans les Antilles hispanophones, langue qui évolue avec d’autres variantes
plus tard parmi les braceros9 antillais à
Cuba ou en République Dominicaine et
Porto Rico. C’est le cas de la plupart des
mots coupés à moitié, prononcés sans
« s » intermédiaires ou finaux. C’est le
cas aussi des « r » finaux qui ne sont
pas prononcés. L’expression « laj-uña’
» (les ongles) est un cas d’union entre
l’article qui se voit substituer son « s »
final par un « j » (son de jota -khota- en
espagnol) et le mot suivant auquel on
coupe le « s » final également. Le cas
de l’expression deg gobiegno, où les
« r », toujours de forte prononciation en
espagnol, sont substitués par les « g »
plus faibles, m’a semblé très proche de
l’expression acadienne « les genses du
gouvarnement ».
Une autre partie de l’approche
prend sa source dans les parlers de
la population rurale blanche dans les
Antilles hispanophones. Population
fondamentalement originaire de la
ReVue | Décembre 2011
Galice et des Îles Canaries, travaillant
la terre comme des petits agriculteurs
privés dans les grandes Antilles, cette
population conservait encore dans la
deuxième moitié du vingtième siècle
des expressions et des idiolectes très
proches d’une tradition centenaire
parmi les peuplades rurales hispaniques. Par exemple : naiden (pour
« nadie » - personne), urtima (pour
« última »- dernière); escogía (pour
« elección » - choix). Ce dernier mot, une
véritable invention, est dérivé du verbe
« escoger » (choisir).
2.d. Les idiomatismes
Le principal idiomatisme dans cette
traduction étant : « je nous parlions anglais comme deux vaches espagnoles »
qui trouve une équivalence acceptable
en espagnol péninsulaire dans l’expression : « hablar como descosidos », j’ai
préféré traduire l’expression française
et acadienne, pour faire réfléchir le lecteur hispanophone sur cette expression
francophone qui fait allusion à une
supposée incapacité des porteurs de la
langue de Cervantès à parler d’autres
langues que la leur. Il s’agit ici d’un
souci de contact entre imaginaires
culturels et linguistiques, ce qui dans
une traduction d’équivalence n’aurait
pas eu lieu, en plus de faire parler La
Sagouine dans un espagnol d’un registre soutenu.
En guise de conclusion
Cette traduction est définitivement expérimentale. Certains choix de traduction sont fait sans avoir des précédents
dans la langue espagnole, en particulier celui qui concerne l’utilisation
du pronom impersonnel (uno) avec la
conjugaison de la première personne
du pluriel, pour essayer de transmettre
la richesse et la couleur du français
acadien. Certains mots sont modifiés
aussi, dans le style qu’on les entends
encore dans plusieurs pays hispanophones. Le registre de l’espagnol choisi
est à l’évidence populaire, même assez
paysan, comme c’est le cas du personnage de La Sagouine, mais il n’est pas
nécessairement celui d’un seul pays, si
bien ce texte a une dette importante
vis-à-vis de l’espagnol de Cuba, d’où je
proviens.
J’espère que le lecteur pourra découvrir un monde spirituel nouveau
avec cette traduction, et qu’elle le stimulera à s’intéresser davantage à cette
culture latine de l’Amérique du Nord,
qui nous montre avec La Sagouine l’un
de ses plus précieux chefs-d’œuvre.
1 Monologue introspectif d’une veille laveuse
acadienne.
2 Voir : http://www.nwpassages.com/bios/maillet.asp
et aussi : Antonine Maillet at the Pointe-Claire Public
Library at: http://search.proquest.com/docview/447
937571?accountid=132854 . D’ailleurs La Sagouine
est considérée comme intégrant la liste des 100 livres
les plus importants au Canada. (Innis, Harold. (2005)
The 100 Most Important Canadian Books. CanWest
News. Nov. 18, 2005.)
3 Vivero García, María Dolores (1992). Organización
enunciativa de un fragmento de La Sagouine. Dans:
Cauce 14-15. p.267.
4 Surridge, Marie (1980) Valeur sémiotique du type
syntaxique français: « J’avons ». Dans: Le Journal
Canadien de Recherche Sémiotique. printemps/été
1980. p.151-164.)
5 Créolisation ici entendue dans le sens que Glissant
lui donne: « la créolisation, c’est un métissage des
arts ou de langages qui produit de l’inattendu ». Voir:
Glissant, Édouard. (2004) La créolisation du monde
est irréversible. Propos recueillis par Frédéric Joignot
dans un article paru dans Le Monde, le 2 décembre
2004 et republié le Hors-série de Le Monde, en février
2010)
6 Pas dans le sens de langue autochtone, mais dans
le sens de langue qui a évolué et qui a acquis son
statut actuel dans les Amériques.
7 Maillet, Antonine (1971) Rabelais et les traditions
populaires en Acadie. Montréal. p.136-7.
8 Quatrième acception du verbe reír : verbo
pronominal. Manifestar burla o desprecio hacia
alguien o algo : el muy despreciable se reía de
nuestras desgracias; se reían de él y le insultaban.
reírse. Dans : Diccionario de Uso del Español de
América Vox ©.
9 Travailleur journalier non qualifié qui émigre
temporairement dans un autre pays. Voir :
(http://buscon.rae.es/draeI/SrvltConsulta?TIPO_
BUS=3&LEMA=bracero
Traduction
La juventú
- capítulo 2 de La Sagouine 1
A
h, mira que yo fui joven en mi
juventú’!, sí, yo también fui joven y bonita, como la’ demá’.
Bueno, eso era lo que se contaba. Y
cuando me miraba en el espejo, yo
tenía entonce’ un espejito de tocador,
nadie se reía de mi... ¡qué va! nadie se
reía de mi entonce’, no señor. Luego el
tiempo pasa pasando, y ustedes también, pero mientra’ dura, la juventú’ es
lo mejó’. Seguro segurito, lo mejó’.
La juventú’ de ahora no sabe ná’
de eso. Se rebelan, rezongan, y se reviran. No saben lo que quieren. Uno sí
que lo sabíamo’. Sabíamo’ muy bien lo
que queríamo’, es muy simple, uno lo
queríamo’ to’. Uno no podíamo’ to’ tenerlo, bueno, uno queríamo’ lo má’ que
se pudiera. ¡Ah! uno no éramo’ gente
de estar contenta con la mita’ de un
poquito, ¡no, no, qué va! ...ni la mitá’
de un panqué, ni la mitá’ de una casita,
ni un hombre a la mitá’ tampoco. Qué
va, la juventú’ no é’ tiempo de mitá’ en
ná’. É’ el tiempo de lo’ grande’ ideale’,
como decía el cura. Bueno, yo tuve lo’
mío’, mi’ ideale’.
La juventú’ de ahora no sabe ná’ de
eso. Se rebelan, rezongan, y se reviran. No
saben lo que quieren. Uno sí que lo sabíamo’. Sabíamo’ muy bien lo que queríamo’,
es muy simple, uno lo queríamo’ to’. Uno
no podíamo’ to’ tenerlo, bueno, uno
queríamo’ lo má’ que se pudiera. ¡Ah! uno
no éramo’ gente de estar contenta con la
mita’ de un poquito, ¡no, no, qué va! ...ni
la mitá’ de un panqué, ni la mitá’ de una
casita, ni un hombre a la mitá’ tampoco.
Qué va, la juventú’ no é’ tiempo de mitá’
en ná’. É’ el tiempo de lo’ grande’ ideale’,
como decía el cura. Bueno, yo tuve lo’
mío’, mi’ ideale’.
...Yo era joven y estaba bien encabá.
Tenía to’ mis diente’ y mis pelo’. La piel
suavecita también y laj-uña’ larga’. Yo
era...sí señor...¡ah! nadie se reía de mi.
El día que yo me di cuenta de eso, no
tuve necesidá’ de maquinarlo mucho pa’
encontrar mi’ ideale’. Eso viene solito, un
ideal quiero decir. Tú te arrima’ a un poste
de teléfono cerquita de Arvin’s, o al lado
del muelle y puede’ estar segura de que
él vendrá de to’as partes, este ideal y to’s
los otros. Ahí tiene’ que escoger. De ná’
vale que tú lo quiera’ to’, tú no puede’
tenerlo to’ de un golpe. Como decía la mujer a Dominico, su muchacho no podía ser
cura, docto’ y ademá’ aboga’o al mismo
tiempo. Era duro escoger, así que terminó
escogiendo la política. Bueno yo no podía
escoger la política...¡eh!...yo no era mas
ná’ que una mujer, de’pué’ de to’ y una
mujer pobre, eso no te deja má’ que una
sola escogía. Bueno esa escogía, tú sabe’,
uno tampoco lo hace a la mitá’, porque
nosotro’ también, uno tenemo’ nuestro’
ideale’. Uno no teníamo’ vocación, entonce’ teníamo’ ideales. Una muchacha
pobre que é’ to’avía bonita, redondita y
bien encabá’ puede que pueda hacer su
Le timbre postal intitulé L`Acadie, le 14 août, 1981
escogía, si tiene la cabeza bien puesta.
Una sola escogía cada vez.
...Tú te apoyas en un poste de
teléfono...o te paseas de una punta a la
otra del camino real, de La Butte du Moulin hasta La Rivière à Hache, y vigila’. No
pierda’ la confianza, que no se va a demora’ mucho la vigiladera, porque son lo’
demá’ lo’ que te van a vigilar. No te dé’
por enterá’, sigue masticando tu chicle y
viendo cómo pasa el agua por abajo ‘el
puente, pero amárralo’ con lo’ ojo’. Tú va’
a ver a Gilbert, hijo ‘e François, hijo ‘e Etchenne que se levanta y se pasa la mano
por la cabeza, al muchacho ‘e la viuda que
se esconde detrá’ de su mecedora, al gran
Pacifique en parsona, que tiene la cabeza
en la’ cortina’. ¡Eh!...bueno, tú no está’ tan
loca como pa’ que te cojan en las cortinas.
Sagouine o no, ¡tú te respeta’!...
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32
Traduction
Tu no podrá’ respetarte por mucho
tiempo, porque hay que vivir...Lo que
quiere decir que tú adapta’ tu’ ideale’ a tu
bolsillo. Tú mastica’ dos chicle’, te unta’ un
poco é’ perfume en el pescuezo y atrá’ de
la’ orejas y sigue’ caminando hasta el Ruisseau des Pottes. Allí seguro que siempre
hay gente. Va a haber gente, pero también
va a estar la Bessoune. Si te vá’ demasiado cerca ‘e la punta te vá’ a topa’ con la
Santa. ¡Esa sí que tiene unaj maña’! Los
pesca a to’s con rosarios y medallas. Hasta
a Bazile hijo ‘e Pierre ella lo llevó a hacer
los treinta y tre’ camino’ ‘e la cruz. Y lo que
hicieron por los camino’ ‘e la cruz naiden
lo puede saber...
A h
Gapi, siempre decía que había que desconfia’, pero el Gapi, ese desconfía de nacimiento. Cuando empezó la guerra, la urtima, había un vapor grande en el muelle, al
que lo cogió la guerra desprevenío’ y que
no había tenío’ tiempo de irse chiflando
de la bahía. Estaba llenito de alemane’
aquello, gente que no era de lo’ nuestro’.
Lo’ pescaron y lo’ metieron en el presidio
a to’s. Alguno’ dijeron entonce’ que estaba
bien hecho, que no se podía dejar suelto’ a
los malos pa’ que hagan daño a la gente.
Eso que no se pué’ dejar que hagan daño
a la gente e’ verdá’. Pero, ¿uno sabemo’
de qué lao’ está la gente buena?, ¿y to’a
la gente buena está del mismo
lao’? Eso é’ terrible. De ná’
vale que una parsona se
acueste a dormir por
la noche de su la’o
bueno, ...no puede
je nous
parlions
anglais comme
deux vaches
espagnoles
bueno, vendrá el tiempo ‘e la’ goleta’ y lo’
vapore’. Como yo siempre he dicho, mientra’ haya un muelle en alguna parte...La
mar es lo que nos salvó a nosotro’. Sin lo’
pescaítos de fritura, la’ concha’, la’ ostra’ y
lo’ marinero’...
Venían de to’as parte’ eso’ marinero’.
A veces uno no entendíamo’ ni jota de lo
que les salía por el hocico. No era gente de
por aquí, pero era gente buena igual. El
ReVue | Décembre 2011
Édition de la Bibliothèque Québécoise, 1990.
Imprimé au Canada en août 2009.
dejar de maquinar que ella ha conocí’o
marinero’ que le han parecido buenísimo’,
aunque arrimaran del la’o malo.
Yo me acuerdo de ese hombrecito
que chapurreaba una que otra palabra en
inglé’, y no venía de Inglaterra, ni de los
Estaos, ni el inglé era la lengua de su país.
No, él hablaba un idioma extraño que no
se parecía a ná’. En fin, pa’ hacerse entendé’, él había amasao’ un poco de inglé’ en
la’ isla’, y así uno podíamo’ entenderno’.
Porque con lo’ otro’ yo no tenía costumbre
de hablar mucho, y por eso uno no caía en
mucha habladera. Pero este hombrecito...
Él tenía el pelo amarillo, y lo’ ojo’
triste’. Me costó mucho tiempo saber por
qué. Sí, el por qué de lo’ ojo’ triste’. Incluso
diría que nunca lo supe de una punta a
la otra. Tuve que tranquilizarme con tener
mi propia ideíta de una cierta desgracia
que le habría pasao’ en su país, allá lejo’.
Traduction
Porque siempre canturreaba la misma
a lo’ marinero’ al presidio por to’ el tiempo
está’ sola ganándote la vida. Y cuando ya
cancioncita que contaba la historia de la
e’ la guerra, eso dijeron. Porque estaban
no ere’ joven, segurito que hay otras má’
deportación de su familia. Ahí fue que yo
del la’o malo. Es por eso que tenían que
jóvene’ que tú. Y eso termina en que tiene’
entendí la razón. No reía nunca este hommatarlo’ y echarlo’ al presidio. Me parece
que mascar tus tres chicles y gastar toa’s
brecito y no parecía
la’ piedra’ del camino
que le cogiera el gusto
real, y no ve’ ni un
a la vida como lo’
pelo de Gilbert hijo
otro’. É’ por eso que
‘e François hijo ‘e Etnaiden lo quería, ni
chenne, ni siquiera la
siquiera la’ muchacha’
sombra de Pacifique
de la Butte-du-Moulin.
detrás de la’ cortina’.
Pero yo...
Eso te obliga a partir,
Al principio, yo
y tiene’ que arrancar
tenía como pena por
en el bus y desemél, como una combarcar en el pueblo
pasión. Él era flaco,
una vez por semana.
y cantaba solito to’ el
Eso Gapi nunca pudo
tiempo, sentao’ en el
tragárselo. Porque
beaupré’. Y entonce’
aquí él veía al meno’
L`Acadie (actuellement La Nouvelle-Écosse) en 1750, Source: http://www.deanjobb.com
yo me ponía cerquita
lo que pasaba, pero
y me sentaba pegaíta
en el pueblo...ven pa’
a él y entonce’ yo no
que te lo diga, ven a
decía ni pío. Uno mirábamo’ la mar a lo
que la mar cambió de color de un golpe
ver...no hay peligro. Él pelea, pero no exlejo’ los dos. Por los angelitos te lo juro,
seco y que ni las mismitíca’ gaviota’ pudieplota...no es fácil.
él se puso a cantar delante de mí, y a miron ya gritar como antes. De ná’ vale acosY luego lo’ chiquillo’ se hicieron
rarme, y al final cuentan que uno hablátarse a dormir por la noche...é’ terrible, y
grande’. No hay remedio, no puedes impebamo’ en inglé’ como dos vaca’ española’.
uno no para de maquinar.
dirlo. Entonce’ cuando son grande’ tienen
Y ahí fue que yo me empecé a fijar en su’
Y luego llega un momento en que tu
lo’ ojo’ abierto’ to’ el tiempo. Y te pregunojo’ triste’, y en su bonita pelambre rubia,
maquina’ más todavía, porque ya tú no
tan. ¿Qué va’ a hacer al pueblo? ¿Por qué
y en su’ mano’ má’ blanca’ y mejor conserere’ tan joven como antes. Eso llega con lo’
no lleva’ la bayeta y el cubo si va’ a limpiar
vá’ que la’ de un abogao’, hay que ver, sí
año’, la maquinadera. A lo mejor porque
la plaza ‘e la estación?...y termina’ llevánseñor. Y luego cuando él cantaba, se me
cuando uno se pone viejo tiene más
dote la bayeta y el cubo, porque termina’
viraban las tripa’ al revé’, como si alguien
tiempo pa’ maquinar...Es duro saberlo. El
en la plaza de la estación. Si... cuando no
me hubiera pegao’ duro en la panza. Yo
Gapi, ese dice que maquinar ná’ má’ que
hay más trabajo en la calle Main, te va’ a
no entendía por qué, ni siquiera me fijaba
es bueno pa’ provocarte úlceras en el eslimpiar la plaza ‘e la estación. Y de’pué’ la
en los demá’ y hasta rechazaba buenas
tómago. Ese Gapi debe tener el estómago
plaza de la Asunción, y de’pué’ la de Raoferta’. Incluso el Gapi se dio cuenta que...
empavonao’, porque ese no ha hecho otra
dio-Canadá. ¡Ah! y cuando llega’te a po¡Ah! era duro, duro de explicar. Me
cosa en su vida que maldecir.
nerte en cuatro patas en la plaza ‘e Radioparecía que la mar había cambiao’ de co...Gapi tiene un solo defecto, es un
Canadá...é’ porque ha’ caído muy abajo...
lor, que era más azul que de costumbre,
peleón. Se le subía el genio cada vez que
abajo, abajo. Porque é’ allá, con la’ manos
y que los pescao’s nadaban pegaítos a la
yo salía pa’l pueblo. Porque no estaba
en tu cubo y la nariz en tu trapo que va’ a
superficie, como para entretenerse con las
acostumbrao’ el Gapi. Al principio, yo no
ver en tu plaza caras que tú conoce’...Si...
gaviotas. Lo’ demá’ se pusieron a mortifitenía necesidá’ de irme pa’ vivir. Yo podía
Por eso’ grande’ edificios pasa un millón
carno’ y a decirno’ nombrete’, pues bien,
quedarme en el terruño, había trabajo cande gente en un día y siempre termina paeso no me importaba... o casi...
tidá’ entre el Ruisseau des Pottes y la Butte
sando gente que ya tú ha’ visto en tu calle
...Un día, declararon la guerra, al
du Moulin. Bueno, cuando comienza’ a
Main. Ello’ no te reconocen, pero tú si lo’
amanecer. Y al vapor lo cogieron en la deponerte vieja, esta’ obligá’, a causa de los
reconoce’. Y tú te pregunta’ cuando fue
sembocadura de la bahía, y ellos echaron
chiquillo’, de salir a buscarla. Porque ya no
que caíste tan abajo, la’ rodilla’ abajo de
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34
Traduction
tu cubo, ó bueno...Hay que vivir, ve usté’.
É’ lo único que importa. Con ideal o sin
ideal, te llega un momento en que tiene’
que vivir y atrapa’ las dos punta’ ‘e la soga.
...Con tal que no atrape’ otra cosa
entre las dos punta’. Esa é’ la desgracia
mas grande que te
pue’ pasar. Ere’ capaz de todo por tu’
chiquillo’, te deja’
coge’ y solta’, y volvé’
a coge’ y volvé’ a solta’ y luego ya sabe’
que va’ a perdé’ tu
poste ‘e teléfono y
que va’ a termina’
en la plaza ‘e la estación. Eso lo acepta’
sin rechista’, porque
e’ tu trabajo. Entonce’ ¿por qué tiene’
que atrapar una porquería cualquiera ‘e
contra? ¿Usté’ se acuerda de la bella Adelaida, la hija de Philippe hijo ‘e P’tit Jean?
Si alguna vez por to’ esto, se había visto
una bonitura parecida, esa era ella. Llenita,
pelirroja, y pícara como ella sola. No era
fácil la chiquilla. Como quien dice llevaba
la sinvergüenzura y la malda’ en la sangre.
No era un retoño de los Bois-Francs de
Memramcook por gusto. Bueno, ¿quiere
enterarse? Ella no había todavía pasao’ ni
tre’ año’ en su poste y ya tenía las pierna’
inflá’ como una barrica y granos abajo é’
lo’ brazo’ y en lo’ cachete’. No se la podía
mirar al cabo de tre’ año’, la pobre esclava.
¡Usté’ cree que sea justo! El Gapi dice que
tanto mejo’ pa’ ella, que no tenía que haber hecho eso...Bueno el Gapi no sabe lo
que dice, ná’ mas que tiene que pelea’ por
algo.
Lo pior era cuando llegaba un barco
grande de los países de ante’ y que tú
sabía’ que no iba a falta’ el trabajo y que
al mi’mo tiempo caían la’ chiquilla’ ‘e to’as
parte’, como una verdadera ‘pidemia de
grillo’ en Egipto. Llegaban de lo ma’ atrá’
‘e la’ concesione’, pior que la’ mosca’
y ocupaban to’ el espacio, seguritíco.
Aunque saliera’ a la’ sei’ de la mañana,
to’o’ lo’ poste’ estaban lleno’. Lo’ poste’ y
el puente. Había hasta una’ que se ponían
en la’ escalera’ de la iglesia, ¡mire usté’!
Esa gente no tenia caché, ni respeto ninguno. Esa’ no saben vivir y vienen a cogerle
gobiegno, esa gente trabaja tan duro
como nosotro’. Como nosotro’ están to’ el
tiempo en el camino, día y noche. Adema’
tienen que sé’ cumplido’ con cualquiera y
prometé’ más é’ lo que se puede dá’ y pior
que eso...pior que eso, a vece’ caer bien
abajo. No es siempre un
trabajo limpio el que ello’
hacen tampoco. Parece que
hay doctore’ que hacen parir hasta a do’ pares ‘e jimagua’ por noche y agrónomo’
que han estudiao’ mucho’
año’ en la universidá’ y que
tienen que meté’ la nariz
en la mabinga pa’ saber
si esta buena, y abogao’ y
miembro’ deg gobiegno...
pa’ qué decirle lo que tienen que hacer pa’ ganarse la vida...Uno
no somo’ lo’ único’ que tienen que trabaja’
duro y uno no no’ quejamo’. De’pué’ de
to’ hay quien está pior que nosotro’. Yo
siempre lo he dicho, cuando quiera’ quejarte, la Sagouine, mira alrededó’ tuyo y te
dará’ cuenta que la vida é’ dura pa’ to’ el
mundo y que to’ el tiempo hay quien está
pior que tú...
Al principio, yo tenía como pena
por él, como una compasión. Él era
flaco, y cantaba solito to’ el tiempo,
sentao’ en el beaupré’.
ReVue | Décembre 2011
el puesto ‘e uno aquí. ¡La’ hubiera visto
con la harina pegá’ en la cara y el jugo de
remolacha en lo’ cachete’! Si había gente
que conocía eso, el jugo de remolacha y
la harina, eramo’ nosotra’, ella’ no podían
enseñarno’ ná’. Eso no tenía ninguna
clase y pa’ colmo nos arrancaban el pan
de la boca. No le’ bastaba masticar chicle
ordinario o chicle de pino, tenía que ser
chicle de globito’, pa’ explotárnoslo en la
cara cuando pasábamo’, pa’ fastidiarno’.
Llegó un momento en que uno estábamo’
harta’ de su’ globito’ y de su besito de corazoncito y de su’ hocico’ lleno é’ harina.
To’a’ pa’ colmo más gorda’ que bueye’,
chiquilla’ con dos yema’, como uno teníamo’ costumbre de llamarla’. Bueno, las
chiquilla’ con dos yema’, tenían una yema
de ma’, porque ellas no’ lo habían robao’
tó’: lo’ poste’, nuestro camino real, nuestro
sustento. Y fue ahí que uno tuvimo’ que
partir pa’l pueblo, como la Santa familia...
Cuando uno se pone vieja, e’ duro...muy
duro.
...Siempre e’ duro cuando una parsona tiene que ganarse la vida. ¡Ah! pero
uno no somo’ lo’ único’. To’ el mundo
tiene que ganarse la vida. Lo’ doctore’ y
los vendedore’ ‘e seguro, y la gente deg
...Llega un momento en que te siente’
bien sabiendo que tú no está’ sola.
Table des matières
ReVue
36
Section espagnole
Fernando Savater: invitación a la filosofía
The aim of the article is to present basics views that the contemporary philosopher, Fernando Savater, holds
on ethics which is a main field of his meditations. Author of the article begins with describing philosopher’s
stand on the subject of human nature. Then she presents the main assumptions of his moral philosophy as
well as the arguments in support of a community. The intention of the author is also to portray the thinker
as a promoter of philosophy or a philosophical approach to life. Numerous quotations reveal the specificity
of his style.
Key words: philosophy, ethics, humanity, wisdom, community
43
Aventura de una traducción: El Glíglico Cortaziano “a la polaca”. La musicalidad del lenguaje
literario.
All the works of Julio Cortázar are marked by great sensibility towards words and music of the language itself.
In his compositions the emphasis is put on sound, melody and rhythm. This musicality composes a basis in the
essay that we would like to present. Based on chapter 68 of Hopscotch we will deal with the problem of translation of the language that actually does not exist.
Through the analysis of fragments of the novel we will pin out the importance of rhythm in original version and
in translation. We would also like to highlight the role of the creativity of the translator.
Key words: Cortázar, musicality, Hopscotch, translation
47
Privilegios de la diversidad del español en la traducción audiovisual
The article has as main objective to describe the most important peculiarities of Andalusian Spanish, focusing predominantly on its distinguishing phonological features. In consideration of substantial, secular role of
music in Andalusia, the description has been based on songs created by a few modern, Andalusian bands.
The aim of such analysis is to discover if original Andalusian features, which used to be a vital part of Flamenco, appear in the modern music and to what extent they are developed. Moreover, we raise also other
issues such as: language role in searching for regional identity, elements of different cultures in Andalusian,
level of respect accorded to this variety and polemic about its terminology.
Key words: dialectology, Andalusia, varieties of Spanish, Flamenco, phonology, linguistic identity
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35
36
Littérature
Photo de F.Savater publiée à elespectador.com
Kamila Kruszyńska
Fernando Savater:
invitación a la filosofía
“Siempre se dividirán los hombres en estas dos clases de las cuales forman la mejor
aquellos para quienes precisamente lo superfluo es lo necesario1” – José Ortega y Gasset
N
o sin motivo empezamos
nuestras reflexiones sobre la
obra de Fernando Savater
con una cita de su gran predecesor,
el filósofo español más conocido, José
Ortega y Gasset. Tanto el pensamiento
de Ortega como el de Savater se
caracterizan por una cierta ligereza
del estilo, la claridad de las ideas
presentadas, lo acertado de las razones
alegadas. Los ensayos orteguianos
abundan en citas de otros pensadores;
ReVue | Décembre 2011
no obstante, lo que destaca (junto
con una elocuencia incomparable del
autor de Meditaciones del Quijote) es
su humor. Con respecto de los texto
savaterianos podríamos decir lo mismo.
Además, los dos filósofos son excelentes
analistas de la realidad que les rodea,
sin fijarse exclusivamente en problemas
estrictamente filosóficos. Así pues,
mientras en Ortega leemos sobre el
desarrollo de la física, cuestiones tales
como el principio de incertitumbre,
Savater presenta postulados ecológicos
o toma la palabra en la discusión
sobre la corrida. A ambos les interesa
también el arte, lo que se revela en
las reflexiones sobre creaciones de
Velázquez y Goya, en el caso de Ortega,
y en muchísimas alusiones a películas,
en lo que se refiere a Savater. Por
último, los dos filósofos pasaron mucho
tiempo en Madrid donde se dedicaron
a la filosofía (es decir, a lo “superfluo”,
si quisiéramos hacer referencia a la
37
A veces uno puede tratar a los demás
como a personas y no recibir más que
coces, traiciones o abusos. De acuerdo.
Pero al menos contamos con el respeto
de una persona, aunque no sea más que
una: nosotros mismos.
cita con la
cual hemos abierto el
presente estudio) y a la enseñanza
de filosofar.
Sumerjámonos entonces en el
Logos de Manzanares, como diría María
Zambrano, y analicemos qué sabiduría
nos ofrece el discípulo orteguiano en
cuanto a la constitución ontológica del
hombre como tal, su tarea vital y sus
deseos primordiales.
El fundamento del pensamiento:
¿qué es el hombre?
Lo que destaca en la reflexión de
Savater, autor de Invitación a la ética
(1982), es su interés por la susodicha
filosofía práctica. No obstante, antes de
contestar a la pregunta “¿qué hacer?”,
o “¿cuál es mi lugar en el universo?”, el
pensador vasco toca una cuestión aun
más fundamental: aborda el gran tema
de qué somos.
La respuesta savateriana a dicha
pregunta, que encontramos en el ya
mencionado libro dedicado a la ética,
puede parecer a primera vista poco
satisfactoria. Savater hace referencia a
“la raíz trágica de lo humano”2: somos
entes trágicos porque nuestra existencia
la sostienen necesidades opuestas,
representadas por términos tales
como: finitud – infinitud, identidad –
dinamismo, producto – posibilidad,
satisfacción – pérdida.
El problema (y también la belleza)
del hombre surge del hecho de que él
es ante todo un puro querer. “Volo ergo
sum”, “quiero luego soy”3; Savater nos
remite a las palabras de San Agustín
socavando el famoso argumento
cartesiano. Primero, queremos ser, y
luego anhelamos amplificar nuestro
ser4.
En esa concepción lo esencial es
ello que tanto subrayaba Heidegger:
nuestra experiencia básica nos revela
que de algún modo formamos parte
del mundo en el cual nos encontramos.
Explicar o justificarlo es la tarea más
importante que tiene que emprender
cada uno de nosotros.
En Invitación a la ética encontramos
también una alusión a Ortega quien
llamaba el mundo “contravoluntad”5
(respectivamente, el hombre puede ser
identificado con la voluntad). Savater
desarrolla esa intuición escribiendo
que el hombre es consciente de que
está rodeado de cosas y conoce el
mundo “al intervenir en él, contra él”6.
¿Por qué “contra”? Es que mientras que
para toda cosa es fundamental que se
quede en sí misma, que se quede como
es (identidad), la esencia del hombre
radica en su actividad, posibilidad
(dinamismo)7. Ser hombre significa
simplemente no
ser cosa. Una obligación
inmemorial del hombre es
testimoniarlo, dondequiera que esté.
Como las cosas son siempre
finitas y el hombre, infinito (en sus
posibilidades), ningún objeto le
satisface. De ahí la dimensión trágica
de nuestro ser.
La siguiente pregunta: ¿qué es lo
que de verdad queremos?
En otro libro cuyo título contiene
la palabra ética, Ética para Amador,
Savater nos asegura que lo que cada
hombre verdaderamente quiere es “vivir
bien”8, o simplemente ser feliz. Pero,
¿qué es la felicidad? ¡Ése es, sin duda,
un problema puramente filosófico cuya
explicación no la encontraremos en un
diccionario... ¿O tal vez no sea así?
Llegados a ese punto cabe recordar
que Fernando Savater es también el
autor del Diccionario filosófico en el
cual el concepto de “felicidad” sí que
aparece. Lo que puede extrañar un
poco es que, al explicarlo, Savater nos
remite al concepto de la “alegría”9.
Afortunadamente, el artículo titulado
así abre la versión española del libro.
Sobre el tema de la felicidad
escribió el filósofo vasco trece
páginas, es decir, no poco. Empezó
sus reflexiones, tradicionalmente, con
ReVue | Décembre 2011
38
Philosophie
Collection privée de l’auteure
una característica general del hombre
indicando la aprensión de la muerte
como una condición fundamental de la
humanidad. Y la alegría es “un desafío
retado al mundo”10, un “acuerdo para
vida” (pero no para una forma concreta
de ésta, sino para el mero hecho de
su existencia)11. Savater insiste en que
la alegría “no es el final de nuestra
búsqueda, [sino que] con frecuencia la
antecede o no le hace caso”12.
Al formular una definición exacta
del concepto de alegría alude Fernando
Savater, como lo suele hacer a menudo,
a Spinoza. Escribe que la alegría es
un tipo de aceptación del mundo o
de la vida13, lo nos lleva directamente
a la concepción de la felicidad porque
ésta, del mismo modo que el placer, se
asocia con dicha aceptación. Mientras
que la alegría es un sentimiento y su
reino lo constituye el presente, el placer
es una sensación que se dirige hacia el
futuro (por eso es trágica). La felicidad
la podemos definir en cambio como
un estado que es permanente y está
siempre relacionado con el pasado14.
Este estado de ánimo, caracterizado
como estático es precisamente lo que
cada hombre desea (Savater repite
en ese sentido la noción básica de
Aristóteles)15.
Es interesante que entre las obras
ReVue | Décembre 2011
savaterianas encontremos una titulada
El contenido de la felicidad; en ella, el
pensador da a sus lectores instrucciones
de cómo lograr “el mejor de todos los
bienes humanos”, como nombraban la
felicidad los antiguos.
La tarea de cada hombre: ¿cómo
llegar a ser feliz?
En la introdución a El contenido de la
felicidad se señala que es posible que
al lector le parezca que la obra no
habla sobre la felicidad misma. Será así
porque, como ya sabemos, para Savater
la felicidad es “lo que queremos”16,
y “de lo que el hombre quiere [...]
trata precisamente ética”17. En otras
palabras, El contenido de la felicidad
también ha de tratar de ella18.
Es obvio que la cuestión de “lo que
queremos” se asocia directamente con
el problema de la libertad humana.
La opinión de Savater al respecto es
clara. Según el filósofo, la gente tiene
inclinación a confundir la libertad y
la omnipotencia; y hay que recordar
que esa primera “es algo determinado,
condicionado y limitado”19. La noción
de libertad la podemos comparar con
una idea algo estoica que encontramos
en las páginas de Ética para Amador:
Aunque “no somos libres en cuanto a
lo que nos pasa [...] somos libres en
la elección de respuesta a lo que nos
pasa”20. Y tal debe ser el fundamento
de toda acción humana.
El objetivo que guiaba a Savater a
la hora de escribir Ética para Amador
fue instruir a su hijo qué hacer (y de
qué manera pensar) para vivir bien.
El consejo principal es éste: “haz lo
que quieras”. Sin embargo, como lo
acentúa el pensador vasco, no se trata
de “hacer la primera cosa que nos
venga a la cabeza”21. Es imprescindible
ser consciente de qué es lo que
verdaderamente queremos. Hay que
evitar tanto los caprichos como las
órdenes y los hábitos22. La solución
parece sencilla: conviene pensar. “¡La
estupidez acecha y no perdona!”23, nos
advierte el filósofo.
Una vigilancia continua es
entonces lo que debe caracterizar a un
ser humano de buen juicio, o sea, un
ser que se dirige hacia lo bueno (en
primer lugar, hacia lo que es bueno
para él). Como en una película, las
tomas no se repiten, no hay cómo
corregirlas24. Por eso es menester
reflexionar incesantemente sobre el
sentido de nuestros actos. Nadie puede
ser feliz o libre en vez de mí25.
Es obvio que al hablar de felicidad,
Fernando Savater no se limita a un
Philosophie
único consejo, “haz lo que quieras”,
encerrado en una formula enigmática
y casi mágica. Desde luego, desarrolla
esa idea señalando por lo menos cuatro
pilares sobre los cuales se sostiene la
sabiduría práctica:
a) hay que tener en cuenta que
cada hombre quiere vivir y, además,
quiere vivir bien (no debemos confiar
en las personas que declaran algo
opuesto);
b) tenemos que estar atentos a que
nuestros actos correspondan a nuestros
deseos;
c) debemos desarrollar “el buen
gusto moral”, basándonos, con tal
objetivo, en la experiencia (es que la
repetición de buenas acciones impide,
con el tiempo, actuar mal);
d) es necesario renunciar a buscar
la coartada; como somos libres,
somos también responsables por las
consecuencias de nuestras acciones.26
No se trata de que el filósofo no
se dé cuenta de que querer tener una
buena vida y saber cómo ésta debería
ser no es lo mismo27. La vida siempre
es complicada, Savater lo admite
sin vacilar; pero parece advertir al
mismo tiempo a sus lectores de que
la búsqueda de los remedios más
fáciles la puede complicar aun más. En
cuanto a nuestras elecciones (de cada
tipo), el pensador pone de relieve que
es imprescindible elegir siempre estas
opciones que en el futuro abrirán más
opciones28.
En el libro dedicado a su hijo,
Savater escribe una frase que pone
de relieve que la única obligación del
hombre es no ser un tonto29. Luego
nos ofrece una clasificación de los
necios. En primer lugar, los que creen
que lo quieren todo. Después, los
que no saben qué es lo que quieren.
El tercer grupo lo forma la gente que
tiene algunos deseos pero anhela
“temorosamente y sin convicción”30. Por
último, los que desean “con insistencia y
vehementemente, con toda la osadía”31.
Lo más importante que Fernando
Savater nos quiere transmitir es, sin
duda alguna, la convicción de que lo
que podríamos llamar buena vida es
inevitablemente individual. No hay
ningún modelo común de ésta. Como
nadie es capaz de vivir mi felicidad,
nadie sabrá qué es lo que me la puede
traer. Uno se ve a sí mismo como
médico y otro, como viajero. Nuestras
existencias son incomparables, pero
si elegimos bien, seremos felices; y
la alegría es el mayor premio que
podemos recibir por cualquier cosa32.
Lo primordial de una vida buena
es la exigencia de que sea también una
vida humana y no la “vida de un coliflor
o cucaracha”33. ¿Qué significa eso? Que
nosotros, es decir, la raza humana,
necesitamos algo que solamente los
otros hombres nos pueden dar34.
Hacia la plenitud de la humanidad: ¿Por qué necesito al otro?
Ya hemos dicho que la naturaleza
humana se compone de dinamismo,
infinitud,
autodeterminación
y
creatividad. Nuestro yo quiere
imponerse una forma pero al mismo
tiempo desea ser considerado como
una “totalidad abierta”35, siempre
dispuesta a cambiar. Necesitamos
subrayar constantemente nuestra nocosificación. El conocimiento (de uno
mismo) exige el reconocimiento (por
parte del otro mientras sea parecido).
“El yo se desgarra a sí mismo y se duele
en las cosas; necesita ser confirmado
desde fuera, pero confirmado por algo
semejante a él mismo, por otro objeto
infinito”36, por algo que “es lo que no
es”37, es decir, por otro sujeto38, otra
persona.
Las investigaciones ontológicas de
Invitación a la ética las desarrolla Savater
de un modo más comprensible en su
obra posterior. Haciendo alusión a la
película Ciudadano Kane y a la parábola
ReVue | Décembre 2011
39
40
Philosophie
Photo libre de Savater, lamajadescalza.com
bíblica sobre Esaú y Jacob39, explica
muy expresivamente de qué consta,
según él, la humanidad. Al evocar la
miserable soledad de Kane, el pensador
proclama: “de cosas, [...] se puede
solamente... cosas”40. Y continúa: “ [l]a
lenteja permite saciar el hambre, pero
no ayudará por ejemplo en aprender
francés”41. Además, hay que recordar
que Kane quedó solo porque había
tratado a otras personas como si fueran
cosas. Y desgraciadamente, pocas cosas
guardan su encanto en aislamiento42.
Como el método para lograr una
comunidad humana propone Savater
“la comunicación racional”43 en vista
de su convicción de que “el lenguaje
descubre lo mismo del otro”44. Esa
idea la explica el filósofo de la manera
más sencilla en Ética para Amador:
“hay también que hablar con otros,
presentar argumentos sí mismo y
escuchar argumentos de los otros”45. Es
cómo entiende la razón para hacerlo:
nadie nace siendo plenamente hombre,
tampoco puede llegar a serlo sin ayuda
por parte de otros seres de su especie46.
Otra no menos obvia cuestión es que
vivimos en una sociedad de la cual, a
decir la verdad, no se puede escapar en
nuestra época.
Repitamos otra vez: “[l]o que el
hombre en lo más hondo y más íntimo
de sí mismo quiere [...] es no ser cosa”47.
La raíz ética de nuestras acciones
asegura y prueba nuestra humanidad.
Como hermosamente escribe Savater
sobre la cortesía, ésta “comporta [...]
un cierto homenaje”48 a otra persona.
En ese contexto no extraña la siguiente
constatación: “[e]xijo cortesía de los
otros y me la exijo”49.
¿Pero si el respeto no es
correspondido? No importa. Eso puede
causar tristeza o pena pero no cambia
nada. Como leemos en Ética para
Amador: “[a] veces se puede tratar
los otros como la gente y recibir en
cambio solamente bofetadas, traiciones
y daños. Es verdad. Pero guardamos el
respeto por lo menos para una persona
[...]: para sí mismo”50. Tratando a
los otros como no-cosas subrayamos
nuestra propia no-coseidad, la exijimos,
la defendemos, la consagramos...
Con relación a ese problema,
Fernando Savater recuerda también
la etimología de la palabra “interés”,
la cual proviene de latín inter esse
que significa ‘estar entre varios’51.
Su objetivo es, en ese caso, enseñar
a sus lectores que todos los intereses
Caricature de l’auteur créée par Miguel Herranz, lodonocais.blogspot.com
ReVue | Décembre 2011
Philosophie
son relativos “salvo un único interés
absoluto: el beneficio de ser hombre
entre otros hombres”52. No sorprende
pues que el filósofo parezca acentuar
la idea fundamentel de toda la
filosofía del diálogo, es decir, la de
que otra persona nunca debería ser
un medio para nosotros y siempre el
fin (contrariamente a las cosas, que
siempre son medios y nunca llegarán a
ser nada más).
Esa igualdad radical que favorece el
pensador vasco, hace al hombre un ser
único, esencialmente diferente de los
animales (que carecen de capacidades
éticas) y del dios (que se caracteriza
por una superioridad insuperable).
A consecuencia, la concepción
savateriana se instala entre las teorías
que degradan al hombre y las que sin
razón alguna lo engrandecen.
Fernando
Savater
es
despiadadamente racional en su juicio
y seductivo en su estilo. Dejémosle
resumir su pensamiento:
Un pesimista ético, Tomás Hobbes,
estableció como irremediable divisa
homo homini lupus; el materialista
teológico (valga la redundancia) más
consecuente de la historia de la ética,
Benito Spinoza, quiso algo aún más
difícil y peligroso, jubilosamente
desconsolador: homo homini deus. Pero
ni lobo para el hombre ni dios para
el hombre, yo os digo homo homini
homo y aquí creo ver la obvia (pero casi
siempre oculta) raíz de la ética, pues es
el hombre hombre para el hombre, es el
hombre lo que hace hombre al hombre,
en lo que se confirma como hombre, y
merced al hombre se abre el hombre a
la infinitud creadora y libre, y de este
modo logra ir más allá del hombre53.
A modo de despedida: una bienvenida perpetua
En el prólogo a Invitación a la ética
leemos que su autor quiso titular el
libro, haciendo una alusión o incluso
un homenaje a Baltasar Gracián, el
gran pensador español del Siglo de
Oro, Oráculo manual. La verdad es que
podemos tratar todos sus textos como
si lo fueran, a pesar de llevar otros
títulos.
Fernando Savater es un gran
coleccionador de la sabiduría humana.
Su propia teoría filosófica emerge
de la inmensidad de citas de otros
pensadores en los cuales se apoya.
Savater es un maestro perfecto. Es la
partera socrática del siglo XXI. ¡De
su erudición podemos aprender un
montón de cosas, teniendo a la vez la
impresión de que Savater nos indica
algo que siempre hemos sabido!
Lo fundamental es que el filósofo
vasco logra demostrar en su obra y en
su actividad pública la importancia de
lo superfluo, que menciona Ortega.
Para Savater, filosofar significa meditar
sobre la vida y esforzarse en la
búsqueda de las maneras de mejorarla.
Así pues, mientras uno viva mejor que
filosofe. Los libros de Savater enseñan
perfectamente cómo hacerlo.
Por último, hay que señalar que
escribir sobre la obra savateriana parece
un disparate total. Los razonamientos
que se pueden encontrar en sus textos
son perfectos. No tiene ningún sentido
leer sobre Savater, leer a él es suficiente
(¡es imprescindible!).
1 Ortega y Gasset J., “¿Qué es filosofía?”, Alianza
Editorial, Madrid 2007, p. 74.
2 Savater F., “Invitación a la ética”, Editorial
Anagrama, Barcelona 2005, p. 20.
3 Ibíd, p. 23.
4 Ibíd, p. 27.
5 Ibíd, p. 16.
6 Ibíd.
7 Ibíd, pp. 16-17.
8 Savater F., ”Etyka dla syna”, Wydawnictwa Szkolne i
Pedagogiczne, Warszawa 1996, p. 74.
9 Savater F., “Mój słownik filozoficzny”, Wydawnictwo
Axis, Poznań 2003, p. 347.
10 Ibíd, p. 242.
11 Ibíd.
12 Ibíd, p. 248.
13 Ibíd, p. 249.
14 Ibíd, pp. 250-251.
15 Según el Estagirita, la felicidad es el mejor de
todos los bienes humanos y, además, su fin definitivo.
Arystoteles, “Etyka Eudamejska”, Wydawnictwo
Naukowe PWN, Warszawa 1977, p. 142; Arystoteles
“Etyka wielka”, Wydawnictwo Naukowe PWN,
Warszawa 1977, p. 19.
16 Savater F., “El contenido de la felicidad”, Punto de
Lectura, Madrid 1994, p. 21.
17 Ibíd.
18 En otro momento leemos que el objetivo del libro
“era abordar la felicidad desde su entraña ética”;
ibíd, p. 13.
19 Ibíd, p. 87.
20 Savater F., ”Etyka dla syna”, Wydawnictwa Szkolne
i Pedagogiczne, Warszawa 1996, p. 29.
21 Ibíd, p. 70.
22 A dicho problema dedica el pensador un capítulo
entero de su libro; ibíd, pp. 35-50.
23 Ibíd, p. 98.
24 Ibíd, p. 178.
25 Ibíd, p. 56.
26 Ibíd, p. 101.
27 Ibíd, p. 83.
28 Ibíd, p. 182.
29 Ibíd, p. 96.
30 Ibíd, p. 97.
31 Ibíd.
32 Ibíd, p. 151.
33 Ibíd, p. 75.
34 Además de la compañía y el mutuo
reconocimiento, se trata del acto de enseñar; es que
enseñando unos a otros (enseñando lenguaje, en
primer lugar) los hombres se hacen hombres. Ibíd.,
pp. 76-78.
35 Savater F., “Invitación a la ética”, Editorial
Anagrama, Barcelona 2005, p. 30.
36 Ibíd, p. 27.
37 Ibíd, p. 35.
38 Ibíd, p. 28.
39 Trata de cómo Esaú renunció a su herencia
en beneficio de su hermano por una escudilla de
lentejas.
40 Savater F., ”Etyka dla syna”, Wydawnictwa Szkolne
i Pedagogiczne, Warszawa 1996, p. 87.
41 Ibíd.
42 Ibíd, p. 76.
43 Savater F., “Invitación a la ética”, Editorial
Anagrama, Barcelona 2005, p. 36.
44 Ibíd, p. 37.
45 Savater F., ”Etyka dla syna”, Wydawnictwa Szkolne
i Pedagogiczne, Warszawa 1996, p. 93. ”Ponte en su
lugar” es otro consejo muy sencillo. Así titula Savater
una parte de su libro (ibíd, pp. 117-139).
46 Ibíd, p. 77.
47 Savater F., “El contenido de la felicidad”, Punto de
Lectura, Madrid 1994, pp. 31-32.
48 Ibíd, p. 37.
49 Ibíd.
50 Savater F., ”Etyka dla syna”, Wydawnictwa Szkolne
i Pedagogiczne, Warszawa 1996, p. 89.
51 Ibíd, p. 133.
52 Ibíd, p. 134.
53 Savater F., “Invitación a la ética”, Editorial
Anagrama, Barcelona 2005, p. 38.
ReVue | Décembre 2011
41
Para nosotros todos, amantes, habladores
for lovers or users of words
el problema es este this is the difficulty –
lo que se pierde what gets lost
no es lo que se pierde en traducción sino
is not what gets lost in translation but more
what gets lost in language itself lo que se pierde
en el hecho en la lengua
en la palabra misma
( Alastair Reid : What Gets Lost / Lo Que Se Pierde )
ReVue | Décembre 2011
Traduction
Monika
Kapuścińska
Aventura de una traducción:
El Glíglico Cortaziano
“a la polaca”. La musicalidad
del lenguaje literario.
A pesar de que la traducción se caracteriza generalmente por la repetición de esquemas
fijos, no todas las traducciones tienen formas tan rígidas.
Z
ofia Chądzyńska fue una traductora extraordinaria cuyo
trabajo abrió ante nosotros,
los lectores polacos, la posibilidad de
comprender la literatura de Hispanoamérica. Para ella, la traducción fue no
sólo un trabajo regular, sino también
una gran aventura con obras literarias
de autores excepcionales. Alain constata que “siempre se puede traducir a un
poeta – inglés, latino, griego – palabra
por palabra, sin añadir nada, guardando el orden de las palabras del original,
para encontrar al fin un compás, o incluso un ritmo” (en Barman 1985: 286;
la traducción es nuestra). En una de las
entrevistas (Kubik, 2000) Chądzyńska
insistió en que “la traducción requiere
ante todo el oído”; lo mismo reconoce
Balcerzan (1968: 23) cuando llama al
regreso a “los detalles – visuales, lexicales, rítmicos, de entonación”.
El objetivo de ese artículo es analizar y comparar la musicalidad del lenguaje creado por Julio Cortázar en su
famosísima novela Rayuela y la traducción de dicho lenguaje llevada a cabo
por Chądzyńska.
Cortázar es considerado como uno
de los máximos representantes de la
nueva novela hispanoamericana que,
entre muchas novedades, se caracteriza
por un peculiar tipo de protagonista:
un antihéroe. En el caso de la
novela de Cortázar, su protagonista
principal, Horacio Oliveira, es un
hombre extravagante, que tiene
muchos problemas personales: uno
de ellos, quizás el más importante,
es la incapacidad de comunicarse
con los demás, la incapacidad de
expresarse para ser entendido. Con el
objetivo de revelar los problemas de la
comunicación, que padecemos como
Oliveira, en el mundo contemporáneo,
Cortázar nos invita en Rayuela a toda
una serie de juegos de palabras; dichos
juegos sirven no solo para divertir sino
que constituyen ante todo una burla de
la realidad. Así pues Horacio añade una
“h” al principio de las palabras cuando
abarca tema que considera difíciles, y
a la hora de hablar, con su amada, de
hacer el amor, se sirve de un lenguaje
creado por ella y desconocido por los
demás, preguntando, por ejemplo:
“¿Pero te retila la murta?”. (Cortázar,
2007: 221).
El lenguaje que acabamos de
mencionar se llama el glíglico. Es
sencillo y efímero. Es un lenguaje de
las emociones, del amor y de la música.
Es un lenguaje que quiere decir todo
lo que no puede ser articulado ni
explicado por medio de las palabras.
Podemos constatar que es una
alternativa para el lenguaje ordinario
en el cual la gente no sabe comunicarse.
El capítulo 68, escrito en glíglico,
es uno de los más extraordinarios de
la novela de Cortázar*. A pesar de su
brevedad nos intriga con su innovación.
El glíglico lo podemos clasificar como
un juego de palabras, una formación
libre de éstas: formación que, en
práctica, se realiza a través del uso de
eufemismos, sufijos, afijos y otros -ijos
(o hijos, si quisiéramos participar en el
juego de Holiveira). El capítulo 68 es
una evocación de la escena amorosa
en la forma más musical del lenguaje.
El escritor argentino nos ofrece aquí
u nuevo modelo de comunicación:
más apasionante, líquido, rítmico, que
late con la aspiración acelerada de los
amantes.
En la creación del glíglico lo más
importante es el ritmo. En una de las
Morellianas leemos:
Hay jirones, impulsos, bloques, y
todo busca una forma, entonces entra
en juego el ritmo y yo escribo dentro de
ese ritmo, escribo por él, movido por él
y no por eso que llaman el pensamiento
y que hace la prosa, literaria u otra.
Hay primero una situación confusa, que
sólo puede definirse en la palabra; de
esa penumbra parto, y si lo que quiero
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Traduction
*
Una breve muestra del glíglico aparece ya en el capítulo 20, cuando Horacio pregunta a la Maga cómo hace el amor
Gregorovius:
— ¿Pero te retila la murta? No me vayas a mentir. ¿Te
la retila de veras? (...) Y te hace poner con los plíneos entre
las argustas?
— Sí, y después nos entreturnamos los porcios hasta
que él dice basta basta, y yo tampoco puedo más, hay
que apurarse, comprendés. Pero eso vos no lo podés
comprender, siempre te quedás en la gunfia más chica.
(Cortázar, 2007: 221)
decir (si lo que quiere decirse) tiene
suficiente fuerza, inmediatamente se
inicia el swing, un balanceo rítmico que
me saca a la superficie (...) Ese balanceo,
ese swing en el que se va informando
la materia confusa, es para mí la única
certidumbre de su necesidad, porque
apenas cesa comprendo que no tengo
ya nada que decir (Cortázar, 2007: 564).
El ritmo, al que le otorga tanta
importancia el autor, se hace un
concepto inseparable de Rayuela. El
glíglico parece ser una gran metáfora
musical que en la escena amorosa
llega al punto culminante, vulgar en su
suavidad. Citemos el capitulo 68:
Apenas él le amalaba el noema, a
ella se le agolpaba el clémiso y caían
en hidromurias, en salvajes ambonios,
en sustalos exasperantes. Cada vez que
él procuraba relamar las incopelusas, se
enredaba en un grimado quejumbroso y
tenía que envulsionarse de cara al nóvalo,
sintiendo cómo poco a poco las arnillas
se espejunaban, se iban apeltronando,
reduplimiendo, hasta quedar tendido
como el trimalciato de ergomanina al
que se le han dejado caer unas fílulas de
cariaconcia. Y sin embargo era apenas
el principio, porque en un momento
dado ella se tordulaba los hurgalios,
consintiendo en que él aproximara
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- Ale wydęga ci murtę? Tylko mi nie kłam. Naprawdę
ci ją wydęga? (…) A kładzie ci plinki między argusty?
- Bez przerwy. A potem sobie wzajemnie tropikamy
marcyny, aż on krzyczy, że ma dosyć, ja też już nie mogę
dłużej, musimy się spieszyć, rozumiesz. Chociaż ty tego
nigdy nie zrozumiesz, masz o wiele za mało gunfii.
(Cortázar, 1984: 46; la traducción de Zofia Chądzyńska)
suavemente sus orfelunios. Apenas se
entreplumaban, algo como un ulucordio
los encrestoriaba, los extrayuxtaba y
paramovía, de pronto era el clinón, la
esterfurosa convulcante de las mátricas,
la jadehollante embocapluvia del
orgumio, los esproemios del merpasmo
en una sobrehumítica agopausa. ˇEvohé!
ˇEvohé! Volposados en la cresta del
murelio, se sentían balparamar, perlinos
y márulos. Temblaba el troc, se vencían
las marioplumas, y todo se resolviraba
en un profundo pínice, en niolamas
de argutendidas gasas, en carinias casi
crueles que los ordopenaban hasta el
límite de las gunfias (Cortázar, 2007:
533)
El mismo capítulo traducido al
polaco suena así:
Ledwie zaczynał lerfić jej noemy,
już jej się drliła klamycja i oboje
zapadali w wodomurie, w dzikie
prężyny, w rozpaczliwe dystalancje.
Ale jeżeli tylko próbował wydęgać jej
murtę, pogrążała się w jękliwe wyrgi i
musiał rozmitrygiwać kaldurmię, czując
jak powoli arnulie spektualniają się,
oprzaniają, muleją i w końcu sztywnieją
jak trimalsjat ergomaniny, do którego
niechcący wpadło kilka fmopii kożaniery.
A przecież to był dopiero początek, w
jakimś momencie ona odsłaniała piwesty,
zezwalając, aby przybliżył doń swoje
łękowia. Zaledwie się przypalmowali,
ogarniał ich, czaturował, wreszcie
ekstraminował wielki ulukariusz, nagle to
był już klinton, esterfuryczna konwalkisja
mertrydów, dyszymiąca embokapulwia
orgumnii, merpasm esprymiczny, w
ogromnej nadhumicznej agorenii. Evohe!
Evohe! Rozkolwieni na kreście wolpemii
czuli, jak balnikują perlinni i swolodenni.
Drżał trok, poddawały się marplumy
w pieszorniach niemalże okrutnych,
które ich znowu doprowadzały na samą
granicę gunfii (Cortázar, 1986: 377; la
traducción de Zofia Chądzyńska).
En lineas generales, en cada texto
pueden distinguirse dos planos: el
de la forma (el lenguaje, las palabras
utilizadas) y el del contenido (lo que
el texto significa, las emociones que
transmite). El traductor debe integrar
ambos, atento a que el cambio del
código en afecte el ambiente general
del texto.
Como indica Amorós (2007: 59),
el capítulo 68 de Rayuela está basado
en un esquema sintáctico habitual
y conviene poner de relieve que lo
observamos también es su traducción
al polaco):
Apenas él... a ella se le... y caían
en... Cada vez que él procuraba... se
Traduction
enredaba en... y tenía que... sintiendo
cómo poco a poco... se iban... hasta
quedar tendidos como el... al que se le
han dejado caer unas... Y sin embargo,
era apenas el principio, porque en un
momento dado ella se... consintiendo
en que él aproximara suavemente sus...
Apenas se... algo como un... los... de
pronto era él... Se sentían... temblaba
el... se vencían las... y todo se... en un
profundo... que los... hasta el límite de
las....
Ledwie zaczynał...już jej się...i oboje
zapadali w... Ale jeżeli tylko próbował...
pogrążała się w...i musiał...czując jak
powoli...i w końcu sztywnieją jak...do
którego niechcący wpadło kilka...w
jakimś momencie ona odsłaniała...
zezwalając, aby przybliżył doń swoje...
Zaledwie się...ogarniał ich wreszcie...
nagle to był już...w ogromnej...czuli,
jak...Drżał...poddawały się...niemalże
okrutnych, które ich znowu doprowadzały
na samą granicę
Las connotaciones son más o
menos claras: ese “esqueleto” es de
hecho una descripción clásica del amor
físico. Las palabras que faltan en el
texto arriba citado son las que, gracias
a su forma inusual (véase la lista
presentada abajo) estimulan nuestra
imaginación al permitirnos crear
nuestra propia visión del acto amoroso.
Es que al ser incapaces de entenderlas,
entramos en el juego que nos propone
el autor; empezamos a ser co-creadores
de la acción reflejando en ella todas
nuestras pasiones y fantasías.
Y ahora mismo miremos esas
palabras y su traducción al polaco en
el contexto gramatical. En el texto
observamos toda una serie de verbos:
amal-aba
se agolp-aba
procur-aba
lerfić
drliła
wydęgać
envulsionarse
rozmitrygiwać
se espejun-aban
spektualniają się
se iban apeltronando
oprzaniają
se iban reduplimiendo
muleją
se entreplum-aban
przypalmowali
encrestori-aba
czaturował
extrayxt-aba
ekstraminował
balparamar
balnikują
Salta a los ojos que Chądzyńska,
al traducir el texto de Cortázar al
polaco, no se dejaba sugestionar por
el significado literal del original (si
hubiera algo que se pudiera denominar
así en el caso del glíglico). Algunas de
las raíces traducidas al polaco son afines
a las españolas en el nivel fonético
(fenómeno que podemos clasificar
como un tipo de calco lingüístico);
otras, en cambio, no tienen nada que
ver con sus equivalentes españoles.
En cuanto a la dimensión rítmica
impuesta al texto por Cortázar,
observamos que el número de silabas
en los verbos en Pretérito Perfecto crece
de cuatro (a-ma-la-ba y a-gol-pa-ba) a
cinco (resol- vi-ra-ba y or-do-pe-na-ba).
En consecuencia el ritmo ni acelera,
ni es uniforme; todo lo contrario,
parece ser cada vez más lento, y el
tiempo dilatado suspende al lector en
el momento descrito. En la traducción
al polaco, sin embargo, no se nota esa
tendencia.
De todas formas, salvo la
mencionada arriba, la traductora se
esfuerza por conservar ciertas tendencias
generales presentes en el texto original.
Así pues, los afijos típicos de la lengua
española, del texto original (como:
pro-, re-, en-, entre-, extra-, para-), los
sustituye en su traducción por los afijos
más característicos del polaco (wy-, roz-,
przy-, etc.). Como Cotrázar, Chądzyńska
juego con palabras relacionando dichos
afijos con lexemas corrientes, lo que
resulta en grupo atípico (en español:
procuraba; en polaco: wydęgać). Lo
mismo pasa con las terminaciones
flexionales en los tiempos pasados (en
español: -aba, -ía, en polaco: -ła, -li) y en
las formas impersonales del verbo (en
español; -ar, -ir; en polaco: -ać, -ić).
Veamos qué pasa en el texto
Auteur: Marcin Szmandra
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Traduction
cortaziano y su traducción al polaco con
los sustantivos:
noema clémiso
hidromurias ambonio
exasperantes
incopelusas
grimado nóvalo
arnillas trimalciato
ergomanina fílulas
cariaconcia noemy
klamycja
wodomurie
prężyny
dystalancje
murtę
wyrgikal
durmię
arnulie
trimalsjat
ergomaniny
fmopii
kożaniery
Resulta que al traducir los
sustantivos, Chądzyńska ya no busca
sus equivalentes polaco, sino que como
si intentara adaptar los neologismos
creados por el novelista argentino a
la pronunciación polaca (en lo que se
refiere a su “significado”, no interviene
en éste).
Con relación a los sustantivos del
capítulo 68, Amorós (2007: 60) llama
la atención sobre el uso, por parte de
Cortázar, del ritmo trimembre, por
ejemplo: “y caían en hidromurias,
en salvajes ambonios, en sustalos
exasperantes”. Es interesante que cada
una de las tres partes es más larga que
la anterior: hidromurias (4 sílabas),
salvajes ambonios (6 sílabas), sustalos
exasperantes (8 sílabas) (lo mismo
pasa en polaco: wodomurie (4 sílabas),
dzikie prężyny (5 sílabas), rozpaczliwe
dystalancje (8 sílabas)).
El análisis que acabamos de llevar a
cabo nos lleva a una conclusión más: es
curioso cómo las palabras cortazianas
pierden su fuerza arrancadas del texto
y escritas en columnas mientras que en
el marco de él nos hechizan. Resulta
que su encanto es efímero ya que está
estrechamente vinculado a la música
que se depende del orden impuesto a
ReVue | Décembre 2011
dichas palabras por el autor.
La tensión, así como la musicalidad,
del texto literario puede ser aumentada
por el uso de frases cortas o por la
acumulación de verbos en una frase.
Veamos ejemplo:
Apenas se entreplumaban, algo
como un ulucordio los encrestoriaba, los
extrayuxtaba y paramovía, de pronto era
el clinón, la esterfurosa convulcante de las
mátricas, la jadehollante embocapluvia
del orgumio, los esproemios del
merpasmo en una sobrehumítica
agopausa. ˇEvohé! ˇEvohé!
Zaledwie się przypalmowali,
ogarniał ich, czaturował, wreszcie
ekstraminował wielki ulukariusz, nagle to
był już klinton, esterfuryczna konwalkisja
mertrydów, dyszymiąca embokapulwia
orgumnii, merpasm esprymiczny, w
ogromnej nadhumicznej agorenii. Evohe!
Evohe!
En varias enumeraciones: una larga
frase interrumpida por varias comas
por lo que parece constar de toda una
serie de frases más cortas y, por ende,
más rápidas; el carácter progresivo
de la descripción: todo eso influye en
la métrica y la musicalidad del texto.
Vale la pena notar la maestría de la
traducción de Chądzyńska: su versión
polaco “suena” como la de Cortázar en
español.
La profesión del traductor requiere
un buen oído, y especialmente si éste
se dedica a traducir obras difíciles,
como la novela de Cortázar. El lenguaje
no es solo un repertorio de palabras
y reglas gramaticales: el traductor ha
de oír su melodía y “expresarla” en
otro idioma. Todo puede ser dicho de
varias maneras, dependiendo de cómo
queremos que nuestro lector adquiera
la información. Handke (1984: 26,
la traducción es nuestra) comenta al
respecto: “el estilo no solo constituye
la expresión de la personalidad de la
persona que habla, sino que también
expresa su concepto del lector y de
la manera de la que supone que la
información será percibida”. El análisis
del glíglico nos lleva a la conclusión
que tanto su creador, Cortázar, como la
traductora, Chądzyńska, cuentan con la
inteligencia de sus lectores.
Podemos preguntarnos ¿para qué
sirve esta musicalidad del glíglico? A
primera vista parece que su único fin es
resaltar los aspectos estéticos y valores
fonéticos de la lengua. No obstante, tal
y como lo conceptualiza Cortázar en su
novela, el glíglico está destinado sólo
a los amantes, es una barrera que los
separa del resto del mundo encerrándolos
deliberamente en el reino del amor y de
las emociones. Por otro lado, el glíglico
lo podemos tratar también como una
burla del lenguaje tradicional, o incluso,
elevándolo a otro nivel significativo,
como una burla de la incomunicación,
incomunicación que sufrimos por utilizar
el lenguaje tradicional. El acto de
entender no está basado en las palabras
y construcciones fijas: se basa en algo
más fundamental, en el sentimiento
y en la emoción, en la música y en la
espontaneidad, en la creatividad y en la
falta del orden impuesto.
Bibliografia:
1 Amorós A. «Introducción a Rayuela». Cátedra,
Madrid 2007.
2 Balcerzan E. «Poetyka przekładu artystycznego»,
Nurt, Katowice 1968.
3 Barman A. «Translation and the trials of the
foreign». En: The Translation Studies Reader, ed.
Lawrence Venuti, Routledge, London & New York
1987.
4 Cortázar J. «Gra w klasy», trad. Zofia Chądzyńska,
Wydawnictwo Literackie, Warszawa 1986
5 Cortázar J. «Rayuela», Cátedra, Madrid 2007.
6 Handke R. «O czytaniu. Krótki zarys wiedzy o dziele
literackim i jego lekturze; Style, stylizacja i stylistyka».
WsiP, Kraków 1984.
7 Kubik M. «Portrety pisarzy: Zofia Chądzyńska–
czyli o przekładzie zdanym na słuch», en: Gazeta
Uniwersytecka UŚ, Uniwersytet Śląski, Katowice 2000
8 Kubik M. «Ten błysk, rytm, magia słów. O Zofii
Chądzyńskiej (24 II 1912 - 23 IX 2003)», Zeszyty
Literackie, Warszawa 2004
Linguistique
Małgorzata
Sankowska
¿Sigue vivo er andalú?
Peculiaridades fonológicas
de las hablas andaluzas a
base de la música actual
Flamenco, copla, culturas árabe y gitana, Federico García Lorca, la Giralda, la Alhambra,
Pablo Ruiz Picasso, Sevillanas, blancura arquitectónica, palmeras y calor... Todas estas palabras nos traen a la mente la imagen de una región española muy turística y destacada por
su legado cultural y artístico, Andalucía. Lo que hay que recalcar es que esta comunidad
española con el mayor número de habitantes (8 415 4901) también tiene su manera peculiar
de hablar que, junto con las joyas artísticas, cultura y población, forma su identidad.
S
i alguien dice: Juan tiene mala
leche, todos entendemos esta
expresión. Sin embargo, si oímos: Juan no es bueno ni picao pa
albóndigas, la mayor parte de nosotros no sabe que esta expresión local
andaluza (Córdoba) también significa
que Juan es una persona de mal carácter. O bien, si en un restaurante de
la región, un hablante no andaluz ve
la carta en la que ponen pipirrana,
pringá, alcaucí, bienmesabe... es probable que no sea capaz de escoger un
plato.
El español es una de las
lenguas más variadas del mundo,
se caracteriza por un gran número
de variantes dialectales. Sobre la
diversidad de la lengua española
arrojó luz ya el mismo Cervantes en su
gran obra El Quijote: “(...) y no había
en toda la venta sino unas raciones
de un pescado, que en Castilla llaman
abadejo, en Andalucía bacalao, y en
otras partes curadillo, y en otras
truchuela”1. ¿Por qué los dialectos
merecen un enfoque científico? ¿Qué
papel desempeñan? Ciertamente,
el lenguaje es algo más que la
manera de comunicar ideas. Como lo
comenta José María de Mena, es “una
actividad humana subconsciente e
inconsciente que tiene sus raíces en
los propios entresijos biológicos y
hasta teológicos del alma”2. Una de
sus numerosas funciones consiste en
expresar la identidad.
Esa tesis la confirma, sin duda, el
caso de España donde la mayoría de
las comunidades tiene un sentimiento
muy fuerte de autonomía y conserva
cuidadosamente su patrimonio
histórico y cultural. Carbonero Cano
explica al respecto que “los grupos
humanos se sienten identificados
y cohesionados, entre otras cosas,
por la lengua que utilizan. (...)
Las modalidades territoriales y
sociales de una lengua, cuanto más
diferenciadas están de las otras, más
aglutinan en su seno las tradiciones y
sentir de los pueblos que las usan.”3
No cabe duda de que las hablas
meridionales mercen un enfoque
lingüístico detallado. Es que por un
lado constituyen una modalidad
fácil de reconocer, pero por el otro,
sus características son muy dificiles
de describir4. Lo que es más,
resulta imposible establecer unos
límites claros entre el andaluz y el
castellano. No se sabe qué elementos,
si se eliminan, hacen constatar
que ya no se habla en andaluz sino
en castellano5. Es un habla muy
diversificada cuyo análisis exhaustivo
requeriría describirla provincia por
provincia, pueblo por pueblo, barrio
por barrio.
A pesar de los factores
significativos como: gran número
de hablantes, rico repertorio léxico,
carga histórica, importancia para
el arte (por ejemplo, el papel que
desempeñó en las coplas flamencas)
o su parentesco con la lengua de
Hispanoamérica, se observa un cada
vez mayor acercamiento del andaluz
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Littérature
Linguistique
al castellano en cuya consecuencia
muchas de sus características
originarias van desapareciendo.
Es obvio que la lengua está
en marcha y distintos procesos de
cambio afectan la forma de hablar.
De todas formas, en el caso del
andaluz siempre conviene también
tener en cuenta el complejo de
inferioridad de los andaluces y la
peyorativa valoración que dan a
dicho dialecto muchos españoles.
¿Cómo lo tratan, tomadas en
consideración esas circunstancias, los
jóvenes andaluces? ¿Están orgullosos
de su lengua o van a abandonar su
uso? ¿Sobrevivirá el andaluz en las
siguientes generaciones? Claro está,
hoy en día es imposible responder a
estas preguntas de manera unívoca.
El objetivo del presente
artículo consiste en mostrar qué
peculiaridades
originarias
del
andaluz están presentes en la música
actual de Andalucía, creada por los
jóvenes. Consciente de que la creación
musical siempre ha servido a los
jóvenes de manifiesto, convirtiéndose
así en el espejo de sus creencias y
actitudes, espero que el análisis
de unas canciones de grupos
modernos
andaluces
tales como Son
A n d a l u z
(Sevilla),
O’funk’illo
(Sevilla), No
me pises que
llevo chanclas
(Sevilla),
Chambao (Málaga)
y Los Deliqüentes
(Cádiz), muestre la
forma de hablar de
los jóvenes de la
región. Tanto más
que, como confirman
muchos investigadores,
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el rol sustancial de la música en la
sociedad parece incuestionable: a la
mayoría de los rincones del mundo
está vinculado un estilo musical
elaborado a lo largo de su historia6.
Además, es cierto que Andalucía
es una región que a la música le
otorga mucha importancia dada
la impresionante función del
flamenco en su cultura.
Es sabido que el flamenco
siempre ha sido una expresión
viva del contexto socio-histórico
y de la vida cotidiana del pueblo
andaluz. No hay que olvidar
que como el cante flamenco
suele transmitirse por lo
general oralmente, desempeña
también la función del mejor
‘portador’ del habla andaluza.
Sin embargo es también
interesante que desde los años
60 vayan desarrollándose
intensamente
en
Andalucía nuevos
estilos
Linguistique
musicales entre los cuales el rock
andaluz merece una atención especial.
Se trata de conservar la tradición del
flamenco y mezclarla con corrientes
nuevas como el pop, rock, funk o
blues, procedimiento gracias al cual
la música andaluza se rejuvenece
sin perder su carácter folclórico y
originalidad. El surgimento del rock
andaluz se relaciona estrechamente
con la necesidad de buscar raíces, lo
que constituye la mejor prueba de
que las nuevas generaciones tienden
a mantener su identidad regional.
Los orígenes del andaluz es
un tema muy complejo y lleno de
inexactitudes ya que muchos procesos
lingüísticos influyeron en la formación
de ese dialecto. Primero, hay que
tener en cuenta que es muy probable
que en la época de sus orígenes, los
rasgos propios del andaluz hayan
estado presentes en todo el español7.
En cuanto a la investigación histórica,
falta todavía un análisis íntegro
de los testimonios. Lo que se sabe
es que el surgimiento del andaluz
se remonta a la Baja Edad Media,
cuando Andalucía vivió separada de
Castilla8. Es imprescindible recordar
que en aquel periodo en Andalucía,
en vez del latín, la lengua oficial fue
el árabe, lo que sin duda influyó en la
estructura del dialecto. La población
de Al-Andalus utilizaba también otra
lengua, la alajamía, es decir, una
lengua no árabe derivada del latín
y considerada romance9. Además, en
el andaluz se notan influencias
lingüísticas de muchas
o t r a s
culturas (véase el esquema).
A la hora de hacer una
aproximación científica al andaluz
tropezamos con un problema más,
que es el de la denominación. Se
discute sobre si es una modalidad,
variante dialectal o dialecto10. Algunos
expresan la convicción de que lo que
impide considerarlo como un dialecto
es su variedad interna; explican que
los rasgos peculiares del andaluz son
escasos y se observan también en
otras variedades, característica que
lo convierte en una modalidad poco
diferencial. Otros siguen la opinión de
Manuel Álvar, un gran conocedor de
la dialectología española y el autor
del Atlas Lingüístico y Etnográfico de
Andalucía, según la cual el andaluz
es un dialecto11. Álvar subraya que
aunque los rasgos andaluces se dan
en otros dialectos, la totalidad de
éstos no aparece en ningún otro12.
Como el objetivo del presente artículo
no es entrar en las cuestiones de
denominación, se emplearán las
designaciones menos polémicas como
modalidad, variante o habla andaluza.
Otro aspecto significativo es la
ya mencionada valoración peyorativa
que dan al andaluz muchos españoles.
Hay un convencimiento de que
el andaluz es un castellano mal
hablado, degenerado, y de que sus
rasgos fonéticos se deben a la pereza
articulatoria de los hablantes. Se critica
también el léxico que varía según la
zona, el pueblo o el barrio y que está
lleno de influencias de otras culturas.
Así van creándose numerosos tópicos
sobre esta modalidad que consolidan
el complejo de inferioridad de los
andaluces. Es una de las razones
por las cuales los hablantes
del andaluz tienden a
autocontrolarse en las
situaciones comunicativas
formales u oficiales, despojando
su habla de una buena parte de
sus rasgos distintivos13. Todo eso
dificulta una investigación lingüística
objetiva. En cambio, un estudio
sustancial del andaluz requiere que
los investigadores recuerden que la
llamada gracia andaluza equivale, en
realidad, a “la manifestación de las
formas de ser y hablar de los andaluces
que dan constantes muestras de
una coloquialidad llena de ironía,
de sentido del humor”14. Podríamos
concluir entonces que el andaluz sí que
es gracioso pero no por la “pereza” de
los andaluces sino por su imaginación
e ingenio particulares15. Su lengua
se ha convertido en la expresión de
la sabiduría e identidad del pueblo.
Así que si algún día muy caluroso
un andaluz nos dice: ¡Vaya frío que
está haciendo!, no nos sorprendamos
porque es cómo se manifiesta la ironía
y el sentido del humor que suelen
emplear los andaluces en su habla16.
Existen dos fenómenos fonéticos
estrechamente vinculados a la
modalidad andaluza. Son el seseo
y el ceceo. El seseo equivale a la
pronunciación de la c (ante e o i) o
la z como s, que en Andalucía es una
realización corono-dental o predorsodental, mientras que el ceceo es la
pronunciación de la s parecida a la
de la c (ante e o i) o a la de la z17.
Dicho en otras palabras, generalmente
en la comunidad andaluza se pierde
la distinción entre la s y la c (ante
e o i) y la z, lo que puede plantear
dificultades con diferenciar algunas
unidades léxicas. Veamos un
ejemplo: Sale de casa. Cuando lo
dice un andaluz seseante tenemos
dudas de si se marcha de casa o va
a cazar18. Sin embargo, el contexto
comunicativo es lo que normalmente
aclara esa ambigüedad. Además, la
realización de dichos sonidos depende
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Littérature
Linguistique
estrechamente de la zona. Hay que
Tú eres el que decide /deside/ el
de las vocales finales, por ejemplo:
decir que el ceceo es estigmatizado,
camino; Y queremos alegrarte con estas
la estrella (singular) vs. lah estrellah
o sea, no tiene prestigio
(plural). No obstante, la
lingüístico.
La
aspiración, con relación
pronunciación ceceante
a la posición u otros
muy a menudo se
factores, es bastante
convierte en objeto de
inestable. Merece la
burla para los españoles.
pena subrayar también
gitanos
En
las
canciones
que este fenómeno,
,
arabes
.........
analizadas encontramos
aunque se crea que es un
únicamente
las
arabismo fonético, tiene
soluciones seseantes,
raíces castellanas20. En el
voces
,
aragonesas
análisis de las canciones,
lo que puede deberse
mozarabes
voces
este rasgo salta a los ojos
a las zonas de las que
leonesas
como primero, junto con
provienen los grupos: en
el seseo:
su mayoría, son grupos
castellano
herencia
sevillanos, y en esa
medievelromana
arcaismos
Cuando la luz /lú/ del sol
región principalmente
entra por mi ventana; eras
se sesea. Además,
,
portugues
italiano
/erah/ tú mi princesa azul;
puede que los cantantes
eres /ereh/ la niña que
huyan de las soluciones
siempre quise tener (Son
no prestigiosas. En
Andaluz);
las canciones de Son
Voy rulando por las calles
Andaluz oímos:
Esquema 1. Las influencias lingüísticas en andaluz se las puede
/lah calleh/ de mi ciudad
presentar a través del presente gráfico.
(O’Funki’llo);
eres la llama que iluminó
Déjate llevar por las
mi corazón /corasón/ gris;
sensaciones
/lah sensacioneh/
salió esa dulce /dulse/ voz;
canciones /cansiones/. (Chambao);
me llenaste de una sensación /
Son las tres /lah treh/ de la tarde (Los
sensasión/ inmensa;
Deliqüentes).
los labios que encierran /ensierran/
Otra característica fonética del
dulce/dulse/ voz.
andaluz la constituyen la –s y la –z
Se aspira no sólo la –s final
finales (entre otras consonantes)
sino también la interior, lo que
Igualmente en las canciones de
que pierden su fuerza o llegan a
provoca cambios interesantes en el
O’funki’llo:
desaparecer. Al perderla, se convierten
comportamiento de las consonantes
en un leve soplo respiratorio
que la siguen. El fenómeno muy
me llaman la atención /atensión/; en la
que se denomina aspiración19. El
frecuente en el caso de una consonante
derrumbamiento de las consonantes al
plazuela /plasuela/,
sorda será la geminación, es decir, la
final de la sílaba, como el seseo/ceceo,
aparición de una consonante ‘doble’
también puede plantear dudas en
o en las de No me pises que llevo
(como en las palabras italianas de tipo
cuanto al significado de las unidades
chanclas:
abbiamo, tutto): mosca /mokka/, fresco
léxicas. Por ejemplo, ¿cómo saber si la
palabra es en plural o en singular si no
/frekko/. Dicho fenómeno aparece
me crucé /crusé/ con un moro; lo cogí
repetidamente en las canciones
se pronuncia la –s final? O bien, ¿cómo
en brazos /brasos/,
diferenciar la segunda y la tercera
analizadas:
persona gramatical? La distinción se
y las de Chambao:
realiza gracias a la abertura vocálica
Voy rulando por las calles de
ANDALUZ
ReVue | Décembre 2011
Linguistique
Littérature
mi ciudad con los cascos /cakkoh/
puestos; el aire fresco /frekko/ me da
en la cara (O’Funki’llo);
Tú piensas que soy tu amigo
pero yo busco /bukko/ el amor (Son
Andaluz).
El yeísmo es otra cuestión que
hay que tener en cuenta, aunque no
es un fenómeno exlusivo de Andalucía
puesto que existe también en otras
regiones21. Para aclarar, lo observamos
cuando se confunden los sonidos de la
y y de la ll a favor de la primera. Dicho
de otro modo, toda ll se pronuncia
como la y, lo que puede provocar, una
vez más, dificultad es con diferenciar
algunas unidades léxicas como: cayó
y calló. En las canciones encontramos
algunos ejemplos del yeísmo, aunque
no son numerosos: allí /ay/ me hiciste
mayor (Son Andaluz).
La igualación aparece también
entre la –l y la –r implosivas. En
algunas zonas, la -l seguida por una
consonante se convierte en la –r
(arguno, borsa, barcón), y en otras se
nota el caso contrario (cuelpo, saltén).
Se afirma que esta tendencia (reflejada
en el dicho andaluz: “Zordao, barcón
y mardita sea tu arma ze escriben
con ele”)22, se debe a la relajación
de las consonantes. En las canciones
analizadas la observamos también en
los artículos:
Todo el mundo va del cuento /Todo er
mundo va der cuento/; las migas del /
der/ bigote (Los Deliqüentes);
Hicimos el /er/ amor ay bésame (Son
Andaluz).
Otra característica relevante del
andaluz, aunque se la considera como
poco difundida, es la relajación del
sonido de la ch. Por dicha relajación
se entiende la realización puramente
fricativa de la ch, mientras que en
el castellano su articulación suele
ser africada23. Así, en la modalidad
andaluza, llega a sonar como la ch
francesa o la sch alemana:
Cuando abro la cama recuerdo aquella
noche /noshe/ (Son Andaluz);
Con los cascos puestos escuchando
/escushando/
buena
música
(O’Funki’llo);
Yo no soy pinocho /pinosho/ que el
corazón tiene de madera; Vino Papa
Noel la noche /noshe/ de nochebuena
/noshebuena/ (Los Deliqüentes);
A mano derecha /deresha/ (No me
pises que llevo chanclas).
Ya se ha sacado a colación la
pérdida de consonantes que es tan
corriente en el andaluz. Otro ejemplo
es la pérdida de la –d- intervocálica,
que con mayor frecuencia se observa
en los participios. Es sabido que es
un fenómeno bastante general en
el español vulgar de casi todas las
regiones24. Sin embargo, los españoles
tienden a mantener la d en las
situaciones comunicativas formales, y
en el andaluz se pierde totalmente,
independientemente del contexto.
Por lo tanto, los andaluces sustituyen
Granada por Graná, moneda por
monea, vestido por vestío. La pérdida
de la d se nota en todos los participios
que aparecen en las canciones
analizadas:
Lo cogí en brazos porque estaba
desmayado /desmayao/; Te esperaré
metido /metío/ en una charca al
fresquito y refugiado /refugiao/ del sol
(O’Funki’llo);
Navegan cargados /cargaos/ de
ilusiones que en la orilla se quedan
(Chambao).
Las pérdidas y caídas de
consonantes conllevan la aparición
de una figura de dicción llamada
apócope. Consiste en que no se
pierden solamente consonantes
sino también sílabas enteras. Dicho
fenómeno, muy presente en las coplas
flamencas, se conserva tanto en las
canciones modernas como en el
habla:
Dos palabras pa’ enamorarte (Son
Andaluz);
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52
Littérature
Linguistique
Nunca me dices na’; De buen rollito
pa’ que quiero ma’; que te quita to’ el
estrés (O’Funki’llo);
Canto pa’ los pobres que temprano se
levantan (Chambao);
Yo desayuno a lo fresco una tosta con
mermelá (Los Deliqüentes).
Según todos los indicios, es
precisamente esa figura la que da
al habla andaluza una gran rapidez,
vivacidad y pasión25.
Y por último cabe mencionar
un claro gusto de los andaluces por
el diminutivo. Es suficiente echar
un vistazo a la creación literaria
de Federico García Lorca, poeta
granadino, para notar la abundancia
de diminutivos en el habla andaluza.
A veces cuando oímos: Voy a tomarme
un cafelito o una cervecita, o Mijita,
date prisita, salimos ahora mismito,
el uso del diminutivo nos parece
excesivo o prescindible pero no hay
que perder de vista que también
tiene sus funciones pragmáticas
como la emotiva, apelativa, irónica,
intensificadora o, simplemente, sirve
de “adorno”. Los diminutivos se
reiteran en las canciones analizadas:
Con esa rastita que vacilan una
jarta; Solo quiero sentir una mijita
de libertad; aquí estaremos a gustito;
te enseñaré la vida en el campito
(O’Funki’llo);
Quiero estar contigo y en una casita y
en un lugar prohibido; entre tu sonrisa
y tus ojitos negros (Son Andaluz);
Vino Papa Noel la noche de
nochebuena y me dejó un regalito
junto a la candela (Los Deliqüentes).
Los ejemplos presentados en
el presente artículo muestran que
los grupos modernos de Andalucía
intentan mantener la tradición
flamenca y popularizar su habla
ReVue | Décembre 2011
en la cultura musical actual. Sin
embargo, si comparáramos las
canciones analizadas con las coplas,
probablemente observaríamos la
disminución del uso del andaluz.
Además, conviene poner de relieve
que las peculiaridades descritas
se confinan a las de carácter
mayoritariamente
fonológico.
A pesar de un repertorio léxico
exuberante del que disponen los
andaluces, en el habla de hoy se nota
que su uso, como el de todo tipo de
peculiaridades morfológicas, es cada
vez menor.
Concluyendo, el alma andaluza
puede expresarse tanto en los
maravillosos patios cordobeses,
los jardines de la Alhambra, los
espectáculos de flamenco, como
en el habla. Si es una expresión
viva de la tradición y cultura, ¿por
qué descartarla y burlarse de ella?
La región tan rica como Andalucía
¿qué sería sin sus locuciones, dichos,
diminutivos y “pereza articulatoria”?
El alma andaluza está también en su
habla y espero que no se pierda la
peculiaridad de ésta, porque si es así
se perderá una parte excepcional del
ser andaluz.
1 Cervantes, M., Don Quijote de la Mancha, Ediciones
Ibéricas, Madrid 1965, p. 28.
2 José María de Mena, El polémico dialecto andaluz,
Plaza & Janes Editoriales, Barcelona 1986, p. 29.
3 Carbonero, P., Habla Andaluza, identidad
cultural y medios de comunicación, en: Estudios de
Sociolingüística Andaluza, PUS, Sevilla 2003, p. 13
4 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español hablado
en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 9.
5 íbidem
6 Fernández Bellerín, M.C., El papel de la música
en la sociedad y en la educación, en: Revista Digital
Investigación y educación, número 23, 2006, p. 2.
7 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español hablado
en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 50.
8 Íbidem.
9 Íbidem.
10 Cano Aguilar, R., Algunas reflexiones sobre la
lengua española hablada en Andalucía, Universidad
de Sevilla, en: Cauce, Núm. 14-15, 1992, p. 47-50
11 Íbidem.
12 Íbidem.
13 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español
hablado en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 25.
14 Carbonero, P., Habla Andaluza, identidad
cultural y medios de comunicación, en: Estudios de
Sociolingüística Andaluza, PUS, Sevilla 2003, p. 126.
15 Heras Borrero, J., La gracia andaluza- o el gracioso
andaluz- : Aspectos lingüísticos y/o pragmáticos, en:
Galloso, M., Estudios en torno a la lengua y literatura
en Andalucía, Grupo Editorial Universitario, p. 13.
16 Íbidem.
17 Lapesa, R., Estudios de historia lingüística
española, Paraninfo, Madrid 1985, p. 256.
18 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español
hablado en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 129.
19 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español
hablado en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 155.
20 Íbidem.
21 Íbidem.
22 A. Zamora Vicente, Dialectología española,
Gredos, Madrid 1979, p. 313.
23 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español
hablado en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p. 147.
24 Narbona A., Cano R., Morillo R., El español
hablado en Andalucía, Ariel, Barcelona 1998, p.176.
25 José María de Mena, El polémico dialecto
andaluz, Plaza & Janes Editoriales, Barcelona 1986,
p. 135.
Table des
Littérature
matières
Section
italienne
ReVue
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Dall’unificazione ai giorni d’oggi
In 2011 the Italian celebrated the 150th anniversary of the Resurgence of their country. Still, not more than
45% of citizens know about this event and the polls state that the society does not feel united. This could be
caused by many differences between the north and the south, which accept regional affiliation, not national
status. At the same time, they reinforce mutual prejudice. In order to find the roots of all these resentment,
we should remember the facts, which made the Italian peninsula the Kingdom of Italy. Italy would have
not been what it is today, if not three important personas: Guiseppe Mazzini; Camillo Benso di Cavour and
Giuseppe Garibaldi.
Key words: nation, identity, unification, anniversary, independence
57
La camorra nella versione letteraria di Roberto Saviano
The article „La camorra nella versione letteraria di Roberto Saviano” deals with the image of the Camorra
in the works of Roberto Saviano. The first part describes the way the author reveals the true nature of the
organization, which often presents itself asthe just defender of the individual. It shows how the Camorra, by
offering work and tempitng with better life, leads people to humiliations and death. The second part presents how organized crime influences the whole territory of Campania and the local society. The third part
includes the description of how the organization deals with its adversaries. It also shows the experiences of
the author after writing ‘Gomorra”. The last part of the article includes conclusions from earlier discussions.
Key words: man, morality, values, Naples, Saviano
62
Fra lingua e dialetto
The present article was dedicated to the contemporary linguistic situation in Italy. This country perfectly
exemplifies a coexistence of two language systems: national one (together with its numerous varieties ) and
dialects. Their diatopic, diamesic and diaphasic varieties are very often described. It results from historical
events, first of all from the fact that Italy was not a single country but was divided into many different
states. It is estimated that in 1861, when the Italian Unification took place, only 2,5% of the society was
italophone. The situation has currently changed, however vocabulary, accent, intonation, pronunciation even
grammar habits change according to region. In the Italian context we should bear in mind that the standard
language is an abstract perfection unattainable by the majority of the society.
Key words: language, dialect, Italian, dialects’ future, bilingualism
ReVue | Décembre 2011
53
54
Culture
Nadia Hmaid
Dall’unificazione
ai giorni d’oggi
Esistono non ”cinque, quattro, tre Italie” ma ”una Italia”. Lo ha affermato il Presidente della Repubblica
Giorgio Napolitano citando Giuseppe Mazzini, nel suo
intervento alla Camera in occasione della celebrazione
dei centocinquanta anni dell’unità del paese.
E
siste solo un’Italia, ma meno
del 45% dei diciottenni italiani sa che nel 2011 ricorre
il 150° anniversario dell’unità del
loro paese. Dai sondaggi emerge
che i ragazzi tra i 18 e i 25 anni
non si sentono coinvolti personalmente in questa celebrazione perché, a differenza degli adulti, solo
un ragazzo su due ritiene che
si tratti di una tematica attuale.
Sor-
Photo libre
prendentemente, sono i giovani a
mettere in risalto il lato economico,
evidenziando un eccessivo peso economico sociale alle celebrazioni del rito
patriottico. Meno interessati, oppure
più responsabili? O forse si tratta solo di
disinteresse e insensibilità. Gli italiani si
sentono veramente uniti? Oppure, fatta
l’Italia bisogna fare gli italiani? Alla
pari di Massimo d’Azeglio ci poniamo
questo quesito. Un evento patriottico
dovrebbe risvegliare l’orgoglio di essere
italiani, ma alla luce del sondaggio, il
popolo non si sente unificato. Le divisioni e differenze tra il Nord e il Sud
marcano un senso di appartenenza più
regionale che nazionale, che si consolidano in molti pregiudizi reciproci. Per scovare le radici di tutti
questi dubbi bisogna fare
un salto nel passato e ripercorrere gli eventi che fecero
della penisola italiana un’unica
nazione.
È opinione comunemente
accettata che la rivoluzione francese
mutò il volto dell’Europa Occidentale.
Essa sembrò, in un primo tempo, una
questione riguardante esclusivamente i
francesi: in realtà diede il primo
ReVue | Décembre 2011
Culture
impulso all’unificazione. Napoleone
fece il suo primo ingresso in Italia nel
1796 sconfiggendo prima i piemontesi,
poi gli austriaci a Lodi, aprendosi le
porte di Milano. Successivamente fu la
volta di Venezia, Genova, delle legazioni
pontificie e di una parte della Toscana.
Questi territori costituirono la
Repubblica
Cispadana
e
Transpadana,
e
successivamente si
u n i r o n o
proclamando
la
Repubblica
Cisalpina
con
capitale Milano e la
bandiera tricolore
come
simbolo.
Napoleone stabilì
l’ordine
italiano
firmando il 18 ottobre 1797 il trattato
di Campoformio con gli austriaci. Una
conseguenza di questo accordo fu la
fine della Repubblica di Venezia. Lo
stato veneto veniva infatti ceduto,
insieme all’Istria e alla Dalmazia,
all’Arciducato d’Austria, che, in cambio,
riconobbe la Repubblica Cisalpina. Alla
Francia furono assegnate tutte le isole
Ionie. La presenza di Napoleone portò
molti cambiamenti: nacque la pubblica
amministrazione e venne rinnovata
l’economia con l’ingrandimento del
ceto borghese e la promozione del
capitalismo. Inoltre, grazie al
cambiamento del sistema fiscale furono
gettate le basi per l’industria. Durante
il suo soggiorno, il codice civile
napoleonico e con esso il matrimonio
civile, l’uguaglianza dei cittadini e di
tutte le fedi davanti alla legge,
l’istruzione laica, la libertà di stampa e
la libertà di culto per gli ebrei vennero
adottate in Italia, i, assieme
all’introduzione della lingua francese.
Inoltre la politica napoleonica rese i
territori italiani dipendenti dagli
interessi francesi, con pesanti tributi
finanziari e requisizioni. Il 26 gennaio
del 1802 venne proclamata la
Repubblica italiana con la capitale a
Milano. Il presidente diventò il primo
console di Francia, al quale apparteneva
il potere esecutivo. Egli nel 1802 fu
incoronato Imperatore dei francesi e di
seguito di questa incresciosa situazione
creatasi, il 6 aprile Napoleone abdicò e
fu mandato in esilio sull’isola d’Elba.
Dopo questi eventi, fu ridisegnata la
carta politica europea e in particolare
quella italiana. L’Italia fu divisa in:
Regno di Sardegna, Viceregno
Lombardo-Veneto, Ducato di ParmaP i a c en z a - G u a s t a l l a ,
Ducato di ModenaReggio
Emilia,
Granducato di Toscana,
Stato Pontificio, Regno
delle Due Sicilie. Nel
1830-31 il fallimento dei
moti carbonari diede
inizio a una crisi delle
società segrete. Giuseppe
Mazzini nella veste di
nuovo rappresentante
propose un moderno
modo di agire. La figura di Mazzini
rappresenta il lato teorico e filosofico
della rivoluzione italiana: egli passò
quasi tutta la vita in esilio, dove fondò
numerose associazioni tra cui la Giovine
Italia e la Giovine Europa. La filosofia
del pensiero mazziniano era incentrata
sul fatto che gli italiani dovevano
contare su se stessi, e non attendere
dall’estero la propria liberazione. Egli
credeva che l’unificazione non doveva
essere una lotta territoriale, ma bensì
una lotta spirituale,; per fare questo
occorreva illuminare ”le coscienze”
degli italianispingendole a muoversi
verso questo nuovo modo di intendere
il concetto di unificazione. Tutte le
classi sociali dovevano essere a
conoscenza dell’ideale di unificazione
ed avere pari diritti.. Mazzini credeva
nell’uguaglianza, nella democrazia e
non tollerava gli abusi di forza, si
esprimeva a favore della classe operaia
ed era a favore del suffragio universale.
Il suo progetto di unificazione
riguardava anche l’Europa e quindi
l’unione fra popoli e nazioni.
Esiste solo un`Italia, ma
meno del 45% dei diciottenni
italiani sa che nel 2011
ricorre il 150° anniversario
dell’unita del loro paese
conseguenza divenne il Re d’Italia
trasformando la Repubblica in un
Regno. Nel 1820 nacquero i primi
movimenti patriotici. Il primo e il più
famoso fu la società dei Carbonari,
un’organizzazione segreta napoletana, i
cui membri usavano un linguaggio
segreto per comunicare fra di loro. Le
prime rivolte furono organizzate a
Napoli; successivamente si espansero
anche a Torino e in altre parti della
penisola italiana e molte si conclusero
con successi sul campo. Le rivolte
avevano come scopo principale quello
di ottenere un parlamento e una
costituzione fondata sul sistema
rappresentativo. Il 1812 fu un anno
nero per il Reil quale sempre più
minacciato dalla potenza inglese,
doveva far fronte all’aumento dei
problemi nazionali ed esteri. In Italia si
creò un malcontento generale sempre
maggioreche si manifestò in un
aumento delle rivolte. Nello stesso
anno il fallimento della famosa
campagna napoleonica in Russia
peggiorò la situazione interna. A
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55
56
Culture
L’unificazione è stato un processo
lungo che può essere suddiviso in varie
fasi. La prima guerra d’indipendenza
ebbe luogo nel 1848 e cominciò con le
insurrezioni in Sicilia; il nucleo della
rivolta furono però le famose cinque
giornate di Milano (dal 18 al 23 marzo)
che si conclusero con l’allontanamento
degli austriaci e e conla dichiarazione
di guerra da parte dei piemontesi
contro questi ultimi. Durante la
seconda guerra d’indipendenza, che si
svolse dal 1859 al 1861, un ruolo
Cavour andava oltre: era convinto che,
se si fosse riusciti a far diventare tale
regione uno stato, questa sarebbe
diventata una premessa per
l’unificazione. Nel 1858, a Plombières,
la Francia e il Piemonte stipularono un
accordo in base al quale, in caso di
guerra, la Francia avrebbe sostenuto le
truppe piemontesi. L’episodio chiave
della seconda guerra d’indipendenza
fu la spedizione dei Mille con a capo
Giuseppe Garibaldi, una figura simbolo
e fondamentale per l’Italia di quei
Nel 1861 la carta geografica
dell’Italia era quasi completa, ad
eccezione del Veneto e di Roma...
importante fu svolto da Camillo Benso
conte di Cavour, il quale nel 1852
divenne presidente del Consiglio. Egli
diede al governo un aspetto liberale,
curando il lato economico della
rivoluzione. Cavour nacque a Torino,
ma passò molto tempo in Svizzera
diventando uno delle persone più
ricche in Italia, grazie a delle azioni
bancarie. Vedeva il Piemonte come
motore dell’unificazione, e la rese una
delle regioni più benestanti grazie ad
alcune riforme fortemente volute e
attuate da lui. Poiché credeva nella
forza economica di uno stato, ridusse il
numero dei giorni liberi, modificò
alcune leggi permettendo la scomparsa
dei privilegimigliorò l’agricoltura
introducendo i concimi chimici e
stipulando una serie di contratti per lo
scambio delle merci con Francia, Belgio
e Olanda. Rinnovò il sistema bancario:
grazie a lui fu fondata la Banca
Nazionale. Grazie a queste riforme il
Piemonte visse un periodo di forte
crescita economica. Il pensiero di
ReVue | Décembre 2011
tempi. Nel 1860a capo del corpo dei
volontari denominati ”Cacciatori delle
Api”, Garibaldi partì dalla spiaggia di
Quarto in Liguria e sbarcò presso
Marsala in Sicilia, conquistando il
Regno delle Due Sicilie. Alla spedizione
parteciparono 1162 uomini e una
donna. Il più giovane dei volontari fu
un bambino di 10 anni. La storia
ricorda Garibaldi come un marinaio e
un soldato di grande animo ribelle e
spirito guerriero, che si batteva per la
democrazia e l’indipendenza. Non
aveva coscienza politica, faceva parte
della “Giovine Italia” del tutto
casualmente, e veniva chiamato l’eroe
dei due mondi perché il suo contributo
si estese anche in molti paesi
dell’America meridionale, aiutandoli
con il suo apporto ad unificarsi. Era un
guerriero molto amato dai soldati e le
donne avevano un debole per lui e per
il suo fascino. Nel 1861 la carta
geografica dell’Italia era quasi
completa, ad eccezione del Veneto e di
Roma con i suoi territori circostanti. Il
18 febbraio, si riunì a Torino il
Parlamento, per dar vita alla
legiferazione, grazie alla quale, il 17
marzo, Vittorio Emanuele II fu nominato
Re d’Italia. La terza guerra
d’indipendenza ebbe inizio nel 1866.
La Prussia presentò una richiesta
formale all’Italia contro l’Austria,
offrendo al nuovo regno l’opportunità
di annettere il Veneto.La vittoria della
Prussia permise di includere quasi tutto
il Friuli e il desiderato Veneto. Nel corso
dei quattro anni seguenti, si
susseguirono una serie di tentativi
mirati ad occupare Roma, tutte
conclusesi con degli insuccessi. Il 20
settembre 1870 q le truppe del
generale Lamarmora giunsero sotto le
mura della città e, aperta una breccia
nei pressi di Porta Pia, occuparono l’
Urbe, che nell’anno seguente fu
proclamata capitale del regno.
Nonostante l’annessione forzata, il
Papa poteva svolgere la sua funzione di
capo della chiesa cattolica, e venne
riconosciuta la extraterritorialità della
Città Leonina (futura Città del Vaticano),
del Laterano e del Castel Gandolfo.
L’Italia ai giorni d’oggi è uno stato
abitato da vari “popoli” che hanno usi
e costumi diversi, ma questo deve
essere un punto di forza e di unione,
ma non di divisione. E, ripensando a
quei giorni così importanti della storia
dell’unificazione, molti italiani, pur non
sentendosi del tutto tali, dovrebbero
mettere da parte le divisioni esistenti e,
prendendo spunto dal passato, tentare
di impedire il tracollo economico e
finanziario del Paese.
1 Ugo G., ”La piccola storia d’Italia”, Guerra Edizioni,
Perugia 1994, pp. 92-111
2 Di Stefano P., “I giovani e l’Unità d’Italia
dimenticata”, artykuł z dnia 10.11.2009, za stroną
internetową www.corriere.it
3 Ruggero R. e Corrado V.,”Storia d’Italia”W: Dal
primo settecento all’unità,T.3. Giulio Einaudi Editore
S.P.A,Torino 1973, s. 251-285
Littérature
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Photo libre
Carmela Gentile
La camorra nella versione
letteraria di Roberto Saviano
Nella letteratura troviamo spesso esempi di combattenti fuorilegge, che lottano con lo scopo
di difendere gli interessi della gente delle classi sociali inferiori, esposte inermi allo sfruttamento da parte dei potenti. Gli anni passano, i sistemi cambiano, ma le differenze tra poveri
e ricchi esistono e forse esisteranno per sempre.
A
nche oggi si possono trovare esempi di moderni Robin Hood,
che pensano soprattutto al
bene dei più poveri, a costo di violare
una legge a volte ingiusta, che con le
sue procedure limita l’uomo semplice
e non gli consente di diventare felice.
A prima vista contemporanei paladini
della foresta di Sherwood potrebbero
apparire le organizzazioni criminali
italiane, considerate dalle fasce di
popolazione più deboli l’unica fonte
di lavoro e di impulso all’economia
regionale, spesso dimenticata dalle
autorità centrali. Questa apparenza è
falsa. Una delle prove che lo accerta
è di sicuro l’attività letteriaria di Roberto Saviano.
Smascheramento del mito
L’autore di “Gomorra” cerca di mostrare al mondo la realtà della criminalità
organizzata distruggendo totalmente
ReVue | Décembre 2011
58
Littérature
il quadro che la camorra vuol dare
di sé. Saviano dimostra che l’aiuto
che questa fornisce è superficiale. In
primo luogo il Sistema, come viene
spesso chiamata la camorra, si presenta come un datore di lavoro, che aiuta
i disoccupati campani dando loro un
impiego, che invece lo stato non gli ha
fornito. Saviano parla di questo aspetto e sottolinea che lavorare per la
camorra non è sicuro né gratificante.
Uno dei settori descritti in “Gomorra”
è l’edilizia. La camorra, secondo il libro, ha conquistato quasi tutto il settore edile campano soprattutto grazie
alla rapidità delle realizzazioni dei progetti. Ciò però comporta gravi conseguenze. Si può leggere che: Di lavoro
si muore. In continuazione. La velocità
di costruzioni, la necessità di risparmiare su ogni tipo di sicurezza e su ogni
rispetto d’orario. Turni disumani novedodici ore al giorno compreso sabato e
domenica. Cento euro a settimana
la paga con lo straordinario notturno e domenicale di cinquanta
euro ogni dieci ore. I più giovani
se ne fanno anche quindici.
Magari tirando coca.(pp.237238), e in più: In sette mesi nei
cantieri a nord di Napoli sono morti
quindici operai edili.
Caduti,
finiti
ReVue | Décembre 2011
sotto pale meccaniche, o spiaccicati da
gru gestite da operai stremati dalle ore
di lavoro. Bisogna far presto. Anche se i
cantieri durano anni, le ditte in subappalto devono lasciar posto subito ad altre. Guadagnare, battere cassa e andare
altrove.(p. 237)1
Il lavoro in effetti c’è, però è degradante e distruttivo. In questa trappola cadono spesso anche i giovani,
che non avendo altre prospettive spesso si legano al mondo camorristico.
I ragazzi diventano affiliati o collaboratori del Sistema, le ragazze invece
cercano fidanzati tra uomini legati
alla camorra. Le donne dei camorristi
vogliono in questo modo alzare il
proprio status sociale e assicurarsi
un futuro migliore. I ragazzi invece
si legano alla camorra per mancanza
di lavoro senza la prospettiva di trovarlo in un altro modo. Spesso hanno
parenti nel clan, oppure sono figli di
lavoratori precari che non vogliono
scooter- un desiderio che con il salario
delle loro famiglie non potrebbero mai
esaudire. Dopo un po’, ricevono una
pistola. Il terzo grado, quasi da camorrista maturo, è la responsabilità di una
via del quartiere. I ragazzini controllano che i camion che riforniscono i
negozi della zona, siano quelli controllati dal clan. Anche la camorra ha
tanti vantaggi
nell’ assumere i giovanissimi: un ragazzino prende meno della metà dello
stipendio di un affiliato adulto di basso
rango, raramente deve mantenere i
genitori, non ha le incombenze di una
famiglia, non ha orari, non ha necessità di un salario puntuale e soprattutto è disposto a essere perennemente
per strada.(p.119) Tutte e due le parti
guadagnano e il Sistema risponde
perfettamente alle aspettative e ai bisogni di un giovane. In questo modo
piccoli spacciatori diventano la base
di un’organizzazione criminale, che
condividere lo stile di vita dei genitori. Il sistema li fa guadagnare,
l’attività che svolgono li fa sentire più
sicuri. Già i dodicenni aiutano a spacciare droga. In cambio ricevono uno
senza di loro non funzionerebbe così bene.
Ma molti ragazzi non procedono nella “carriera”.
Sono quelli che non hanno
talento commerciale e vengono
utilizzati soltanto per fare i corrieri di
hashish. Dopo circa venti spedizioni
ricevono in regalo la moto con cui trasportavano la droga.
L’avventura con la criminaltà
organizzata frequentemente finisce
molto male sia per le ragazze, sia per
i ragazzi. Le donne sono spesso condannate a vivere in solitudine, perché
Littérature
i loro mariti finiscono in prigione oppure vengono uccisi. Inoltre, durante le
guerre tra clan gli avversari spesso si
vendicano sulle famiglie dei criminali
stessi. In una tale situazione, anche le
donne possono essere in pericolo e le
accompagna la paura per sé e per i
loro cari. Gli uomini, invece, corrono
il rischio continuo di morire o di essere arrestati. I piccoli camorristi sono
chiamati da quelli più adulti “morti
parlanti”. Entrando nelle strutture
criminali, la loro vita è già persa.
Possiamo vedere allora, che
l’aiuto all’individuo è da parte del
Sistema soltanto un mezzo per arrivare ai propri scopi e non migliora
le condizioni dell’uomo. Anzi, spesso
porta morte e paura.
“Gomorra” lo descrive così: Ti senti
gonfio come dopo una mangiata o una
bevuta di pessimo vino. Una paura che
non esplode nei manifesti per strada o
sui quotidiani. Non ci sono invasioni o
cieli coperti di aerei, è una guerra che
ti senti dentro. Quasi come una fobia.
Non sai se mostrare la paura o invece
nasconderla. Non riesci a comprendere
se stai esagerando o sottovalutando.
Non ci sono sirene d’allarme, ma arrivano le informazioni più discordanti.
Dicono che la guerra di camorra sia tra
bande, che si ammazzano tra loro. Ma
nessuno sa dove si trovano i confini tra
ciò che è loro e ciò che non lo è. Le camionette dei carabinieri, i posti di blocco di polizia, gli elicotteri che iniziano
a sorvolare a ogni ora, non rasserenano,
mai chi sarà la prossima vittima di una
sparatoria. Si sente l’ansia. La gente
per strada è particolarmente attenta
a quello che fa, quali posti frequenta,
con chi parla e di che cosa. Deve accertarsi che l’interlocutore sia fuori
da ogni sospetto. Si potrebbe morire,
questa è la preoccupazione maggiore.
Le persone si sentono in trappola e non
sono tranquillizzate dalle azioni delle
forze pubbliche. Questo stato rende
impossibile la vita normale, per non
parlare della felicità, tanto promessa
dal Sistema.
Purtroppo la lista di problemi legati alla presenza della camorra a Napoli e nei comuni vicini non termina
qui. Saviano scrive fra l’altro dei vestiti firmati, ma confezionati a basso
sembrano quasi restringere il campo.
Sottraggono spazio. Non rassicurano.
Circoscrivono e rendono lo spazio mortale della lotta ancora più angusto. E ci
si sente intrappolati, spalla a spalla, trovando insopportabile il calore dell’altro.
(p.105)
Non si sa di chi fidarsi, e neppure
se il rischio sia veramente reale, o sia
soltanto un’esagerazione. Non si sa
prezzo negli stabilimenti vicino Napoli.
I sarti impiegati non ricevono dunque
una paga adeguata. La camorra tende
in generale a controllare il commercio, per esempio cercando di avere
il monopolio per il rifornimento dei
negozi. Nel libro si parla anche del
controllo della camorra sulla produzione e distribuzione di prodotti alimentari, come la mozzarella. Settori come
Terra contaminata
Si potrebbe pensare a questo punto
che forse l’attività
d el l a
camorra, anche se nuoce all’individuo,
contribuisce allo sviluppo della regione
in generale. Saviano ci dimostra che
non è così. Il Sistema distribuisce in
Campania la droga, che rende dipendenti un numero sempre più elevato di
persone. A causa del traffico di armi
le guerre tra le famiglie camorristiche,
che se ne contengono la gestione,
sono sempre più sanguinose. Accade
anche che vengono uccisi uomini, che
non avevano niente a che fare con il
crimine. Per questo la gente del luogo
si sente terrorrizzata durante i periodi
degli scontri a fuoco. Il narratore di
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Littérature
Chi decide di denunciare un camorrista costringe gli
altri a riflettere sulla loro moralità, gli fa nascere dubbi
o rimorsi di coscienza. La gente generalmente lo teme,
ma teme di più la camorra, per questo preferisce evitare l’argomento e stare lontano da chi ha superato il
timore della vendetta del clan
l’edilizia e la rimozione dei rifiuti sono
dominati da affari illegali. Persino i
fondi che dovevano aiutare a ricostruire le case dopo due disastri naturali
in Campania: il terremoto degli anni
’80 e l’alluvione del 1998 sono stati
intercettati in gran parte dai clan allora dirigenti. Si vede perfettamente
che le attività camorristiche non solo
non fanno sviluppare la regione, ma
portano persino al suo sempre più
profondo arretramento, perché tendono ad impedire che qualcuno possa
aprire un’impresa privata senza il permesso del Sistema. La camorra vuole
avere il controllo assoluto e vediamo
un’altra volta come sfrutta i suoi
lavoratori. L’organizzazione campana
è fonte continua di morte: attraverso il
traffico di armi e di droga, per la mancanza di sicurezza nei cantieri, per
l’illecita gestione legata allo smaltimento dei rifiuti tossici e non, causa
di gravi patologie. A tale proposito
Saviano riferisce che le malformazioni
congenite in Campania sono lievitate
dell’ 84% e i tumori del 24%. In tutta
la regione a causa del cancro c’è una
media di 7172,5 morti all’anno.2
Si vede allora che i luoghi dove
è nata la camorra hanno subito e
subiscono contiuamente delle ingi-
ReVue | Décembre 2011
ustizie. Dolore e paura sono onnipresenti, hanno cambiato completamente
questa terra, che ispirava vari artisti e
scrittori. Tanta gente si è ormai rassegnata a soffrire non ha voglia di cambiare niente. Crede che la camorra non
si possa combattere e che si debba
vivere come se questa non esistesse.
Ma c’è però chi sente l’obbligo morale
di agire, andando purtroppo incontro
a sgradevoli, spesso tragiche conseguenze.
Eroi chiamati traditori
Uno dei più famosi oppositori della
camorra è stato padre Giuseppe Diana,
chiamato don Peppino Diana. Questo
sacerdote della chiesa di Casal di Principe, per evitare che la sua terra continuasse a sprofondare nel degrado, ha
costruito un centro di accoglienza per
gli immigrati in modo che non fossero
contagiati dalla camorra, e ha organizzato marce anti-sistema. Don Peppino ha combattuto con i fatti e con le
parole . Ha scritto un documento dal
titolo “Per l’amore del mio popolo non
tacerò”, che è stato firmato da tutti
i sacerdoti del suo paese. In questo
manifesto Don Diana elenca tutte le
attività illecite del Sistema e fa vedere
a che cosa possono portare. In più incoraggia la popolazione e gli altri preti
ad esprimere apertamente la propria
condanna alla camorra, per aiutare la
propria terra e renderla migliore. Parla
della denuncia come un’occasione per
produrre nuova coscienza nel segno
della giustizia, della solidarietà dei
valori etici e civili. (p.246) Lo scopo
di “Per l’amore del mio popolo non
tacerò” e di tutta l’attività di don
Peppino non era battere la camorra,
ma l’obiettivo era invece comprendere,
trasformare, testimoniare, denunciare,
fare l’elettrocardiogramma al cuore
del potere economico come un modo
per comprendere come spaccare il miocardio dell’egemonia dei clan. (p.250)
Il sacerdote ha sottolineato tante
volte che la camorra non ha niente
a che fare con la religiosità, anche se
con la sua terminologia e certi gesti
vuole mostrare il contrario. Questo
era, secondo il Sistema, il suo reato
più grande, a causa del quale il prete
doveva morire. Don Giuseppe Diana è
stato assassinato il 19 marzo del 1994
nella sala riunioni della chiesa. Dopo
la sua morte certi quotidiani hanno
cercato di distruggere la sua immagine, forse per giustificare lievemente il
clan sospettato di aver ucciso il prete.
Littérature
Si è parlato dei suoi contatti con il
Sistema e si è insinuato che avesse
delle amanti. In tal modo si è cercato
di trovare in lui una colpa, come se
fosse stato ucciso per essere in qualche modo punito. Si vede allora che
chi decide di combattere contro la
camorra deve essere pronto a morire
e persino dopo la morte non è rispettato come persona che ha sacrificato
la propria vita per rendere migliore la
vita di molti
Qui bisogna sottolineare a qual
punto la camorra ha imposto alla società locale i suoi modi di pensare e i
suoi valori. Se qualcuno cerca di comportarsi secondo la propria coscienza,
viene escluso dalla comunità. Don
Peppino era un’autorità per gli abitanti di Casal di Principe e il Sistema ha
provato a distruggere la sua immagine
soltanto dopo la sua morte. C’è chi
è costretto a vivere in solitudine e in
continua paura, perché ha violato le
regole della camorra. Una di queste è,
per esempio, il divieto di testimoniare.
Quello che “parla” rimane isolato dal
resto della comunità, perché succede
che le persone che ti girano vicino si
sentono in difficoltà, si sentono scoperte dallo sguardo di chi ha rinunciato
alle regole della vita stessa, che loro
invece hanno totalmente accettato(...)
perché è così che è sempre andato
(p.307) Chi decide di denunciare un
camorrista costringe gli altri a riflettere sulla loro moralità, gli fa nascere
dubbi o rimorsi di coscienza. La gente
generalmente lo teme, ma teme di
più la camorra, per questo preferisce
evitare l’argomento e stare lontano da
chi ha superato il timore della vendetta del clan.
In “Gomorra” l’autore menziona
una giovane donna che, a causa della
decisione di cooperare con le forze
dell’ordine, deve pagare l’alto prezzo
di rinunciare al suo vissuto, ai suoi af-
fetti e ai suoi beni. Deve abituarsi a vivere in solitudine, senza amici, abbandonata da una parte della famiglia e
dal fidanzato, che la lascia poco tempo
prima del matrimonio. Viene licenziata
dal lavoro e trasferita sotto la scorta
della polizia in un luogo segreto. Resta
sola.
La figura più tragica è però di sicuro quella del narratore di “Gomorra”, che è nello stesso tempo l’autore
del libro. Roberto Saviano ha sacrificato veramente tanto per raccogliere
il materiale per la sua opera e subisce
gravissime conseguenze dopo la pubblicazione di essa. Dal momento in
cui il libro è stato pubblicato con successo Saviano vive cambiando spesso
alloggio. Succede frequentemente che
i proprietari degli appartamenti non
vogliono affittarglieli o gli impongono
un affitto molto più alto del solito. Se
deve abitare in un hotel non può nemmeno aprire la finestra. Spesso dorme
anche nelle caserme dei carabinieri.
Oltre alla vita in esilio, Saviano
deve misurarsi con la critica, con le
accuse e le calunnie. Molte voci cercano di negare la verità descritta in
“Gomorra”, ma non mancano neanche
insulti personali. Il giovane scrittore
ha letto le varie opinioni espresse su
di lui tra le quali, il sospetto che non
sia lui l’autore del libro, che sia solo
un cialtrone che lavora per qualche
politico, che pensa solo alla fama e ai
soldi. E nel suo paese natale sono apparse scritte sui muri come “Saviano
verme” e un enorme bara con il suo
nome.
Saviano ha sofferto molto a causa
di tutto questo, ma la sua attività ha
aiutato tanta gente a conoscere e
capire il problema della camorra. Lui
continua a scrivere e non ha paura della morte: Ho avuto e ho tante paure,
ma quella di morire non la avverto
quasi mai. La peggiore delle mie paure,
quella che mi assilla di continuo è che
riescano a diffamarmi, a distruggere la
mia credibilità, a infangare ciò per cui
mi sono speso e ho pagato.3
Fine delle apparenze
Il paladino che si oppone all’ingiustizia
e vuole aiutare la gente che ne ha
bisogno, non è, come abbiamo visto,
la camorra, ma qualcuno che combatte contro di lei. L’arma più forte
in questo caso è la parola. Grazie al
suo uso un solo uomo è riuscito a superare l’omertà. Saviano dà coraggio
e fa nascere la speranza che anche
una singola persona, un individuo
così duramente criticato e a prima
vista impotente, possa far tremare
un’organizzazione così ben costruita e
così potente. E forse allora non sarà
più un sogno credere che in Campania ed in tutto il mondo, dove è
presente la camorra, vinca la verità e
che il dolore della gente causato dalla
criminalità organizzata scompaia per
sempre.
1 Tutte le citazioni con la pagina indicata fra
parentesi saranno tratte da Saviano R.: “Gomorra”
Mondadori, Milano 2006
2 Saviano R. “Lettera alla mia terra” La Repubblica
22.09.2008r.
3 Saviano R. “La bellezza e l’inferno” Mondadori,
Milano 2009
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Littérature
Linguistique
Fra lingua e dialetto
Magdalena
Szczepanik
In Italia la situazione linguistica è molto particolare, infatti coesistono due sistemi linguistici: la lingua e i dialetti, il che fino ad oggi suscita accese polemiche. Basta prendere
in considerazione le ultime notizie provenienti dalla Sicilia, dove negli ultimi giorni il dibattito
riguardante l’uso del dialetto è risorto a causa dell’approvazione della legge che consente
l’insegnamento del dialetto, della letteratura e della storia siciliana nelle scuole. Ovviamente il caso della Sicilia non è l’unico esempio di tale iniziativa nella Penisola. A proposito
di tale discussione si parla non soltanto del rapporto lingua – dialetto, del plurilinguismo
italiano, di una miriade di dialetti italoromanzi, ma anche della vitalità di questi ultimi.
La lingua e il dialetto
inferiore dell’espressione.
Nel corso del presente articolo saranno
usati due termini – la lingua e il
dialetto. Secondo J.R. Firth il primo
termine “ha una funzione sociale,
sia come mezzo di comunicazione
sia come modo di identificazione
dei gruppi sociali”1. R. Hudson, un
altro linguista, aggiunge che la lingua
“è in se stessa una nozione sociale, dal
momento che tale lingua X è definita
in termini di un gruppo di individui che
la parlano”2.
La spiegazione del concetto del
dialetto non è molto diversa, basta
menzionare l’origine greca di tale
parola: διάλεκτος, letteralmente
“discussione”3, il che sottolinea
l’intrinseco legame con la società. Nel
XII – XIII secolo, la parola ha assunto
funzione territoriale, esprimendo così
l’identità degli utenti. Vale la pena
rimarcare che dapprincipio il dialetto
non era considerato come il modo
Si noti che i due concetti, essendo in
stretta correlazione, sono molto simili. In
ottica di E. Coşeriu4, dal punto di vista
grammaticale, non si possono osservare
differenze tra gli stessi. Tutti e due hanno
i sistemi fonetici, morfologici e sintattici
ben formati e potrebbero essere esaminati
in quanto due lingue diverse. Secondo
l’esperto menzionato, le divergenze si
possono distinguere soltanto al livello
funzionale, testuale e semiologico.
Vale la pena affermare che non
esiste un tratto caratteristico, il quale
renderebbe la definizione del dialetto
inequivocabilmente diversa dalla
lingua. Entrambi vocaboli appaiono
molto omogenei. Per sapere se si tratta di
lingua o di dialetto si deve prendere in
considerazione tutti i fattori più avanti
elencati.
Nella penisola tricolore sono state
approvate due accezioni del dialetto5.
Secondo la prima, esso è il “codice
distinto dalla lingua nazionale, che, anche
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se storicamente imparentato con questa,
non è una sua filiazione o degenerazione”6.
È importante affermare che tutti i dialetti
italiani si sono formati contestualmente
nello stesso periodo in seguito alle
peculiarità politiche e socio–culturali. In
data odierna vige la consapevolezza degli
studiosi che il dialetto è la forma corrotta
dell’italiano o lo scadimento di esso. Va
sottolineato che dal punto di vista storico
tale parere è totalmente erroneo. Basta
osservare il fatto che la lingua italiana
è solo l’evolversi del dialetto toscano, il
quale nel XV secolo, è stato promosso al
rango di lingua nazionale a causa della
“questione di lingua”, la tesi già avallata
anche precedentemente nel XIV secolo dal
sommo vate Dante Alighieri.
La seconda definizione si basa sui
criteri sociolinguistici, secondo i quali la
differenza tra la lingua e il dialetto consiste
nella quantità delle persone che usano
una data lingua.
G. Berruto presenta
il dialetto in quanto “uno strumento di
comunicazione linguistica, di ambito ed
Linguistique
impiego demograficamente più ristretto
che la lingua”7. Da quest’affermazione
emergono ancora due altri fenomeni
legati strettamente alla lingua intercomprensibilità e prestigio sociale.
Il dialetto è considerato dalla maggior
parte della società come una forma di
pessima espressione, non adeguata agli
utenti più colti. Il parlare, che gode del
più grande prestigio, si caratterizza del più
grande livello dell’intercomprensibilità tra
gli utenti. Gli stessi capiscono la lingua
italiana standard, mentre la persona che
usa soltanto la lingua italiana non capirà
mai per esempio il napoletano.
Per M. Loporcaro, il dialetto “è
utilizzato per disegnare una varietà
linguistica
non
standardizzata,
tendenzialmente ristretta all’uso orale
entro una comunità locale ed esclusa
dagli impieghi formali ed istituzionali”8. Si
osservi che la prima affermazione è molto
importante. I dialetti, che in maggior parte
esistono solamente nell’uso orale, non
formano mai le varietà standard, anche
se a volte accade che sono codificati. Non
possedendo la normalizzazione accettata,
non possono essere approvati da un
ordinamento statale, il che significa che
il dialetto non può svolgere le funzioni
ufficiali, nonché non dovrebbe essere
insegnato a scuola. A tal proposito, G.
Berruto9 conclude tale differenza tra i due
concetti esaminati con una boutade: “le
lingue non sono altro che dialetti con un
esercito”10.
Va notato che un altro tratto distintivo
tra la lingua e il dialetto è legato alle aree
geografiche in cui essi operano. La lingua è
il mezzo del parlare interregionale, accolto
sia all’interno dello Stato che all’estero. Il
dialetto è caratterizzato dalla dimensione
geografica inferiore rispetto alla lingua, di
solito esso compare in ambiti limitati, come
per esempio
un villaggio o una regione.
Il fenomeno menzionato attinente
ai rapporti areali e territoriali di una
lingua viene chiamato da U. Ammon11
Überdachung (copertura), il che significa
che la lingua, in un determinato luogo,
include sotto di sé le varietà linguistiche
che sono strettamente legate con essa
grazie alla parentela genealogica. In questo
caso la varietà possedente la copertura è
chiamata Dachsprache (lingua tetto). Il
caso contrario si chiama Dachlos (senza
tetto) e in realtà è molto raro. Di solito con
tale fenomeno abbiamo a che fare quando
utenti di un dialetto non possono studiare
a scuola la lingua standard, per cui, in
teoria, il loro dialetto non ha “il tetto”.
Conviene rilevare che i dialetti italiani,
avendo “il tetto linguistico”, costruiscono
il primo esempio. Le riflessioni fatte ci
spingono a citare un’altra definizione di G.
Berruto: “la lingua è un insieme di varietà
linguistiche, in cui una varietà standard
copre tutte le altre e nessuna delle varietà
coperte ha un grado più che medio di
dissimilarità dalla varietà tetto”12. Questa
conclusione è legata all’osservazione di
M. Cortelazzo: “dialetto è una variante
oppositiva, sezionale, collettiva e naturale
di una lingua”13.
Tenendo conto dalla pluralità dei
punti di vista riguardanti la definizione
di entrambi, si arriva alla conclusione che
non è semplice definirli in modo assoluto
e rigoroso.
Per capire i confini tra gli stessi si
devono prendere in considerazione i fattori
sia linguistici che extralinguistici.
La nascita dei dialetti e della lingua italiana
Avendo stabilito il criterio di distinzione
tra la lingua e il dialetto, si può passare
all’analisi della situazione linguistica
in Italia14. Inizialmente è necessario
fare una considerazione preliminare: in
realtà la lingua italiana è un surrogato
del dialetto, il quale nel XV secolo si
è assunto al rango di lingua nazionale
in conseguenza delle vicende politicoculturali. Per questa ragione prima si parla
della nascita dei dialetti.
Conformemente
alla
“teoria
Nella tabella di sotto si trova la sintesi delle divergenze tra il dialetto e la lingua:
LA LINGUA
IL DIALETTO
il fatto sociale
il mezzo di identificazione
i sistemi fonetici, morfologici e sintattici ben formati
standardizzata
possiede ordinamento statale
uso scritto e orale
la dimensione più grande
formale, istituzionale
non standardizzato
non possiede ordinamento statale
uso orale (di solito)
la dimensione più piccola
informale, colloquiale,
prestigio sociale
insegnata a scuola
mezzo di comunicazione interregionale
grande intercomprensibilità
linguisticamente dominante
la mancanza del prestigio sociale
non è insegnato a scuola
mezzo di comunicazione regionale
poca intercomprensibilità
linguisticamente inferiore
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Linguistique
del sostrato”15, i dialetti hanno la
loro origine nelle parlate delle
popolazioni prelatine, le quali
durante la romanizzazione della
penisola, hanno trasmesso nel latino
tutti i tratti caratteristici delle loro
lingue originarie. La mappa che si
trova al di sotto presenta la variazione
linguistica in quel periodo:
Le lingue dell’Italia antica 16
Da ciò risulta che già durante la
prima unificazione linguistica nella
storia della penisola, la lingua latina
si differenziava regionalmente. A tal
proposito si osservi che sul territorio
italiano non era mai esistito il fenomeno
dell’unificazione linguistica assoluta.
In seguito all’espansione romana,
la lingua latina ha sempre avuto un
aspetto di grande predominanza e di
egemonia linguistica. Tuttavia, nello
stesso tempo si possono osservare le
prime tendenze alla divisione della
lingua latina in quella colta e quella
parlata dalla massa. Probabilmente,
tale situazione è stata cagionata da
ReVue | Décembre 2011
motivi tra l’altro come: la grandezza
dell’impero romano, lo scarso livello
d’istruzione, il contatto con altre lingue,
nonché la diffusione del Cristianesimo.
L’apice del fenomeno osservato
intercorre a cavallo dell’VIII e IX secolo,
in cui abbiamo le prime testimonianze
letterarie
della
disgregazione
linguistica. Tale applicazione della
lingua volgare alla
letteratura è il primo
cenno per l’approvazione
linguistica di questa
peculiarità fino ad allora
ancora poco sviluppata.
Da tal momento,
il latino comincia ad
essere considerato la
lingua della corte, della
letteratura,
della
scienza e della tecnica,
riservata alla gente più
istruita. La lingua della
plebe, chiamata il
latino parlato, non
colto o volgare17, si
caratterizzava
dalla
dinamicità,
dalla
flessibilità delle regole
e dalla mancanza di un
comune modello volgare
di riferimento.
Dal 476 fino all’unificazione
dell’Italia, avvenuta nel 1861, si può
notare la frantumazione del territorio
italiano, che era diviso in più Comuni
e Stati, completamente separati. In
aggiunta, nei primi secoli, a causa
dell’instabilità politica, si osserva la
mancanza degli scambi interpersonali.
Tutto questo ha rinsaldato che in
ogni regione, avente una cultura
socio-politica diversa, attecchisse un
proprio modo di parlare, un linguaggio
totalmente diverso anche da una
regione vicina, il dialetto regionale vero
e proprio. Per di più, anche all’interno
di ogni provincia si osservava il
fenomeno della diversificazione tra la
lingua parlata e scritta, la gente più
colta adoperava il mediolatino, invece
tutti coloro che usavano la lingua
soltanto oralmente, usavano la lingua
parlata locale – il volgare che subiva
sempre più mutamenti radicali senza
una norma codificatrice.
Ci si può immaginare che nel
corso di tutti i secoli, il sistema
linguistico nella Penisola Italiana
fosse pieno di divergenze, le quali, in
sostanza, si può ravvisare fino ai nostri
giorni.
Nel XV secolo a Firenze, che
in quel periodo era una città più
sviluppata, la culla della letteratura
e della cultura italiana, nasce la
discussione chiamata “questione della
lingua”, riguardante la scelta della
lingua della classe dominante e per
gli scrittori. In seguito a tale dibattito
il toscano diventa lingua conforme
alla norma linguistica, gli altri volgari
(prima chiamati “le lingue sorelle”18)
cominciano ad essere annoverati come
“peggiori”. Conseguentemente appare
per la prima volta l’uso del termine
“dialetto”. Secondo G. Marcato19,
codesto fenomeno ha luogo nel 1546
in opera di Niccolò Liburnio Occorenze
umane.
Progressivamente, il latino perde
pian piano la sua egemonia. Tuttavia,
tale scelta linguistica non ha posto fine
al continuo sviluppo delle peculiarità.
Secondo I. Beszterda per tanti decenni
la lingua italiana rappresentava
“l’appannaggio di una ristretta élite di
dotti, intellettuali e letterati, mentre il
resto della popolazione era confinato
nell’ambito dialettale”20, anche se
questi ultimi costituivano la violazione
dei principi normativi. Per confermarlo,
meritano di essere segnalati i calcoli
fatti nel momento dell’unificazione
dell’Italia. Secondo De Mauro21, nel
1861 soltanto il 2,5 % del popolo
Linguistique
conosceva la lingua italiana. Si affermi
che22: “gli italofoni erano concentrati
per oltre tre quinti in Toscana e a Roma,
(…) meno dell’1% della popolazione
conosceva (ossia scriveva e leggeva)
l’italiano”. Un altro studioso, A.
Castellani, si riferisce al numero tra il 9
e 12, 63 %23. Anche se i dati presentati
sono diversi, si nota ictu oculi che l’uso
dell’italiano non era affatto diffuso.
In tale situazione è giustificata
l’esigenza di possedere una lingua
comune che sarebbe stata comprensibile
per tutto il popolo. Il motto di M.
D’Azeglio e degli altri politici nel 1861
era “L’Italia è fatta, ora facciamo
gli italiani”24, il che era un’impresa
molto ardua considerando il bagaglio
storico-culturale portato da secoli
dagli italiani. L‘unico possibile rimedio
sembrava consistere nell’unità della
lingua. La classe dirigente si rendeva
conto del fatto che soltanto la lingua
poteva formare un tipo di legame tra
gli italiani, poteva esprimere l’identità
italiana, il che avrebbe garantito
anche la stabilità politica. Si deve
sottolineare che in quel tempo, a
causa sia della secolare frantumazione
politica della Penisola in tanti piccoli
regni che della frammentazione sociale
ed etnica, il concetto di nazione
era appena percepito dagli italiani.
Per risolvere il problema nel 1877 il
governo della Sinistra ha promulgato
la legge chiamata Coppino, la quale
poneva il rigore sull’obbligo scolastico
e serviva a dare le basi linguistiche
ai nuovi cittadini. In questo modo,
almeno nella lingua scritta e nelle
funzioni amministrative era usato
l’italiano. Tuttavia, si noti che fino
agli anni cinquanta circa il 60% degli
italiani abitualmente usava il dialetto,
mentre il 20% della popolazione non
parlava affatto la lingua italiana.25
Le varietà della lingua italiana
Prendendo spunto dalle informazioni
storiche sembra opportuno rimarcare che
tutti i processi sopraddetti, specialmente la
realtà storica e la discontinuità territoriale,
hanno provocato la nascita di una lingua
con molte varietà e sfumature, piena
dei particolarismi regionali.
Nessuna lingua umana costituisce
un’entità omogenea, il che significa
che essa presenta tante varietà. La maggior
parte degli studiosi è d’accordo che esse
si possono analizzare in sincronia tramite
seguenti assi (o dimensioni) di variazione:
diastratica (legata alle differenze
linguistiche tra i diversi strati socioculturali di una data società), diafasica (è
relativa all’uso della lingua nelle diverse
situazioni comunicative), diamesica
(riguarda le differenze linguistiche che
65
si basano sui mezzi di espressione e
comunicazione corrispondente al mezzo
di parlare o di scrivere), diatopica (è
una delle fondamentali assi linguistiche,
specialmente in Italia, corrisponde
alla diversa collocazione spaziale degli
utenti della lingua). Partendo da questa
divisione, va notato che nella lingua
italiana si possono osservare tutte e
quattro dimensioni sopraddette. Di solito
si distinguono nove sottotipi della lingua
italiana:
• Italiano standard letterario –
(lingua scritta) questione attinente alla
tradizione letteraria che è legata alla
norma prescrittiva, esso è disciplinato dalle
grammatiche.
• Italiano neo-standard – è definito
l ‘italiano dell’uso medio,
• Italiano parlato colloquiale
(lingua parlata) concernente la
La linea
RIMINI – SPEZIA
i dialetti d’Italia 29
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Linguistique
conversazione quotidiana,
• Italiano regionale popolare
(parlata, a volte scritta) riguardante
solitamente la gente non istruita,
• Italiano formale trascurato
(parlato) si usa nelle situazioni spontanee,
informali, nelle quali gli utenti non badano
alla correttezza linguistica così come per
esempio nelle situazioni in cui si deve usare
la lingua aulica,
• Italiano gergale (parlato) tipico
per un gruppo che è unito tramite idee,
modi di vita. Di solito lo scopo di usarlo
consiste nell’individuare l’identità del
gruppo, ma anche rinsalda i legami tra
parlanti, distingue gli utenti di esso dagli
altri,
• Italiano formale aulico (scritto
o parlato) riguarda di solito le situazioni
molto formali e solenni,
• Italiano tecnico-scientifico
(scritto o parlato) legato ai testi scientifici
o tecnici, è caratterizzato dai termini che
sono comprensibili soltanto per il gruppo
chiuso delle persone che possiedono
una certa conoscenza del problema
analizzato,
• Italiano burocratico (scritto,
a volte parlato) è usato in uffici,
nell’amministrazione.26
La varietà del dialetto
Le trattazioni sinora fatte inerenti alla
complessa realtà linguistica italofona, ci
hanno mostrato non soltanto le varietà
intrinseche della lingua italiana, ma
anche la compresenza del dialetto,
anch’esso diviso in tante varietà27:
diatopica, diafasica, diastratica.
Per quanto concerne la prima,
gli studiosi autorevoli sono concordi
nell’affermare che i dialetti italoromanzi28
si possono dividere secondo la linea
Spezia – Rimini, separando gli idiomi
settentrionali dagli altri. La mappa
presentata sulla pagina precedente mostra
la divisione dialettale nell’Italia d’oggi.
Questa linea rappresenta l’insieme
di isoglosse30 che rispecchia diversi tratti
fonetici. Seguendo la mappa, possiamo
notare che ogni area è suddivisa in subaree
che sono ancora più ristrette. Tale divisione
geografica si basa anche sui confini
naturali (per esempio le catene montuose,
i bracci del mare) e storici (secolare
frammentazione della Penisola italiana).
A questo punto si deve presentare
un fenomeno chiamato “continuum
dialettale”31,
che
pone
l’accento
sul fatto che i dialetti parlati nelle
aree geograficamente adiacenti si
differiscono minimamente, aumentando
l’intercomprensibilità tra gli utenti,
le
differenze si accentuano man mano
che ci si allontana, in poche parole più
distanti sono i luoghi, più i dialetti si
differiscono.
Nell’ambito di diamesia, si possono
notare anche le divergenze che rispecchiano
l’opposizione città – campagna, quindi
l’uso urbano o rustico.
La dimensione diafasica è legata
alla situazione comunicativa. Di solito il
dialetto viene usato nell’ambito informale,
esclusivamente
o
prevalentemente
confidenziale, familiare, riguardante l’uso
quotidiano della lingua.
La terza variazione, diastatica, ha
un minore influsso sulla differenziazione
sociolettale del dialetto. È difficile parlare
nell’ambito di questa dimensione, di un
utente colto e incolto, dato che questo
modo di parlare è usato soprattutto da
questi ultimi.
Ancora oggigiorno, a causa dell’oralità
del dialetto, non si parla dell’asse della
variazione, diamesica. Tuttavia si deve
sottolineare che a volte, anche se non è
molto diffuso, il dialetto è usato nella
forma scritta nella letteratura.
I contatti interlinguistici
L’onnipresenza di tanti sistemi linguistici a
lungo termine in Italia ha cagionato una
serie di fenomeni attinenti ai contatti
interlinguistici:
• Monolinguismo dialettale
(cosiddetti dialettofoni) – il fenomeno
che riguarda l’uso soltanto del dialetto,
oggi è in minoranza.
• Bilinguismo - secondo R. Titone “il
bilinguismo è sociale o collettivo quando
un intero gruppo (famiglia, comunità,
nazione) si vale di due lingue in maniera
alternativa”.32
•
Monolinguismo
standard
(italofoni) – il fenomeno odierno, però
soltanto per la minoranza degli utenti
chiamati italofoni, consistente all’uso
dell’italiano in modo esclusivo, si solito
esiste nelle zone sviluppate.
A sostegno delle nostre riflessioni,
occorre menzionare i dati statistici resi
accessibili dall’ISTAT, i quali mostrano sia
la tendenza dell’aumento della lingua
italiana nei confronti delle diverse forme
dialettali sia l’incremento dei parlanti
bilingui:
Anno
dialettofoni italofoni
1861
1951
1982
2002
97,5%
63,5%
46,5%
6%
2,5%
18,5%
29,5%
19,1%
*in famiglia
*in famiglia
69,5%
53,7%
Utenti
bilingui
-18%
21%
56,2%
i dati statistici riguardanti le divergenze
linguistiche in Italia33
Con le ultime considerazioni, si vuole
accennare un altro fenomeno collegato
strettamente all’interferenza linguistica,
chiamato “commutazione di codice”34.
Esso descrive la mescolanza delle
espressioni dialettali e l’italiano standard
nel corso del medesimo enunciato.
Si può anche affermare che la
soprascritta divisione è legata in maniera
rigorosa all’origine degli utenti. In questo
modo nel primo caso possiamo parlare
Linguistique
degli utenti provenienti dai ceti bassi, di
scarsa istruzione, che di solito abitano in un
villaggio. I parlanti bilingui sono di solito
i cittadini medi delle piccole località o
grandi campagne, invece il terzo fenomeno
riguarda le persone colte, provenienti del
ceto alto, le quali abitano nelle grandi
città.
Il futuro dei dialetti
Alla fine, vale la pena soffermarsi sul futuro
dei dialetti. Conformemente ai rilevamenti
statistici dall’anno 1861 fino al 2002, il
numero dei dialettofoni è calato dal
97,5% al 6%. Benché i numeri presentati
siano molto generali e non prendano in
considerazione per esempio i contesti di
circostanze spaziali e temporali diverse
(infatti dal 1961 fino al 2002 quasi il 70%
della gente più anziana padroneggia il
dialetto nell’ambito familiare), il livello
di istruzione, le diverse zone del paese (al
Nord i dialettofoni costituiscono l’11,1 %
mentre al Sud il 27,2%), rispecchiano la
progressiva scomparsa del numero dei
dialettofoni. Tale fenomeno è causato da
tanti fenomeni sia socio-economici che
antropo-culturali (tra l’altro: lo sviluppo
economico, la migrazione del popolo dalle
compagne alle grandi città, l’amalgamarsi
di varie culture, la crescente importanza
della stampa e dei mass-media, le iniziative
dei politici).
Considerando tutti questi fenomeni e
la dinamicità dei cambiamenti linguistici
occorsi a cavallo dei 150 anni, potrebbe
sembrare che entro qualche anno
assisteremo alla sdialettalizzazione della
Penisola. Va osservato che tale processo ha
avuto luogo negli altri paesi europei fin
dai secoli passati.
Come la curiosità si può accennare
che nel 1991 G. Berruto35 aveva quattro
scenari possibili del futuro dei dialetti:
sviluppo del bilinguismo, trasfigurazione
dei dialetti, morte dei dialetti e l’ultimo,
mantenimento dell’uso del dialetto in
certe regioni e scomparsa progressiva del
dialetto in altre zone.
Oggidì, a venti anni di distanza, si può
condividere che la terza tesi, quella più
pessimistica, non si è affatto verificata. G.
Berruto36, durante il convegno “Lingua e
Dialetto nell’Italia del 2000 – Dinamiche
sociolinguistiche in atto e diversità
regionali”, spiega : “non c’è traccia di
un incremento del dialetto, ma neanche
del suo disincremento. Il dialetto non
si configura più come codice dei ceti
bassi, sintomatico di uno svantaggio
sociale, ma viceversa come una tastiera di
arricchimento espressivo. Una possibilità in
più da sfruttare. Conoscerlo è dunque un
vantaggio. Il dialetto è vivo e vegeto come
sistema atto a subentrare in condizioni
particolari. Parlerei di un codice di nicchia,
dunque”. Quest’opinione può significare
la propensione del revival dei dialetti.
Nonostante ciò si può affermare che, pur
non svalutando completamente i dialetti
tradizionali (il 6 % della popolazione
italiana usa tale forma) i quali davvero
stanno scomparendo, ma con la nuova
forma di essi, la quale potrebbe essere un
ibrido della parlata nativa e della lingua
nazionale (cosiddetto “dialetto moderno”),
i dialetti continuano a coesistere con la
lingua nazionale. Secondo G. Berruto37 “il
dialetto si muove verso l’italiano e non
viceversa”. Tale fenomeno è strettamente
legato a quello del bilinguismo, si può
osservare che durante gli ultimi venti anni,
il numero di queste persone è aumentato
due volte, contemporaneamente riguarda
quasi il 60% della popolazione italiana.
Questo ci porta alla conclusione che il modo
di parlare nativo si è fortemente ancorato
nella mente dei propri utenti, il dialetto
non soltanto rispecchia la storia delle
comunità e costituisce un patrimonio
molto prezioso per i parlanti, ma anche
sottolinea l’importanza dei legami
territoriali, a volte, intransigenti e
invalicabili.
I tentativi della sdialettalizzazione
totale hanno fatto fiasco, quando la
gente si è resa conto che il dialetto non
è soltanto un codice linguistico, ma anche
la lingua della spontaneità, dell’anima
che esprime appartenenza a un certo
territorio ed è vettore di tanti tratti
caratteristici degli utenti. Va sottolineato
che per tanti italiani, il disuso del dialetto
significherebbe la negazione non soltanto
della loro storia, cultura, credenze, ma
anche della propria identità. Si deve
aggiungere che riferendosi alle idee
romantiche, il dialetto è considerato
anche in quanto “manifestazione autentica
delle virtù incontaminate di cui il popolo è
portatore”38.
Tirando le somme negli ultimi
anni si osserva una profonda volontà,
da parte degli utenti, di non dover
rinunciare interamente la loro lingua, che
costituisce il loro humus. Ancora qualche
anno fa si osservava, oltre al decremento
dei dialettofoni, il cambiamento dei
criteri valutativi della lingua usata da
questa gente. Si riteneva che il dialetto
rappresentasse l’arretratezza linguistico–
culturale, si diceva che soltanto
l’adozione della lingua italiana garantisse
un’ascesa sociale. Secondo l’opinione
predominante, l’uso dei dialetti era anche
concausa dello sviluppo della criminalità
organizzata, tesi non condivisa dalla
scrivente, ritenendo tale fenomeno sia più
addebitabile alla formazione socioculturale,
all’ambiente circostante, all’educazione
ricevuta che all’uso della lingua. Tuttavia
adesso possiamo osservare le tendenze
valutative diverse, F. Panizza39, durante il
convegno
a Castellano, ha concluso che:
“se un tempo il dialetto era considerato
un retaggio del passato, se non un segnale
di ignoranza–oggi è stato riabilitato e si
è sfatato il mito che chi parla il dialetto
poi non riesca a parlare correttamente
l’italiano. Bisogna, comunque, stare
attenti a non considerare il dialetto come
una reliquia da museo, perché altrimenti
siamo destinati a perderlo. Bisogna fare
ReVue | Décembre 2011
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68
Linguistique
uno sforzo comune per tenerlo vivo, che è
quello di adattarlo alla modernità”.
A questo punto giova notare che
ultimamente tante regioni promuovono
letteratura e poesia regionale, spettacoli
teatrali, serate di musica, tante
manifestazioni locali40. Alcune zone, come
è stato detto all’inizio dell’articolo, hanno
introdotto anche le leggi allo scopo di
proteggere i loro dialetti41. Tutte queste
iniziative culturali mirano a riscoprire i
dialetti e a non permettere di perderli.
La quarta ipotesi di G. Berruto,
la quale riguarda il fenomeno della
differenziazione regionale a livello
sociolinguistico, si è avverata nell’Italia
di oggi. Si osservi che la Penisola era
sempre caratterizzata dall’eterogeneità
politico-culturale-linguistica. 150 anni di
cambiamenti sembrano poco efficienti,
specialmente quando la gente era forzata
attraverso le leggi a rinunciare al proprio
modo di parlare nativo che rappresenta
il proprio bagaglio culturale tramandato
da generazione a generazione. In più si
deve sottolineare che fino ad oggi l’Italia
rappresenta enormi divergenze economiche,
il che influisce sul modo di vivere, sulle
scelte e sulle idee degli utenti della
lingua. Tutto questo rinsalda la polarità tra
italiano e dialetto. Per affermare le nostre
riflessioni, ci permettiamo di mostrare di
sotto la mappa di C. Grassi che rispecchia
il numero dei dialettofoni nella metà degli
anni 80.
Nonostante che siano passati quasi
trenta anni, le statistiche dell’ISTAT del
2000 ci presentano che fino ad oggi
esistono notevoli disparità, in certe regioni
si usa ancora il dialetto (però quello
‘moderno’) ed invece in altre, si è stabilito
l’uso della lingua italiana.
Vale la pena sottolineare che sia la
mappa che la tabella riguardano il numero
percentuale dei dialettofoni nell’ambiente
familiare:
Regione
Solo o prevalentemente
dialetto
Piemonte
11,4%
Valle d’Aosta
12,5%
Lombardia
10,7%
Trentino Alto Adige
23,1%
Veneto
42,6%
Friuli Venezia Giulia
16,6%
Liguria
12,4%
Emilia Romagna
14,2%
Toscana
4,1%
Umbria
13,0%
Marche
18,1%
Lazio
8,1%
Abruzzo
22,9%
Molise
27,3%
Campania
30,5%
Puglia
17,7%
Basilicata
25,9%
Calabria
40,4%
Sicilia
32,8%
Sardegna
46,4%
valori percentuali del 2000 riguardanti
l’uso del dialetto secondo le regioni43
Conclusioni
distribuzione dei dialettofoni (in famiglia)
nelle regioni italiane42
ReVue | Décembre 2011
Per concludere, si può affermare
inequivocabilmente che tutte le
considerazioni ottenute confermano la
realtà eterogenea della Penisola italiana
e la mancanza dell’unico repertorio
linguistico panitaliano, il che è il retaggio
della particolare situazione socio-politicoculturale.
Si precisa concisamente che nell’Italia
contemporanea si osservano quattro
fenomeni linguistici:
• graduale regresso dei dialetti
tradizionali,
• rivitalizzazione dei dialetti
‘moderni’.
• incremento del numero degli
italofoni e degli utenti bilingui,
• estensione geografica dell’italiano.
Davanti alle riflessioni fatte, si può
ipotizzare che i dialetti in Italia non
scompariranno nei prossimi anni,
perché essi non rappresentano soltanto il
modo di esprimersi quotidiano. Il dialetto
è il senso e il significato delle radici
storiche e antropologiche degli utenti, è
anche l’espressione della cultura, delle
tradizioni e dell’identità etnica. Per questo
motivo si può confermare che è probabile
che cambi la loro forma, ma non avremo
a che fare con la loro estinzione totale. In
quanto l’Italia, a differenza di altri paesi, è
molto conservatrice, legata alle tradizioni,
gelosa delle proprie origini e se vogliamo
azzardare della propria grandezza
nell’ambito storico-culturale, come se il
mito dell’antica Roma non svanisse mai
nella mente degli italiani anche a distanza
di secoli.
1 Hudson R, “Sociolinguistica”, il Mulino,
Bologna 1996, p.11.
2 Ibidem
3 Zingarelli N., Lo Zingarelli Vocabolario
della lingua italiana, Zanichelli,
Bologna2007, p. 546, voce: dialetto.
4 Coşeriu E., “‘Historische Sprache’ und
‘Dialekt’”, in: Sobrero A. (a cura di),
Introduzione all’italiano contemporaneo,
Editori Laterza, Roma – Bari 2007, p.
279.
5 Coveri L., Benucci A., Diadori P.,
“Le varietà dell’italiano. Manuale di
sociolinguistica italiana”, Bonacci Editore,
Linguistique
Siena 1998, p. 34.
6 Ibidem
7 Berruto G., “La sociolinguistica”,
Zanichelli, Bologna 1974, p. 62.
8 Loporcaro M., “Profilo linguistico dei
dialetti italiani”, Editori Laterza, Bari 2009,
.p. 3.
9 Berruto G., “Fondamenti di
sociolinguistica”, Laterza, Roma – Bari
2005, p. 181.
10 Ivi, p. 181.
11 Ammon U., “Status and Function of
Languages and Language Varieties”, De
Gruyter, Berlin – New York 1989, p. 42 –
45.
12 Ibidem
13 Cortelazzo M., “Avviamento critico alla
dialettologia italiana”, Vol. I: Problemi e
metodi, Pacini, Pisa1969, p. 27.
14 http://www.insegnareitaliano.it/
documenti/Laboratorio%20docenti/
italiano/Martignon/riflessione_sulla_
lingua/Origini_lingua.PDF [la data
dell’ultima consultazione: 31.05.2011].
15 Cfr. Loporcaro M., op. cit., p.
33.
16 Prosdocimi A. L. (a cura di),
“Lingue e dialetti dell’Italia
antica”, p. 13, in: Loporcaro M.,
op. cit., p. 35.
17 Vale la pena affermare che
in realtà si dovrebbe parlare dei
volgari in plurale, perché in quel
tempo esistevano tanti tipi di tali
parlate, che si differenziavano a
seconda delle aree geografiche.
18 Loporcaro M., op. cit.,p.4.
19 Marcato G., “dialetto, dialetti
e italiano”, Carocci, Roma 2002,
p.13.
20 Beszterda I., “La questione
della norma nel repertorio
verbale della comunità linguistica
italiana: tra lingua e dialetti”,
Wydawnictwo Naukowe UAM,
Poznań2007, p. 304.
21 De Mauro T., “Per lo studio
dell’italiano popolare unitario”, in:
R. Simone, G. Ruggiero, (a c.di),
Aspetti sociolinguistici dell’Italia
contemporanea, Bulzoni, Roma
1977, p.150.
22 Ibidem
23 Castellani A., “Quanti erano
gli italofoni nel 1861?” in: Studi
Linguistici Italiani, VIII, fasc. 1,
1982, pp.3-26.
24 Beszterda I., op. cit.,p.124.
25 Ivi, p.126.
26 Berruto G., 1987,
Sociolinguistica dell’italiano
contemporaneo, Roma, Studi
Superiori NIS, pp.19 -27
27 Berruto G., Le varietà del
repertorio, in Sobrero A. (a cura
di), op. cit.,pp. 22-23.
28 Bisogna mettere in rilievo
che tale nomenclatura non è
conseguenza di voler sottolineare
le similitudini tra i dialetti, al
contrario, si dice che i dialetti
italoromanzi non possiedono
niente in comune, in sostanzia è
un’etichetta geografica.
29 Fonte: http://www.ilc.it/
mescolanze4.htm [la data di
ultima consultazione: 26.09.2011].
30 Isoglossa - Linea immaginaria
che, in una rappresentazione
cartografica, delimita l’estensione
spaziale di un fenomeno
linguistico [Vocabolario della
lingua italiana di Nicola
Zingarelli,op.cit., p.987 voce:
isoglossa].
31 Loporcaro M., op. cit., p.13.
32 Titone R., “Bilinguismo
collettivo e dinamica degli scambi
linguistici”, in Quaderni per la
promozione del bilinguismo, n.2/
XII, 1973, p. 2.
33 I dati presentati non
rispecchiano la variazione
diatopica, diafasica e
diastatica. Per approfondire
la questione: http://www.istat.
it/salastampa/comunicati/
non_calendario/20020312_00/
testointegrale.pdf [la data
dell’ultima consultazione:
26.09.2011].
34 Laporcaro M., op. cit., p. 176.
35 http://www.algloriosopiave.
tv/ita/dialetto_dettaglio.
asp?c=9&s=1 [la data dell’ultima
consultazione: 31.05.2011]
36 Ibidem
37 Ibidem
38 Ibidem
39 http://www.uffstampa.
provincia.tn.it/c2008.nsf/0/A3
46B532C17A5EB4C125760B
00357852?OpenDocument [la
data dell’ultima consultazione:
31.05.2011].
40 Si parla anche sempre di
più della didattica riguardante
l’insegnamento del dialetto nelle
scuole, cfr. Di Dio L., “L’uso delle
canzoni dialettali nella classe
di lingua L2 e LS”, in: Scuola
e lingue moderne, anno XLVII,
2009.
41 la legge regionale 45/1994 in
Emilia Romagna, o la 6/1990 in
Campania
42 C. Grassi, A. Sobrero,
T. Telmon, “Fondamenti di
dialettologia”, Laterza,Bari 1998,
p. 84.
43 http://www.istat.it/
salastampa/comunicati/
non_calendario/20020312_00/
testointegrale.pdf [la data
dell’ultima consultazione:
26.09.2011].
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